Home SantéInflammation systémique dans le VIH supprimé similaire après le passage à un TAR à 3 médicaments

Inflammation systémique dans le VIH supprimé similaire après le passage à un TAR à 3 médicaments

by Sophie Martin

Publié le 23 novembre 2025 01:02:00. Une étude menée en Espagne auprès de personnes séropositives sous traitement antirétroviral n’a pas révélé de bénéfice significatif à changer de combinaison médicamenteuse, même si leur virus était déjà indétectable. Les résultats suggèrent que la stabilité du traitement actuel pourrait être préférable pour limiter l’inflammation chronique associée au VIH.

  • Le passage d’une combinaison à deux médicaments (dolutégravir/lamivudine) à une combinaison à trois (bictégravir/emtricitabine/ténofovir alafénamide) n’a pas modifié les marqueurs inflammatoires ou métaboliques sur une période de 96 semaines.
  • L’étude a inclus 141 adultes virologiquement supprimés, majoritairement des hommes blancs, suivis dans 19 hôpitaux espagnols.
  • Les deux schémas thérapeutiques se sont avérés sûrs et bien tolérés, avec des taux élevés de suppression virale maintenus dans les deux groupes.

Des chercheurs ont mené une étude clinique prospective et multicentrique en Espagne pour évaluer l’impact d’un changement de traitement antirétroviral chez des adultes vivant avec le VIH. L’objectif était de déterminer si le passage d’un schéma thérapeutique simplifié, basé sur deux médicaments (dolutégravir plus lamivudine, ou DTG/3TC), à un schéma plus classique à trois médicaments (bictégravir plus emtricitabine et ténofovir alafénamide, ou BIC/FTC/TAF) pouvait influencer l’inflammation systémique ou les paramètres métaboliques des patients.

L’étude, nommée INSTINCT/GESIDA10918, a inclus 141 participants dont la charge virale était indétectable (inférieure à 50 copies/mL) depuis au moins 48 semaines sous DTG/3TC. Les participants ont été répartis aléatoirement dans deux groupes : un groupe a continué son traitement initial, tandis que l’autre a basculé vers le schéma BIC/FTC/TAF. Ils ont ensuite été suivis pendant 96 semaines, avec des analyses cliniques et biologiques régulières.

Les participants avaient un âge médian de 45 ans (écart type de 11,1 ans), et 86,5 % étaient des hommes. La majorité (78 %) étaient de race blanche. Le nombre médian de cellules CD4+ était de 790 par microlitre (µL), avec un rapport CD4+/CD8+ de 1,1. Le poids corporel moyen était de 77 kg et le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) de 88 mL/min/1,73 m². Les deux groupes étaient comparables en termes de caractéristiques démographiques, d’antécédents liés au VIH et de paramètres métaboliques initiaux.

Les chercheurs se sont concentrés sur l’évolution de plusieurs biomarqueurs inflammatoires plasmatiques, notamment l’interleukine 6 (IL-6) et le CD14 soluble (sCD14+), ainsi que sur d’autres indicateurs tels que la protéine C-réactive de haute sensibilité (hsCRP), les D-dimères et le rapport kynurénine/tryptophane (K/T). Ils ont également surveillé les modifications du nombre de lymphocytes T CD4+ et CD8+, du rapport CD4+/CD8+, du poids, du profil lipidique et de la fonction rénale.

À l’issue des 96 semaines de suivi, aucune différence significative n’a été observée entre les deux groupes pour aucun des biomarqueurs étudiés. Les modifications moyennes annualisées du sCD14+ ont augmenté de 2,6 % avec BIC/FTC/TAF et diminué de 2,9 % avec DTG/3TC (P = 0,391). Les niveaux d’IL-6, de D-dimères, de hsCRP, de sCD163+ et le rapport K/T sont restés stables et comparables. Les deux schémas thérapeutiques ont permis de maintenir un taux élevé de suppression virale (supérieur à 95 %), sans différence significative en termes de reprise virale.

Le poids corporel a légèrement augmenté dans les deux groupes (+0,3 % avec BIC/FTC/TAF contre +0,2 % avec DTG/3TC), et environ 20 % des participants ont pris plus de 5 kg. Les paramètres lipidiques (cholestérol total, lipoprotéines de basse et haute densité, triglycérides) ont peu changé, sans différences notables entre les groupes. La fonction rénale, évaluée par le DFGe et la créatinine sérique, est restée stable.

Les effets indésirables étaient généralement de grade 1 ou 2 et se sont produits à des fréquences similaires dans les deux groupes. Les effets indésirables liés au médicament ont été plus fréquents dans le groupe BIC/FTC/TAF (4,8 % contre 0,4 %), incluant des troubles du sommeil passagers, de la fatigue et un inconfort gastro-intestinal, qui se sont résolus spontanément. Aucun effet indésirable grave ou arrêt de traitement lié au traitement n’a été signalé.

Les chercheurs concluent que, dans le contexte d’une suppression virale durable, le passage d’un schéma thérapeutique à un autre pourrait avoir un impact limité sur l’inflammation résiduelle. Ils soulignent l’importance de trouver des stratégies alternatives pour traiter les comorbidités liées à l’inflammation.

« Ces résultats renforcent l’idée selon laquelle, dans le cadre d’une suppression virologique soutenue, le basculement entre schémas thérapeutiques contemporains pourraient avoir un impact limité sur l’inflammation résiduelle et souligner l’importance d’identifier des stratégies alternatives pour traiter les comorbidités liées à l’inflammation »

Serrano-Villar S et al.

Financement : Cette recherche a été financée par Gilead Sciences et supervisée par la Fundación GeSIDA. Plusieurs auteurs ont déclaré des liens d’affiliation avec des entreprises de biotechnologie, pharmaceutiques et/ou de dispositifs médicaux. Veuillez consulter la publication originale pour une liste complète des déclarations de conflits d’intérêts.

Références :

Serrano-Villar S, Martín-Pedraza L, Tiraboschi J et al. Résultats inflammatoires et métaboliques comparables après le passage au bictégravir/emtricitabine/ténofovir alafénamide par rapport à la poursuite du dolutégravir/lamivudine chez les adultes infectés par le VIH virologiquement supprimés (étude INSTINCT/GESIDA10918). Clin Infect Dis. Publié en ligne le 10 octobre 2023. doi:10.1093/cid/ciaf565.

Source : Conseiller en maladies infectieuses

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