Guillermo del Toro revisite le mythe de Frankenstein avec une adaptation ambitieuse et visuellement somptueuse, désormais disponible sur Netflix. Le réalisateur mexicain prend de larges libertés avec le roman original de Mary Shelley, offrant une œuvre gothique et romantique qui explore les limites de la science et les tourments de la création.
Oscar Isaac incarne le docteur Viktor Frankenstein, un chirurgien brillant mais hanté par la perte de sa mère et les traumatismes infligés par un père exigeant. Obsédé par l’idée de vaincre la mort, Viktor acquiert une réputation sulfureuse en ressuscitant des cadavres, attirant l’attention d’Henrich Harlander (Christoph Waltz), un riche marchand d’armes qui voit un potentiel dans ses recherches. Grâce à son financement, Viktor repousse les limites de la science et donne naissance à une créature puissante et apparemment immortelle, assemblée à partir de morceaux de corps et animée par l’électricité.
Le film se structure en deux parties distinctes : l’ascension de Viktor et le récit de la Créature. La première partie retrace l’enfance du scientifique jusqu’à la création de son monstre, tandis que la seconde adopte le point de vue de ce dernier, rattrapant progressivement le point de départ du film. Del Toro permet à Isaac de déployer toute l’étendue de son talent, explorant la folie et la vanité qui poussent un scientifique aussi brillant à se lancer dans une telle entreprise. L’acteur campe un homme rongé par ses démons, marqué par une éducation rigide et le favoritisme de son père envers son autre fils, William.
L’histoire s’enrichit d’une intrigue secondaire : le mariage du frère de Viktor avec Elizabeth (Mia Goth), la nièce d’Harlander, et le sentiment naissant que Viktor éprouve pour elle. Un détail intéressant, d’autant plus que Goth interprète également la mère de Viktor, un subtil clin d’œil qui souligne le poids des relations parentales dans le récit.
Jacobi Elordi prête ses traits à la Créature, offrant une interprétation nuancée et surprenante. Loin des représentations traditionnellement monstrueuses, cette version de Frankenstein est dotée d’une silhouette athlétique et de traits juvéniles. Si ce choix esthétique peut dérouter, Elordi parvient à transmettre la curiosité, la rage, l’empathie et le désespoir de son personnage.
Visuellement, le film impressionne par son esthétique soignée et son attention aux détails. La reconstitution de l’Écosse victorienne est audacieuse, avec une palette de couleurs vives, notamment le rouge, contrastant avec l’atmosphère sombre et oppressante. Les effets spéciaux, bien que parfois perfectibles, sont complétés par un travail remarquable d’animatronique sur les corps réanimés. La bande originale, composée par Alexandre Desplat, est également digne d’éloges et pourrait bien être nommée pour un prix.
Les puristes de l’œuvre de Shelley pourraient être déçus par les nombreuses libertés prises par Del Toro. Le film s’éloigne de certains thèmes et messages clés du roman original. De plus, avec une durée de deux heures et demie, le rythme peut parfois sembler lent, notamment après la « naissance » de la Créature, avant que l’intrigue ne reprenne de l’ampleur.
Malgré ces quelques imperfections, Frankenstein est une nouvelle réussite pour Guillermo del Toro, un film riche en performances d’acteurs et en prouesses techniques. Ceux qui ont apprécié l’atmosphère gothique et romantique de Crimson Peak devraient particulièrement apprécier cette adaptation audacieuse et inventive.