Publié le 16 janvier 2026 à 13h30. L’année 2025 marque un tournant pour le cinéma français, qui affiche une progression notable en termes de production et d’exportation, lui permettant de renforcer sa position sur la scène internationale.
- Les exportations de films français ont généré 272 millions d’euros (296 millions de dollars) de revenus au box-office mondial en 2025, avec environ 230 nouveaux films projetés à l’étranger.
- L’animation est devenue le moteur principal de ces succès, représentant un tiers des revenus cinématographiques français à l’étranger.
- L’Amérique latine, et plus particulièrement le Mexique, émerge comme un nouveau marché clé pour le cinéma français.
Le cinéma français a connu une évolution significative en 2025, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, selon les chiffres préliminaires publiés par Unifrance, l’organisme international de promotion du cinéma français. Ces résultats, dévoilés en janvier 2026, témoignent d’une stratégie de diversification réussie, permettant au cinéma français de se positionner favorablement dans un marché mondial en reconstruction post-pandémie.
En 2025, les productions françaises ont attiré environ 42,5 millions de spectateurs dans le monde, générant des revenus supérieurs à 272 millions d’euros (296 millions de dollars). Ce chiffre, bien que supérieur à ceux enregistrés en 2023 et 2024 (plus de 40 millions de spectateurs), ne retrouve pas encore les niveaux d’avant la pandémie de Covid-19 (2018-2019). Selon Scène Europe, une institution européenne spécialisée dans l’actualité de l’industrie cinématographique, la distribution mondiale des films français reste inférieure aux moyennes pré-pandémiques, malgré une amélioration par rapport à l’année précédente.
L’animation, un atout majeur
L’animation s’est révélée être le principal moteur de cette reprise. Unifrance estime que les films d’animation représenteront un tiers de tous les revenus cinématographiques français à l’étranger en 2025. L’analyse de Scène Europe confirme cette tendance, avec 34,3 % des revenus totaux attribués à l’animation, devant la fiction (23,6 %) et la comédie (20,3 %). Ce succès de l’animation remet en question l’image traditionnelle du cinéma français, souvent associé à des films indépendants axés sur le dialogue.
Les films les plus populaires à l’étranger en 2025 incluent Flow, une coproduction limitée de Gintis Zilbaloudis, qui a attiré 7,8 millions de spectateurs dans le monde, suivi de Dracula réalisé par Luc Besson (3,7 millions de spectateurs dans 41 pays) et de Falcon Express, un film d’animation (2,3 millions de spectateurs dans 43 pays). Variety a également souligné le succès de ces films à l’exportation, notamment Flo, Emilia Perez et Dracula : A Love Tale.
Les coproductions et l’essor de l’Amérique latine
Les agences de financement françaises ont encouragé les coproductions avec des minorités, fournissant les fonds nécessaires à la réalisation de projets où le financement français est présent, sans pour autant être dominant. Cette stratégie a permis au cinéma français de se diffuser plus largement, en s’appuyant sur des talents locaux et en contournant la concurrence directe dans les pays d’exportation. En 2025, les productions françaises destinées aux minorités représentaient 44,9 % du total des recettes internationales du cinéma français.
Un changement géographique significatif est également à noter : l’Amérique latine est devenue la deuxième région en termes d’audience, et le Mexique, le marché national le plus important pour le cinéma français en 2025, avec 4,2 millions de spectateurs. Scène Europe précise que l’Europe de l’Ouest reste en tête (44,8 % / 17,2 millions de spectateurs), mais que l’Amérique latine gagne du terrain (23,1 % / 8,8 millions de spectateurs), témoignant d’un rééquilibrage de la demande.

Bien que l’Europe représente encore 61,5 % du total des revenus étrangers en 2025, cette proportion a diminué par rapport à son niveau maximal, suggérant une diversification à long terme. Daniela Elstner, PDG d’Universia, a souligné l’importance de l’Amérique latine :
« L’Amérique latine est une région avec une base de fans durable pour le cinéma français indépendant, une base de fans que nous n’avons pas négligée. »
Daniela Elstner, PDG d’Universia
Un rôle central en Europe
L’Europe reste un pilier du rayonnement international du cinéma français. Scène Europe classe l’Italie (4 millions de spectateurs), l’Allemagne (3,2 millions), l’Espagne (2,2 millions), la Belgique/Luxembourg (1,7 million) et le Royaume-Uni/Irlande (1,4 million) parmi les marchés européens les plus performants.
La France conserve également une influence significative sur les critères de sélection des festivals internationaux. Unifrance indique que 20 % des longs métrages récemment sélectionnés pour participer aux « Top Ten International Film Festivals » sont des films français, faisant de la France la deuxième nationalité la plus représentée sur ces listes prestigieuses.
Si le « leadership » ne signifie pas un retour à la domination culturelle d’antan, les chiffres de 2025 indiquent une reconstruction de la demande mondiale sur un modèle plus moderne, où l’animation, les coproductions minoritaires, l’Amérique latine et les festivals jouent un rôle essentiel. La performance du cinéma français en 2025 n’est pas le fruit du succès d’un seul film, mais d’un écosystème intégré, fondé sur la diversification des genres, la structure de financement, l’expansion géographique et la distribution sur de multiples plateformes. Si cette tendance se confirme, le “soft power” français au cinéma pourrait bien se traduire par une industrie nationale apprenant à voyager différemment dans un monde en mutation.
