Publié le 13 janvier 2026 18:05:00. Une nouvelle étude internationale révèle que le tissu adipeux entourant le côlon n’est pas qu’une réserve d’énergie, mais un organe actif capable d’influencer le système immunitaire et potentiellement de jouer un rôle dans le développement de maladies inflammatoires de l’intestin (MICI).
- Le tissu adipeux omental, situé près du côlon, présente une concentration inhabituellement élevée de cellules inflammatoires et immunitaires.
- Les signaux bactériens provenant de l’intestin peuvent activer les cellules graisseuses, stimulant ainsi le système immunitaire.
- Cette découverte ouvre des perspectives pour mieux comprendre et traiter des affections comme la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse.
Longtemps considéré comme un simple stockage de graisses, le tissu adipeux abdominal se révèle être bien plus complexe. Une équipe de chercheurs issus de l’Institut Karolinska (Suède), du Steno Diabetes Center de Copenhague (Danemark) et de l’hôpital Helmholtz de Munich (Allemagne) a analysé différents types de graisse abdominale chez des personnes souffrant d’obésité sévère. Leurs travaux, publiés dans la revue Métabolisme cellulaire, mettent en lumière la diversité fonctionnelle de ces tissus.
L’étude a permis de cartographier cinq types de tissu adipeux, révélant que le tissu omental, qui enveloppe le côlon, se distingue par une forte présence de cellules adipeuses inflammatoires et de cellules immunitaires. Les chercheurs ont observé une interaction étroite entre ces cellules, le système immunitaire local et le microbiome intestinal – l’ensemble des bactéries et micro-organismes présents dans l’intestin.
Le dialogue entre graisses, bactéries et immunité
Jusqu’à présent, la graisse abdominale était perçue comme un ensemble homogène. Or, les résultats de cette recherche démontrent que chaque dépôt de graisse possède des caractéristiques et des fonctions propres. Le tissu épiploïque, en particulier, se caractérise par un grand nombre de cellules liées à l’inflammation et une communication constante avec le système immunitaire.
« Les tissus adipeux ne se contentent pas de stocker de l’énergie, ils fonctionnent également comme un organe actif qui envoie des signaux affectant l’ensemble du corps. Une idée reçue tenace veut que la graisse abdominale soit uniforme, alors qu’en réalité elle est constituée de plusieurs dépôts différents. »
Jiawei Zhong, co-auteur principal de l’étude
Ce « dialogue » entre la graisse entourant le côlon et le système immunitaire semble être en partie orchestré par le microbiome intestinal. L’interaction continue entre les bactéries, les cellules adipeuses et les cellules immunitaires pourrait être essentielle pour maintenir un équilibre inflammatoire dans la région intestinale.
Bien que l’étude ait été menée sur des personnes obèses, les chercheurs estiment que ses conclusions pourraient avoir des implications plus larges. L’obésité est souvent associée à un état inflammatoire chronique de bas grade, et le tissu adipeux viscéral, notamment celui entourant le côlon, semble jouer un rôle central dans ce processus. La présence de cellules immunitaires dans cette graisse pourrait expliquer pourquoi les personnes obèses présentent un risque accru de maladies inflammatoires et métaboliques.
Prochaines étapes : maladies inflammatoires de l’intestin
L’équipe de recherche prévoit désormais d’étudier plus en détail comment l’interaction entre les cellules adipeuses et immunitaires dans le tissu omental influence les MICI, telles que la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse. Ces pathologies, qui touchent des centaines de milliers de personnes, se caractérisent par une inflammation chronique du tube digestif. Il est de plus en plus clair que la graisse entourant le côlon pourrait contribuer à amplifier ou à maintenir cette inflammation en envoyant des signaux aux cellules immunitaires locales.
« Maintenant que nous savons que ce tissu contient à la fois des cellules graisseuses et immunitaires, nous souhaitons étudier comment leur interaction influence l’activité de la maladie. Notre objectif est de déterminer si ce tissu adipeux contribue à amplifier ou à entretenir l’inflammation en envoyant des signaux qui affectent localement les cellules immunitaires. »
Auteurs de l’étude
Cette étude s’inscrit dans une tendance scientifique croissante qui redéfinit le rôle de la graisse corporelle. Loin d’être un simple réservoir passif, le tissu adipeux se comporte comme un organe endocrinien et immunologique, capable d’influencer des processus aussi complexes que l’inflammation, la réponse immunitaire et le métabolisme énergétique.
En conclusion, une meilleure compréhension de la diversité et des fonctions spécifiques des différents amas graisseux abdominaux pourrait être essentielle pour développer de nouvelles stratégies de prévention et de traitement des maladies métaboliques et inflammatoires.
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