Home SantéIntégrer la nutrition dans les soins contre le cancer : entretien avec Katrien Van Laere, directrice médicale et scientifique chez Danone

Intégrer la nutrition dans les soins contre le cancer : entretien avec Katrien Van Laere, directrice médicale et scientifique chez Danone

by Sophie Martin

Publié le 25 novembre 2025 à 19h32. La malnutrition touche jusqu’à 70 % des patients atteints de cancer, compromettant leur capacité à suivre leur traitement et à se rétablir. Pourtant, un soutien nutritionnel spécialisé reste largement sous-utilisé, alors qu’il pourrait améliorer significativement leur parcours.

  • Jusqu’à 70 % des patients atteints de cancer souffrent d’une forme de malnutrition.
  • La nutrition médicale, une alimentation adaptée aux besoins spécifiques des patients, est essentielle à chaque étape du traitement.
  • Un dépistage systématique de la malnutrition et une meilleure intégration du soutien nutritionnel dans les parcours de soins sont cruciaux.

Pour de nombreux patients, les effets secondaires du cancer et de ses traitements vont bien au-delà de la maladie elle-même. La perte d’appétit, les difficultés à avaler, les troubles digestifs et la perte de poids sont fréquents, entraînant une malnutrition qui affaiblit l’organisme et diminue la tolérance aux traitements. Or, selon Katrien Van Laere, responsable médicale et scientifique chez Danone, seule une minorité de patients bénéficie d’un accompagnement nutritionnel adapté.

La « nutrition médicale », explique-t-elle, est bien plus qu’un simple complément. Il s’agit d’une alimentation spécifiquement conçue pour répondre aux besoins des patients en situation de fragilité. « La nutrition médicale est un aliment destiné à des fins médicales spécifiques », souligne-t-elle.

« Elle est destinée aux patients présentant un déficit nutritionnel qui ne peut être comblé par une alimentation normale. Ce sont des produits scientifiquement formulés, prescrits et suivis par des médecins, et souvent enrichis en énergie, en protéines ou en nutriments spécifiques en fonction de la pathologie. »

Katrien Van Laere, responsable médicale et scientifique chez Danone

La nutrition médicale n’est pas une thérapie isolée, mais un élément essentiel du parcours de soins. « Elle vise à accompagner le traitement du cancer, en aidant les patients à conserver leur force et leur résilience tout au long de leur épreuve », précise Katrien Van Laere.

Les recommandations de la Société européenne de nutrition clinique et de métabolisme (ESPEN) sont claires : la plupart des adultes atteints de cancer devraient recevoir entre 25 et 30 kilocalories par kilogramme de poids corporel par jour pour maintenir leur poids et favoriser la récupération. Les besoins en protéines sont également significativement plus élevés, pouvant atteindre le double de ceux des personnes en bonne santé. Pourtant, plusieurs études (Prado et al., 2012 ; McCurdy et al., 2019 ; Stobaus et al., 2015) montrent que moins de la moitié des patients parviennent à atteindre ces objectifs.

ESPEN recommandations nutritionnelles cancer

L’importance de la nutrition à chaque étape du traitement

Question : À quel moment la nutrition est-elle la plus bénéfique : avant, pendant ou après le traitement ?

Selon Katrien Van Laere, la nutrition est importante « à toutes les phases ». « Même avant le diagnostic, la perte de poids est souvent l’un des premiers signes de cancer », explique-t-elle. « Une fois le diagnostic posé, nous voulons que les patients soient dans la meilleure forme possible pour affronter le traitement. C’est là que la nutrition médicale, souvent associée à l’activité physique, aide à préparer leur corps. »

Pendant le traitement, les effets secondaires tels que la perte d’appétit, les mucites (plaies buccales) ou les troubles intestinaux peuvent rendre l’alimentation difficile. « Dans cette phase, la nutrition médicale devient fondamentale. Elle donne aux patients la force de poursuivre leurs traitements. Et après le traitement, lorsque le corps a besoin de se reconstruire, elle reste importante pour la récupération. » Bien que toutes les phases soient cruciales, elle souligne que la phase de traitement est « probablement la plus critique », car les patients dépendent d’un soutien nutritionnel pour maintenir leur traitement.

« Environ 70 % des patients atteints de cancer souffrent d’une forme de malnutrition. »

Katrien Van Laere, responsable médicale et scientifique chez Danone

Question : Quelle est la prévalence de la malnutrition chez les patients atteints de cancer ?

« Cela dépend du type de cancer », répond Katrien Van Laere, « mais globalement, environ 70 % des patients atteints de cancer souffrent d’une forme de malnutrition. » Malgré ce constat, seulement environ un patient sur trois ayant besoin d’une nutrition médicale en bénéficie. Un paradoxe, étant donné que les études démontrent systématiquement que la malnutrition a un impact négatif sur les résultats.

