La relation entre Vladimir Poutine et Donald Trump, souvent décrite comme chaleureuse, ne repose pas uniquement sur des affinités personnelles. Une analyse plus approfondie révèle un terrain d’entente stratégique : une vision impérialiste du monde où les grandes puissances se partagent des sphères d’influence, au détriment du droit international.
Les parallèles entre les politiques menées par les deux dirigeants en Ukraine et au Venezuela sont frappants. Vladimir Poutine a justifié son intervention en Ukraine en dénonçant un gouvernement « fasciste » et une rapprochement dangereux avec l’Occident. Donald Trump, de son côté, a cherché à déstabiliser le régime vénézuélien en l’accusant d’être contrôlé par des narcotrafiquants et de constituer une menace pour la sécurité nationale américaine.
Au-delà des prétextes, ces interventions semblent motivées par des ambitions plus anciennes. Pour Poutine, la reconquête de l’Ukraine représente une tentative de restaurer la grandeur impériale de la Russie, un territoire historiquement lié à son empire. Quant à Trump, son obsession pour la puissance militaire et les ressources pétrolières du Venezuela suggère une volonté de contrôler les réserves prouvées, les plus importantes au monde, par la force.
Cette stratégie se traduit par un déploiement progressif de la puissance militaire, visant à intimider ces nations et à imposer leurs objectifs. Face à la résistance ukrainienne, la Russie a opté pour une invasion à grande échelle. Un schéma similaire se dessine dans les relations entre les États-Unis et le Venezuela.
Dans cette optique, Poutine et Trump semblent chercher à éviter un conflit direct en se partageant des zones d’influence. La Stratégie de sécurité nationale américaine, publiée le 4 décembre, reflète cette approche. Le document minimise la menace russe et critique les Européens pour avoir entravé les efforts américains visant à résoudre le conflit ukrainien selon les termes fixés par Poutine. Il prône également un retour à la « stabilité stratégique » avec la Russie et met en garde contre un « effacement civilisationnel » de l’Europe dû à l’immigration, encourageant le soutien aux partis de droite « patriotiques » alignés sur les intérêts russes.
En échange, la Stratégie de sécurité nationale américaine considère l’Amérique latine comme relevant de la sphère d’influence des États-Unis, invoquant un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe. Ce document affirme que « les États-Unis doivent être prééminents dans l’hémisphère occidental comme condition de notre sécurité et de notre prospérité », et n’exclut pas le recours à la « force meurtrière » pour atteindre cet objectif.
Le gouvernement russe a accueilli favorablement cette nouvelle stratégie. « Les ajustements que nous constatons… sont largement conformes à notre vision », a déclaré Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. « Nous considérons cela comme une étape positive. »
À ce stade, la crise vénézuélienne, à l’instar de celle en Ukraine, se déroule dans ce cadre de collaboration implicite. Bien que la Russie ait fourni une aide militaire substantielle au gouvernement de Maduro par le passé, elle a refusé de répondre à sa demande récente de matériel pour repousser une éventuelle invasion américaine. Son soutien s’est limité à des déclarations de responsables de niveau inférieur exprimant leur inquiétude et exhortant l’administration Trump à la prudence.
« Nous espérons que l’administration Trump s’abstiendra d’aggraver davantage la situation », a déclaré le 7 décembre le vice-ministre russe des Affaires étrangères. « Nous l’exhortons à le faire. »
Cette attitude plus mesurée pourrait être liée aux préoccupations de la Russie concernant son intervention en Ukraine, ou bien à une acceptation tacite du partage du monde proposé par l’administration Trump : l’Europe à la Russie, l’Amérique latine aux États-Unis.
Ce retour à un impérialisme débridé est un choc pour un monde qui a vu se développer le droit international et les tentatives de son application. Cependant, il existe une alternative : une gouvernance mondiale démocratique.
Depuis plus d’un siècle, les nations s’efforcent de construire un monde plus juste et moins violent. Des institutions internationales telles que les Nations Unies, la Cour internationale de Justice et la Cour pénale internationale (CPI) ont été créées dans cette optique. Face à cette résurgence des comportements rétrogrades, il est impératif de les renforcer.
Une étape cruciale serait de mettre fin à l’influence disproportionnée des grandes puissances au Conseil de sécurité de l’ONU. L’article 109 de la Charte des Nations Unies prévoit une procédure d’amendement par le biais d’une conférence de révision. Cette conférence pourrait démocratiser les opérations de sécurité internationale en supprimant ou en modifiant le droit de veto au Conseil de sécurité, ou en transférant ses responsabilités à l’Assemblée générale, où la règle de la majorité prévaut.
D’autres réformes pourraient inclure la création d’une Assemblée parlementaire des Nations Unies, composée de représentants élus par le peuple, et l’élargissement des compétences et du recours à la Cour internationale de Justice.
La gouvernance mondiale démocratique pourrait également être renforcée en augmentant le nombre de pays ratifiant le Statut de Rome de la CPI. À l’heure actuelle, seulement 125 pays sont parties à la CPI, tandis que des puissances majeures comme les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Inde et Israël restent à l’écart, illustrant la capacité des grandes puissances à agir en toute impunité sur la scène internationale.
Mettre fin à l’impérialisme des grandes puissances est possible, mais cela exigera un effort concerté des peuples et des nations.