Publié le 26 septembre 2025 à 15h38. Plus d’un millier de personnes ont manifesté jeudi soir à Brest pour dénoncer une série d’agressions ciblant des militants et sympathisants de gauche, alors que l’enquête s’oriente vers un groupe d’hooligans d’extrême droite.
- Une vague d’agressions a frappé Brest, suscitant l’inquiétude et une forte mobilisation.
- L’enquête privilégie la piste d’attaques perpétrées par des individus liés à l’ultras du Stade Brestois, Section Ouest.
- Les victimes et les témoins dénoncent un climat de terreur instauré en centre-ville.
Brest est sous le choc. La ville, longtemps préservée de telles violences, a été le théâtre d’une recrudescence d’agressions ces dernières semaines, visant principalement des personnes engagées politiquement à gauche. Jeudi soir, plus d’un millier de manifestants, selon les organisateurs (800 selon la préfecture), se sont rassemblés pour exprimer leur indignation et leur inquiétude face à cette situation.
L’agression la plus marquante s’est produite samedi 20 septembre au soir sur la terrasse du Café de la plage, un lieu réputé pour être un bastion de la gauche brestoise. Une trentaine d’assaillants, vêtus de noir, le visage masqué et armés de battes de baseball, ont pris à partie les clients, aspergeant les lieux de gaz lacrymogène et les rouant de coups avant de prendre la fuite.
« C’est un climat extrêmement étrange dans notre ville, qui avait longtemps été épargnée »,
Maryvonne Cariou, adhérente de la Ligue des droits de l’Homme
Ronan, un logisticien de 30 ans témoin de la scène, décrit un moment de chaos :
« La soirée n’était pas un rassemblement politique. On était juste là parce qu’il y avait de la bière. »
Il rapporte également avoir entendu les agresseurs crier « Brest nationaliste » avant de lancer une bombe lacrymogène. Eugénie, 33 ans, se dit « sidérée » par la violence de l’attaque, qui a fait trois blessés, et estime que les assaillants ont cherché à « faire régner la terreur en centre-ville ».
Ces violences interviennent après une agression similaire fin août visant des militants de La France insoumise (LFI) alors qu’ils organisaient une collecte de fournitures scolaires. Les militants avaient alors entendu les mêmes slogans, « Brest est natio », avant d’être attaqués. Edouard Edy, le compagnon du député LFI de Brest, Pierre-Yves Cadalen, faisait partie des victimes.
Le député Cadalen a alerté le préfet dès le mois de juillet sur des « bruits concernant la reformation de groupuscules d’extrême droite violents ». Il dénonce aujourd’hui une « situation extrêmement grave » et critique le « silence du ministre de l’Intérieur » ainsi que la « libération de la parole raciste ».
L’enquête se concentre notamment sur un groupe d’une trentaine de supporters ultras du Stade Brestois, appelé Section Ouest, une scission des “Celtics brestois”. Ce groupe a déjà été impliqué dans des incidents, notamment lors d’une invasion de la quatre voies Brest-Rennes après un match contre Lens en avril dernier. Des supporters cagoulés et armés de battes avaient alors cherché à en découdre avec les supporters lensois.
Selon une source proche de l’enquête, un supporter interdit de stade suite à ces débordements aurait été blessé lors de la bagarre qui a suivi l’attaque du Café de la plage, le soir du match Stade Brestois – Nice. Le procureur de Brest a ouvert une enquête pour violences et dégradations aggravées, sans pour l’instant commenter la piste des ultras.
Ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large de montée de l’extrême droite en Bretagne, notamment au sein des groupes de supporters de clubs de football comme ceux de Rennes et Guingamp. En juillet 2023, plusieurs membres de ces groupes avaient déjà attaqué un « festival antifasciste » à Saint-Brieuc, et avaient été condamnés à de la prison avec sursis.
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