Publié le 4 décembre 2023 19:27:00. Une étude menée par des chercheurs espagnols révèle un lien moléculaire commun entre la maladie de Parkinson, la dépression et les troubles intestinaux, ouvrant la voie à de potentiels outils de diagnostic précoce et de nouvelles stratégies thérapeutiques.
- Des anomalies dans l’expression de trois microARN ont été observées chez des patients atteints de la maladie de Parkinson et de troubles dépressifs.
- Ces dérégulations ont été reproduites dans des modèles animaux, confirmant l’implication d’un axe intestin-cerveau dans ces pathologies.
- L’identification de ce mécanisme moléculaire pourrait permettre le développement de biomarqueurs pour un diagnostic plus précoce.
Une équipe de chercheurs du Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol (CSIC) et du Centre d’investigation biomédicale en santé mentale (CIBERSAM) a mis en évidence une convergence pathologique surprenante entre la maladie de Parkinson, la dépression et les dysfonctionnements intestinaux. Leurs travaux, publiés dans la revue Journal of Neuroinflammation, suggèrent l’existence d’un processus inflammatoire bidirectionnel reliant ces affections.
L’étude a identifié une dérégulation commune de trois microARN – de petites molécules d’ARN non codant qui régulent l’expression génique – dans des échantillons de tissu cérébral post-mortem provenant de patients atteints de la maladie de Parkinson et de troubles dépressifs. Cette découverte constitue, selon les chercheurs, une « preuve directe d’un processus pathologique parallèle englobant l’axe intestin-cerveau ».
Pour valider ces résultats, l’équipe a utilisé deux modèles murins. Le premier, un modèle de souris soumis à un stress chronique simulant la dépression, a présenté le même profil de microARN altéré et une augmentation des marqueurs inflammatoires cérébraux. Le second modèle, caractérisé par une surexpression pathologique de l’alpha-synucléine – une protéine impliquée dans la maladie de Parkinson – dans les neurones sérotoninergiques, a reproduit le même schéma de microARN et d’inflammation, tant au niveau du cerveau que de l’intestin.
« Cette étude identifie cet axe spécifique de l’inflammation, la triade de microARN agissant sur les marqueurs d’inflammation, en tant que mécanisme moléculaire commun reliant la physiopathologie de la maladie de Parkinson, la dépression et le dysfonctionnement intestinal », souligne Analia Bortolozzi, la chercheuse principale de l’étude.
Les chercheurs précisent que, dans le cadre de leurs analyses humaines, ils se sont concentrés sur des échantillons de tissu cérébral. Cependant, ils rappellent que d’autres études ont confirmé la présence d’une accumulation pathologique d’alpha-synucléine dans l’intestin. Ils notent également que les symptômes gastro-intestinaux précèdent souvent de plusieurs années l’apparition des symptômes moteurs de la maladie de Parkinson, bien que ce ne soit pas systématique.
Plus de 80 % des patients atteints de la maladie de Parkinson présentent des troubles gastro-intestinaux, et une association bidirectionnelle a été établie entre cette maladie, la dépression et les maladies inflammatoires intestinales. Selon Analia Bortolozzi :
« L’idée d’analyser ces microARN dans des biopsies intestinales de patients vivants est un prolongement logique et très pertinent de ces travaux. »
Analia Bortolozzi, chercheuse principale
L’identification de ce modèle de microARN ouvre la voie à de nouvelles perspectives pour le développement de biomarqueurs, permettant potentiellement un diagnostic plus précoce et une intervention thérapeutique ciblée dans ces pathologies complexes.
