Les autorités guinéennes ont ordonné le 17 septembre 2026 l’interdiction immédiate de diffusion de la chaîne de télévision France 24 sur l’ensemble du territoire national. Cette sanction fait suite à l’utilisation par un présentateur du qualificatif de président putschiste pour désigner le chef de l’État Mamadi Doumbouya lors d’un journal télévisé.
La décision de la Haute Autorité de la Communication et le blocage des flux
La Haute Autorité de la Communication a officialisé cette interdiction à travers un décret rendu public à l’issue d’une séance extraordinaire. Cette sanction tombe au lendemain d’une mise en demeure formelle émise par le régulateur national, qui exigeait l’arrêt immédiat de l’utilisation de termes jugés attentatoires à la dignité du chef de l’État guinéen. La mesure de suspension frappe l’ensemble des canaux de diffusion de la chaîne internationale sur le territoire, incluant le satellite, le câble, les applications mobiles, les sites internet et les réseaux sociaux.
En application de cette décision, la HAC a ordonné le blocage de tous les accès numériques de la chaîne française par l’intermédiaire de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications. L’instance de régulation a également révoqué toutes les accréditations de presse des correspondants, des envoyés spéciaux et des collaborateurs travaillant pour le média en Guinée.
Le terme contesté et la réaction de la rédaction
L’origine de cette crise institutionnelle et médiatique réside dans une édition du journal télévisé diffusée le 14 septembre, au cours de laquelle un présentateur a qualifié Mamadi Doumbouya de président putschiste. Le général Doumbouya est arrivé au pouvoir par la force à la suite d’un coup d’État mené en 2021, avant d’être élu président de la République en décembre 2025 à l’issue d’un scrutin présidentiel organisé sans opposant d’envergure.


Face à la protestation formelle de la HAC, la direction de France 24 a publié des réactions officielles transmises à l’agence de presse internationale, affirmant avoir pris des mesures correctives. La chaîne a souligné qu’elle avait présenté ses excuses et rectifié l’erreur à l’antenne ainsi que sur ses plateformes numériques. Un message écrit signalant l’erreur accompagnait d’ailleurs l’extrait vidéo litigieux demeuré visible en ligne. La direction a également déclaré qu’elle continue de dialoguer de manière constructive et honnête avec les autorités guinéennes pour parvenir au rétablissement de la diffusion du média.
Condamnations des organisations de défense des droits et de l’opposition
Cette interdiction prononcée à l’encontre de la chaîne française a provoqué de vives réactions de la part des organisations non gouvernementales internationales et des coalitions politiques locales. L’ONG Reporters sans Frontières a vivement dénoncé une mesure attentatoire au droit fondamental d’informer les citoyens.
Le bureau Afrique subsaharienne de l’organisation a ainsi estimé que les sanctions prises à l’encontre des médias portent atteinte à la liberté d’informer et au droit du public à des informations plurielles en Guinée. En parallèle, le collectif des Forces Vives de Guinée, qui regroupe des partis d’opposition et des composantes de la société civile, a critiqué à la fois la décision de la HAC et l’attitude de la chaîne internationale. Le regroupement politique a accusé la junte d’avoir cherché à museler la presse internationale après avoir réduit au silence les médias nationaux, tout en déplorant le fait que le média ait cédé à la pression en présentant des excuses officielles.
Un climat de restrictions accrues pour les médias étrangers
La sanction frappant France 24 s’inscrit dans un contexte plus large de tensions récurrentes entre les autorités guinéennes et la presse internationale ou locale. Dès la veille de l’interdiction de la chaîne, la HAC avait déjà retiré son accréditation au correspondant du journal francophone Jeune Afrique en invoquant des manquements professionnels, sans toutefois préciser les articles incriminés. La rédaction de ce périodique parisien a exprimé sa consternation face à cette mesure.

Pour France 24, cette interdiction guinéenne s’ajoute à une série de suspensions similaires prononcées au cours des dernières années dans d’autres pays du continent, notamment au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Togo.
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