IBM a connu une ascension inattendue sur le marché de l’intelligence artificielle cette année, surpassant même Nvidia en termes de performance boursière. Cette dynamique positive s’explique par l’orientation stratégique du géant technologique vers l’IA d’entreprise et les services cloud.
Depuis le début de l’année et jusqu’au 7 novembre, l’action IBM (NYSE:) a grimpé de 44,99 %, dépassant les 40,06 % de Nvidia (NASDAQ:). L’action a atteint 312,42 dollars mercredi, enregistrant sa meilleure performance annuelle depuis longtemps. Les investisseurs récompensent ainsi la capacité d’IBM à proposer des applications concrètes d’IA aux entreprises, plutôt que de se concentrer sur la production de semi-conducteurs.
Cette performance est d’autant plus remarquable que Nvidia domine largement le marché des puces d’IA, avec une capitalisation boursière de 4,6 billions de dollars, contre 292 milliards de dollars pour IBM. L’activité IA générative d’IBM a atteint 7,5 milliards de dollars en juillet, en hausse par rapport aux 6 milliards de dollars enregistrés en mai, témoignant d’une adoption rapide de sa plateforme WatsonX par les entreprises.
Les résultats du troisième trimestre ont confirmé cette tendance, avec un bénéfice ajusté de 2,65 dollars par action, supérieur aux 2,45 dollars estimés par les analystes. Le chiffre d’affaires des logiciels a augmenté de 10 % sur un an au deuxième trimestre, tandis que l’unité de cloud hybride Red Hat a enregistré une croissance des réservations de 14 %, hors variations de change. La direction a relevé à trois reprises ses prévisions de flux de trésorerie disponibles pour l’ensemble de l’année, atteignant 14 milliards de dollars en octobre.
L’écart de valorisation entre NVDA et IBM se réduit, reflétant l’évolution des priorités des investisseurs à mesure que le boom de l’IA arrive à maturité. IBM se négocie actuellement avec un ratio cours/bénéfice à terme de 23,92, contre 29,94 pour Nvidia. Cela suggère que les investisseurs voient un potentiel d’expansion plus important pour le fournisseur de logiciels d’entreprise.
L’acquisition de HashiCorp pour 6,4 milliards de dollars, finalisée en février, a renforcé la position d’IBM dans l’automatisation des infrastructures et la gestion du cloud hybride. Cette acquisition a intégré des outils tels que Terraform et Vault au portefeuille d’IBM, lui permettant de mieux concurrencer Amazon Web Services et Microsoft Azure. IBM a également annoncé son intention d’acquérir DataStax pour renforcer les capacités de sa plateforme Watsonx AI.
Nvidia, de son côté, est confrontée à des difficultés liées aux restrictions à l’exportation et aux inquiétudes concernant la pérennité des dépenses en infrastructures d’IA. Des commentaires récents d’anciens responsables de l’administration Trump, évoquant « l’absence de plan de sauvetage fédéral » pour les entreprises d’IA, ont contribué à une baisse de 3,65 % de l’action Nvidia le 7 novembre. Son ratio cours/bénéfice élevé, à 53,81, reflète des attentes importantes qui laissent peu de marge à la déception, selon les analystes.
Ces trajectoires divergentes illustrent des approches différentes de la monétisation de l’IA : IBM se concentre sur la mise en œuvre en entreprise, tandis que Nvidia domine l’infrastructure matérielle sous-jacente. Bien que les deux entreprises restent des acteurs clés de l’écosystème de l’IA, les investisseurs semblent privilégier les entreprises proposant des applications commerciales immédiates.
Malgré ses bonnes performances, IBM est confrontée à des défis persistants dans ses activités existantes, qui pourraient freiner sa croissance future. Les revenus de l’infrastructure ont diminué de 4 % au premier trimestre, les ventes du mainframe IBM Z ayant chuté de 14 % en raison de la migration des entreprises vers des solutions basées sur le cloud. La division de conseil, une source de revenus importante, a enregistré une performance stable au premier et au deuxième trimestre 2025.
IBM a annoncé des réductions d’effectifs fin 2025 dans le cadre de sa transformation en cours, soulevant des questions sur les risques d’exécution et le moral des employés. La concurrence de Microsoft (NASDAQ:), Amazon (NASDAQ:) et Google (NASDAQ:) dans les services cloud reste intense, ces géants de la technologie disposant de ressources plus importantes et d’une portée de marché plus large. Plusieurs analystes suggèrent que l’action IBM pourrait être pleinement valorisée après sa hausse de 45 %, ce qui pourrait limiter sa progression à court terme.
Nvidia est également confrontée à ses propres obstacles, notamment l’incertitude réglementaire concernant les exportations de semi-conducteurs vers la Chine et la pression croissante de concurrents tels qu’Intel et Advanced Micro Devices sur le segment des GPU pour centres de données. Des interrogations subsistent quant à la capacité de l’adoption de l’IA par les entreprises à soutenir le rythme actuel des achats de puces, d’autant plus que les entreprises digèrent les investissements massifs réalisés dans l’infrastructure au cours des deux dernières années.
Les deux entreprises doivent naviguer dans un paysage évolutif de l’IA, où les opinions des investisseurs peuvent changer rapidement en fonction des résultats trimestriels et des évolutions réglementaires. La pérennité de la surperformance d’IBM dépendra de l’adoption continue de l’IA par les entreprises et de l’intégration réussie des acquisitions récentes, tandis que la trajectoire de Nvidia dépendra du maintien de son avance technologique et de la diversification de ses sources de revenus au-delà des ventes de centres de données.