Publié le 14 octobre 2025 à 22h25. Instagram renforce les restrictions sur les comptes adolescents en alignant ses règles sur le système de classification par âge des films, dans une tentative de mieux protéger les jeunes utilisateurs en ligne, mais l’efficacité de ces mesures est remise en question par des experts.
- Instagram va désormais filtrer le contenu recommandé aux adolescents en fonction d’une classification similaire à celle des films PG-13, limitant l’accès à des sujets potentiellement sensibles.
- Les nouvelles règles interdisent également aux adolescents de suivre des comptes diffusant du contenu inapproprié et bloquent les résultats de recherche contenant des termes choquants.
- Des experts soulignent que ces mesures, bien que bienvenues, arrivent tardivement et pourraient être facilement contournées par les jeunes utilisateurs.
Meta, la société mère d’Instagram, annonce un durcissement des règles concernant les comptes adolescents, en s’inspirant du système de classification par âge utilisé pour les films. Jusqu’à présent, les comptes destinés aux jeunes utilisateurs étaient déjà protégés contre le contenu explicitement sexuel ou violent. Désormais, l’algorithme d’Instagram ne recommandera plus de publications contenant un langage grossier, des cascades dangereuses ou tout élément susceptible d’inciter à des comportements à risque.
Les nouvelles directives vont plus loin en interdisant aux adolescents de suivre des comptes qui publient régulièrement du contenu inapproprié pour leur âge. Les résultats de recherche contenant des mots tels que « gore » ou « alcool » seront également bloqués. De plus, il sera impossible pour les jeunes utilisateurs d’accéder à des liens externes qui ne respectent pas les nouvelles règles de la plateforme.
« Tout comme vous pourriez voir du contenu suggestif ou entendre un langage fort dans un film PG-13, les adolescents peuvent occasionnellement voir quelque chose comme ça sur Instagram – mais nous allons continuer à faire tout notre possible pour que ces cas soient aussi rares que possible. »
Meta, dans un communiqué
Meta affirme que ces changements visent à s’aligner sur une norme reconnue par les parents. Le déploiement de ces nouvelles règles débutera mardi au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie, et sera achevé d’ici la fin de l’année 2025.
Les comptes pour adolescents, lancés en septembre 2024 et destinés à tous les utilisateurs de moins de 18 ans, sont par défaut privés (les demandes de suivi doivent être approuvées), interdisent les messages directs provenant d’inconnus et activent la désactivation des notifications pendant la nuit. Meta a progressivement renforcé ces restrictions, notamment en limitant les diffusions en direct et en supprimant les filtres sur les images suggestives.
Selon Richard Lachman, professeur à la RTA School of Media de l’Université métropolitaine de Toronto, ces contrôles supplémentaires arrivent « un peu tard ». Il souligne que la simple filtration de mots-clés est une approche peu sophistiquée. Il met également en garde contre la facilité avec laquelle les adolescents peuvent contourner ces restrictions en indiquant un âge supérieur à 18 ans lors de la création de leur compte.
Meta compte contrer cette pratique en utilisant une technologie de prédiction de l’âge, basée sur l’analyse de la date de création du compte et des interactions de l’utilisateur avec le contenu de la plateforme. Les adolescents qui tentent de modifier leur date de naissance devront également vérifier leur identité par un « selfie vidéo ou un contrôle d’identité ». Plus d’informations sur l’utilisation de l’IA par Instagram pour détecter les faux profils.
Cependant, l’analyste technologique Carmi Levy estime que le fonctionnement précis de ces outils de prédiction de l’âge et de filtrage du contenu reste opaque. Consulter l’article de blog de Meta.
Des études récentes montrent que les paramètres de sécurité actuels ne sont pas toujours efficaces pour bloquer le contenu dangereux, notamment les publications liées aux troubles de l’alimentation. Une étude récente de Heat Initiative révèle que près de la moitié des adolescents utilisateurs d’Instagram ont été exposés à du contenu potentiellement nuisible (discours de haine, alcool, drogues) ou à des messages indésirables au cours du mois précédent.
Meta reconnaît que son système n’est pas parfait et s’engage à l’améliorer en tenant compte des retours des parents. Les parents pourront signaler à l’entreprise les types de contenu qu’ils souhaitent voir limités pour les adolescents.
Bien que ces nouvelles restrictions soient un pas dans la bonne direction, Carmi Levy craint qu’elles ne donnent aux parents un faux sentiment de sécurité. Il souligne que la responsabilité de la sécurité des enfants en ligne incombe en fin de compte aux familles.
« Les parents supposent que les plateformes comme Meta ont ce problème en main, qu’ils s’en occupent, puis ils relâchent en quelque sorte leurs efforts pour garantir la sécurité de leurs enfants dans l’environnement numérique. »
Carmi Levy, analyste technologique
Katherine Korakakis, mère de deux adolescents, se dit favorable à ces changements, tout en soulignant qu’elle continue de surveiller l’utilisation des médias sociaux par ses enfants et d’utiliser des outils de contrôle parental pour limiter leur accès à certains sites et fixer des limites de temps.

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