Les soirées de danse latine new-yorkaises, tradition ancrée dans la communauté, connaissent un regain d’intérêt, offrant un espace de résistance culturelle face à la gentrification et un pont entre les générations et la diaspora portoricaine.
Pour beaucoup de Latinos de la ville, l’été est synonyme de retrouvailles avec une tradition de longue date : les soirées de danse latine. Ces événements, bien plus que de simples divertissements, sont devenus un pilier de la préservation de la culture, de la langue et de la puissance politique d’une communauté confrontée à la flambée des loyers.
L’auteur se souvient avec émotion des soirées salsa du South Street Seaport, avant sa rénovation, lorsque l’odeur du poisson frais du marché Fulton se mêlait aux rythmes entraînants de la clave. « On passait devant Pizzeria Uno et le bar Sequoia, aujourd’hui disparu, puis on tournait au coin de la rue, et là, une piste de danse pleine de New-Yorkais talentueux, avec des basses si profondes qu’on aurait pu nager dedans », raconte-t-il.
Ces soirées ont marqué son enfance, non pas par l’apprentissage de la danse – un défi qui reste à relever – mais par le sentiment d’appartenance et de communauté qu’elles procuraient. Un véritable cocon de latinidad où l’on croisait des visages familiers, des amis de son père, et même, par hasard, ses parents séparés, retrouvant un moment de complicité sur la piste de danse.
Cet été, l’auteur a décidé de renouer avec ces racines et de participer à de nombreuses soirées de danse latine. La fête du 50e anniversaire de Toñitas, en juin à South Williamsburg, a été un moment fort. Grand Street s’est transformée en une véritable célébration, avec des danseurs vibrant au son de la salsa et du reggaeton, des stands proposant des spécialités portoricaines comme celles de La Fonda, et des rafraîchissements typiques des Caraïbes, le tout dans une ambiance rappelant le New York d’antan.
Parallèlement à cet hommage au passé, des collectifs comme Perreo 2 the People et La 704 s’efforcent de faire découvrir les sonorités actuelles de Porto Rico à New York. Ils ont organisé à deux reprises des soirées perreo au Starr Bar à Bushwick, mettant en avant de jeunes artistes prometteurs tels que Bendi La Bendición, Taiana, Keysokeys et Enyel C. Ces événements ne sont pas seulement une plateforme pour ces talents émergents, mais aussi un lien précieux entre la diaspora portoricaine et son pays d’origine.
L’auteur, après avoir évolué dans le monde de l’entreprise et s’être éloigné de ses origines, ressent ce retour aux sources comme une forme de retrouvailles. « J’ai navigué dans les hauts et les bas du monde professionnel, et j’ai découvert de nouveaux environnements et opportunités. Mais plus je m’imprégnais de la culture d’entreprise, plus je me sentais loin des humbles soirées latines qui m’avaient soutenu dans ma jeunesse. Nous n’avions pas besoin de luxe pour nous amuser, juste d’un rythme et d’une piste de danse », explique-t-il. Il aspire désormais à renouer avec sa communauté, à s’investir et à retrouver une part de lui-même qu’il avait enfouie. Et, qui sait, peut-être à devenir enfin le danseur de salsa qu’il a toujours rêvé d’être.
