L’humour comme exutoire et moyen de guérison : la comédienne portoricaine et dominicaine Aida Rodriguez explore les traumatismes et les défis de la vie à travers ses spectacles et son tout nouveau mémoire, « Legitimate Kid ». Elle témoigne de la force du rire pour surmonter les épreuves, en particulier au sein des communautés latines.
Pour Aida Rodriguez, l’humour n’est pas simplement un divertissement, mais un mécanisme d’adaptation profondément enraciné, particulièrement pour ceux qui connaissent des difficultés économiques ou des circonstances difficiles. Elle cite les mots de Kevin Hart : « Riez de ma douleur. » Son propre parcours n’a pas dérogé à la règle. Bien qu’elle n’ait pas été immédiatement attirée par la comédie dans sa jeunesse, en raison d’une timidité naturelle, elle a très tôt perçu le pouvoir libérateur du rire.
L’influence de sa grand-mère a été déterminante. Cette dernière avait le don de traiter de sujets graves, tels que la pauvreté et la mort, avec une touche d’humour. « Au début, je trouvais cela insensible, mais j’ai vite compris que c’était un moyen de rendre les choses plus digestes, car la vie était déjà assez dure », explique-t-elle. Grandir signifiait être confrontée à la pauvreté, à la violence, à la drogue, à l’adultère et au sexisme. Pour beaucoup, le rire était le seul outil pour naviguer dans ces réalités.
C’est à l’école qu’Aida Rodriguez a véritablement trouvé sa voix comique. L’humour est devenu son armure, un moyen de se protéger des brimades et des moqueries. Plutôt que de se montrer agressive, elle préférait désamorcer les situations par l’humour.
Sa grand-mère et sa mère ont profondément influencé son style et son sens de l’humour. Sa mère, femme de caractère, savait toujours comment prendre le dessus dans les disputes grâce à son éloquence et à son sens de la répartie. Sa grand-mère, quant à elle, était dotée d’une finesse d’esprit remarquable. Aida Rodriguez s’insurge contre les préjugés selon lesquels les femmes ne seraient pas drôles, ou encore les remarques de certains hommes latinos qui dénigrent les comédiennes. Elle souligne que les femmes latines sont souvent les piliers de l’humour familial : « Beaucoup d’entre nous sont naturellement drôles, c’est dans notre sang. »
Ses premières influences comiques remontent à son enfance, avec des artistes comme Richard Pryor, Johnny Carson et l’émission « I Love Lucy ». Elle se souvient également avec tendresse des programmes qu’elle regardait avec sa grand-mère, comme « El Chavo » et « La Chilindrina », ainsi que de l’émission miamienne « Qué Pasa USA », avec une grand-mère particulièrement hilarante.
Après une carrière de mannequin, Aida Rodriguez s’est installée à Los Angeles en 2000 pour devenir actrice. Elle a commencé à faire du stand-up en 2008, sur les conseils d’une amie lors d’un brunch. Elle a rapidement découvert le pouvoir thérapeutique de la comédie, non seulement pour le public, mais aussi pour elle-même. Elle a choisi d’aborder directement ses blessures, en commençant par ses expériences liées à l’anorexie et à sa carrière de mannequin.
L’écriture de ses spectacles, puis de son mémoire « Legitimate Kid », est devenue une forme de thérapie. Les réactions du public, reconnaissant leur propre histoire dans ses récits, ont renforcé cette conviction. « Les gens venaient me voir après mes spectacles et me disaient : ‘Mon Dieu, merci. Je n’avais jamais vu une représentation de moi-même auparavant’ », témoigne-t-elle. Elle a réalisé l’importance de raconter son histoire, de ne pas la minimiser sous prétexte que la société américaine ne la valorise pas.
En abordant avec humour sa famille, son quartier et les difficultés de son enfance, Aida Rodriguez a permis à d’autres de se reconnaître dans ses récits. Cette identification a contribué à sa propre guérison, en lui permettant de prendre conscience qu’elle n’était pas seule à avoir grandi sans père. Elle a également constaté que ses blagues sur sa mère résonnaient avec de nombreuses personnes, contribuant ainsi à apaiser leurs propres relations avec leurs mères.
Bien que la culture latine soit souvent marquée par le secret familial, Aida Rodriguez a toujours obtenu l’approbation de sa famille pour ses blagues. Elle est particulièrement vigilante lorsqu’il s’agit de sa mère et de sa fille, en raison du sexisme et de la misogynie qui persistent dans leur communauté. Elle veille à ne pas les présenter de manière à susciter des critiques ou des jugements hâtifs.
L’humour lui a également permis de voir la beauté dans son éducation, malgré les difficultés. Elle refuse de se laisser enfermer dans les stéréotypes qui voudraient que les comédiens noirs et latinos ne parlent que de leur misère. Elle affirme que certaines de ses racines sont bien ancrées dans son quartier, et qu’il n’y a rien de mal à cela.
« La comédie nous rassemble tous », conclut Aida Rodriguez. « Il y a un lien qui nous unit, surtout dans une communauté aussi diversifiée. À travers l’humour, nous pouvons nous retrouver et trouver des points communs. »
