Publié le 26 octobre 2023 14h30. L’Irlande est confrontée à des difficultés croissantes pour assurer la protection et le soutien des enfants migrants arrivant seuls sur son territoire, révèle une nouvelle étude. Le rapport met en lumière des lacunes dans l’évaluation de l’âge, l’accès aux soins mentaux et le suivi après la majorité.
- Un rapport commandé par l’organisation EPIC souligne les défis liés à la prise en charge des enfants séparés, à la croisée du système d’asile et de la protection de l’enfance.
- L’étude révèle des inquiétudes concernant le recours accru à des mesures d’urgence pour l’hébergement et un manque de suivi adapté une fois les jeunes majeurs.
- Les témoignages recueillis auprès des jeunes migrants mettent en évidence le stress émotionnel lié à la procédure d’asile, le racisme et l’isolement culturel.
Une étude récente met en évidence les pressions exercées sur les services irlandais face à l’augmentation du nombre d’enfants arrivant sans accompagnement familial. Le rapport, réalisé par l’organisation EPIC (Empowering People In Care), qui œuvre pour les enfants placés et les jeunes qui quittent le système de protection de l’enfance, révèle des failles importantes dans la manière dont l’État irlandais prend en charge ces jeunes vulnérables.
Les chercheurs ont analysé un large éventail de données existantes et ont recueilli les témoignages de 32 personnes, dont sept jeunes ayant cherché l’asile seuls et 25 professionnels les ayant accompagnés. Ces jeunes, tous ayant sollicité une protection internationale alors qu’ils étaient mineurs, ont partagé leurs expériences directes, offrant un aperçu précieux des difficultés rencontrées.
Si les besoins primaires tels que le logement, la nourriture et la sécurité sont généralement satisfaits, l’étude constate que l’afflux croissant de jeunes migrants met à rude épreuve les capacités des services existants. Une préoccupation majeure concerne le recours de plus en plus fréquent à des mesures d’hébergement d’urgence, dont l’adéquation et la pertinence en termes de soutien sont remises en question.
L’évaluation de l’âge constitue un autre point critique soulevé par le rapport. Des erreurs d’évaluation peuvent conduire à placer des enfants dans des centres d’hébergement pour adultes, où les services sont limités et les risques accrus. Les auteurs du rapport avertissent que cette pratique pourrait porter atteinte aux droits fondamentaux des jeunes concernés.
L’impact émotionnel de la procédure d’asile est également mis en lumière. De nombreux jeunes rapportent des niveaux de stress élevés, des difficultés à accéder à des soins de santé mentale et des expériences de racisme et d’isolement culturel. Certains, pris en charge par Tusla, l’agence irlandaise de protection de l’enfance, ont partagé des expériences positives, mais d’autres ont dénoncé un accès inégal aux soutiens, des lacunes dans le domaine de l’éducation et une anxiété croissante quant à leur avenir.
La situation devient particulièrement précaire à partir de 18 ans, lorsque le soutien diminue considérablement, en particulier dans un contexte de crise du logement. Le manque de suivi adapté aux jeunes adultes est un thème récurrent du rapport. Les auteurs soulignent la résilience et la capacité d’action de ces jeunes, dont beaucoup restent en contact avec leur famille et aspirent à la réunification familiale, un processus souvent stressant et insuffisamment pris en charge.
Les auteurs du rapport appellent à des améliorations urgentes, tant à court terme qu’à long terme, dans la prise en charge des enfants séparés, notamment en ce qui concerne leur transition vers l’âge adulte. La recherche a été financée par la Commission irlandaise des droits de l’homme et de l’égalité.