Le tribunal militaire de Guinée-Bissau a ordonné la réincarcération de Domingos Simões Pereira, chef de l’opposition et leader du PAIGC, suite à son inculpation pour une tentative de coup d’État présumée en octobre 2025. Auparavant libéré en février, l’ancien Premier ministre fait face à des accusations de financement logistique et d’organisation de putsch.
Le retour en cellule de Domingos Simões Pereira marque un tournant brutal dans le climat politique bissau-guinéen. Après avoir été assigné à résidence dans le cadre d’une enquête pour crimes économiques, le président du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) a été reconduit en prison vendredi dernier, selon des informations rapportées par Zonebourse auprès de sa famille.
Les accusations du tribunal militaire : 300 millions de francs CFA

L’appareil judiciaire militaire a intensifié la pression sur l’opposant lors d’une audience le mercredi 8 juillet. Le tribunal militaire supérieur de Bissau a notifié Simões Pereira d’une ordonnance judiciaire l’accusant d’avoir activement participé à une tentative de putsch en octobre 2025.
Les griefs sont précis. Comme le rapporte RFI, les juges lui reprochent d’avoir financé la préparation logistique à hauteur de 300 millions de Francs CFA (environ 450 000 euros)
et d’avoir utilisé son domicile pour organiser des réunions préparatoires au coup d’État.
Le ministère public a formellement demandé sa mise en détention provisoire. Si l’opposant avait pu regagner son domicile immédiatement après l’audience du 8 juillet, le couperet est tombé quelques jours plus tard avec l’ordre de réincarcération.
Une justice contestée et le rôle de Mamadu Embaló

La défense de Domingos Simões Pereira dénonce une manœuvre politique orchestrée par les militaires au pouvoir et l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. Les avocats du leader du PAIGC s’insurgent contre le fait que l’affaire soit traitée par la justice militaire plutôt que civile, arguant qu’en sa qualité de député et de président de l’Assemblée nationale populaire, il aurait dû être présenté devant une instance civile.
Un point de friction majeur concerne la nomination du juge d’instruction. Selon RFI, la défense affirme que le juge initialement chargé du dossier a été contraint de démissionner. Il a été remplacé par Mamadu Embaló, présenté par les avocats comme un cousin de l’ex-président Umaro Sissoco Embaló.
L’opposition voit dans cette procédure une volonté d’écarter Simões Pereira du jeu politique. Muniro Conte, porte-parole du PAIGC, soutient que le but est de condamner l’opposant pour l’empêcher de se présenter aux prochaines élections.
L’échéance du 6 décembre et l’instabilité électorale
Ce bras de fer judiciaire s’inscrit dans un calendrier électoral chaotique. Le processus électoral a été interrompu suite au coup d’État survenu l’année dernière, lorsque des officiers de l’armée s’étaient emparés du pouvoir le 26 novembre, juste avant l’annonce des résultats de la présidentielle.
Une nouvelle élection présidentielle est désormais programmée pour le 6 décembre, date fixée par les militaires pour rendre le pouvoir aux civils, comme le précise Allafrica.
L’ironie de la situation, soulignée par la défense, réside dans le fait que Simões Pereira avait déjà été empêché de participer au scrutin de novembre 2025 sous le mandat d’Umaro Sissoco Embaló, avant d’être emprisonné par les mêmes militaires qui l’accusent aujourd’hui de putsch.
Inquiétudes diplomatiques et sanitaires

La détention de l’opposant suscite des réactions au-delà des frontières bissau-guinéennes.
Parallèlement, la famille de l’ancien Premier ministre a exprimé ses vives inquiétudes concernant sa santé et sa sécurité. Elle rejette catégoriquement les allégations de participation à des actes violents ou inconstitutionnels.
À ce jour, aucune date de procès n’a été fixée. Le gouvernement a renvoyé les interrogations sur le dossier vers le tribunal militaire, lequel est resté injoignable selon les rapports de Reuters relayés par Zonebourse.
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