Publié le 22 novembre 2023 19h20. Trente ans après sa sortie, le film Casino de Martin Scorsese, initialement accueilli avec des réactions mitigées, est aujourd’hui reconnu comme un chef-d’œuvre, témoignant de la complexité et de la noirceur du monde de la mafia.
- Casino, sorti en 1995, explore l’ascension et la chute d’un opérateur de casino à Las Vegas.
- Le film a initialement divisé la critique et le public, perçu comme froid, long et trop conscient de sa propre ambition.
- Une relecture récente a permis à un critique de reconnaître la virtuosité de Scorsese et la profondeur du film.
Casino marque le retour de Martin Scorsese dans l’univers du film de gangsters, cinq ans après le succès retentissant de Les Affranchis (Goodfellas). Les deux films sont basés sur des ouvrages de non-fiction de Nicholas Pileggi, et bénéficient du talent de ce dernier au scénario, en collaboration avec Scorsese. Si Les Affranchis avait conquis le public par son énergie brute et son côté initiatique, Casino, d’une durée de trois heures, s’est présenté comme une œuvre plus froide, plus exhaustive et moins immédiatement accessible.
Le film suit Sam « Ace » Rothstein, interprété par Robert De Niro, un joueur sportif implacable transformé en gestionnaire de casino à Las Vegas. Le personnage, complexe et peu attachant, a contribué à la réception initiale mitigée du film. À l’époque, beaucoup ont estimé que Casino cherchait à surpasser Les Affranchis, mais manquait de la spontanéité et de l’exubérance qui avaient fait le succès de son prédécesseur.
Cependant, une relecture du film des années plus tard a radicalement changé la perception d’un critique. Il a été hypnotisé par l’ouverture du film, notamment par les jeux de lumière de Las Vegas, l’utilisation ironique de la « Passion selon saint Matthieu » de Bach, et la longue séquence explicative où Ace Rothstein détaille le fonctionnement interne d’un casino. Scorsese, selon le critique, parvient à montrer à la fois l’excitation du jeu et l’illusion qu’il représente, soulignant que seuls les propriétaires des casinos sont les véritables gagnants.
L’impact de la performance de Joe Pesci, dans le rôle de Nicky Santoro, est également souligné. Son personnage, une version plus extrême et fascinante de Tommy DeVito dans Les Affranchis, apporte une dose de violence et d’imprévisibilité. Sharon Stone, quant à elle, livre une interprétation poignante de Ginger McKenna, une femme tiraillée entre ambition et autodestruction. Le film, qui débute comme un drame criminel, évolue vers une exploration complexe des relations et des dynamiques de pouvoir.
Le critique estime que Casino a longtemps été injustement comparé à Les Affranchis. Il s’agit d’une œuvre à part entière, qui explore la fièvre de l’argent et ses conséquences dévastatrices. C’est le film de gangsters le plus sombre de Scorsese, qui oscille entre fascination pour ce monde et volonté de dénoncer ses excès. Il s’agit, selon lui, d’une analyse impitoyable du prix à payer pour le péché, et d’un chef-d’œuvre intimidant par sa lucidité.