Les besoins varient considérablement d’un patient à l’autre : « Certains ont besoin de suppléments oraux pour un apport supplémentaire en énergie et en protéines, tandis que d’autres, notamment ceux atteints de cancers de la tête et du cou, peuvent nécessiter une alimentation par sonde car ils ne peuvent tout simplement pas mâcher ou avaler. »

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Les preuves de l’impact du soutien nutritionnel

Question : Quelles données confirment l’impact du soutien nutritionnel sur les résultats du traitement ?

Katrien Van Laere met en avant un nombre croissant d’études. « La nutrition médicale a démontré sa capacité à réduire les complications, telles que les infections, à raccourcir les séjours à l’hôpital et à aider les patients à maintenir leur poids et leur masse musculaire. »

Elle cite des données indiquant que jusqu’à 65 % des patients subissent une perte de poids significative – souvent de 1 à 10 kg – dès leur première consultation en oncologie, et que jusqu’à 90 % présentent une faible masse musculaire.

« Les altérations du goût touchent environ 70 % des patients pendant le traitement, et la dysphagie (difficultés à avaler) peut affecter jusqu’à 80 % des personnes atteintes d’un cancer de la tête et du cou. Ces difficultés rendent encore plus crucial un apport adéquat en énergie et en protéines. »

Katrien Van Laere, responsable médicale et scientifique chez Danone

Dépistage et parcours : « Cela doit faire partie intégrante de la prise en charge du cancer. »

Question : Quel changement simple les hôpitaux pourraient-ils mettre en œuvre pour améliorer la nutrition des patients ?

Pour Katrien Van Laere, la première étape est un dépistage systématique. « Chaque patient devrait être dépisté pour une malnutrition liée à la maladie en utilisant des critères établis », explique-t-elle. « Une fois identifiée, une orientation claire vers un diététicien ou une infirmière en oncologie doit être mise en place, afin que la nutrition fasse partie du parcours de soins. »

Elle souligne que les nouvelles recommandations professionnelles marquent un tournant. « L’ESPEN propose depuis longtemps des directives nutritionnelles pour les patients atteints de cancer, mais ce qui constitue une véritable avancée, c’est que la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO) a publié ses propres recommandations en matière de soutien nutritionnel en 2023. Cela signifie que les sociétés savantes d’oncologie reconnaissent désormais officiellement la nutrition comme faisant partie des soins contre le cancer. Le prochain défi est la mise en œuvre : intégrer ces normes dans chaque hôpital. »

Références :

  • Manuel ESMO de nutrition et de cancer
  • Guide pratique ESPEN : Nutrition clinique dans le cancer
  • Guide de pratique clinique de l’ESMO : Cachexie cancéreuse chez les patients adultes

manuel de nutrition esmo

Au cœur de la stratégie de nutrition oncologique de Danone

Question : Sur quoi Danone se concentre-t-elle actuellement pour rendre le soutien nutritionnel plus facile et plus efficace ?

« Notre objectif est de fournir des solutions fondées sur la science et centrées sur le patient, qui aident réellement les patients. »

Katrien Van Laere, responsable médicale et scientifique chez Danone

Katrien Van Laere partage plusieurs axes d’intervention :

Conception de produits

De nombreux patients souffrent d’altérations sensorielles en raison des effets secondaires du traitement, ce qui peut rendre l’alimentation difficile. Nous avons développé des saveurs rafraîchissantes qui stimulent et aident à gérer les changements de goût, même lorsque l’appétit est faible.

Innovation

« Nous avons récemment lancé une formule riche en protéines et en énergie, enrichie en acides gras oméga-3 pour aider à réduire l’inflammation. Nos produits font l’objet d’essais cliniques rigoureux et nous continuons à les affiner en fonction des preuves cliniques. »

Collaboration

« Nous travaillons avec des associations médicales pour intégrer la nutrition médicale dans les parcours de traitement du cancer. »

Accompagnement numérique

« Grâce à notre partenariat avec Resilience, un service de santé numérique destiné aux patients atteints de cancer, nous aidons les patients à gérer leurs symptômes et à comprendre comment la nutrition peut soutenir leur rétablissement. »

Des soins accessibles à tous.

Question : Qu’en est-il des pays à revenu faible ou intermédiaire, où le soutien nutritionnel à long terme peut être coûteux ?

Katrien Van Laere souligne que l’accessibilité et le coût sont au cœur de la mission de Danone. « La nutrition médicale est souvent remboursée en raison de ses avantages économiques et sanitaires avérés. Nous travaillons en étroite collaboration avec les gouvernements et les organismes payeurs pour démontrer que ces produits sont non seulement efficaces sur le plan clinique, mais qu’ils permettent également de réaliser des économies, afin que tous les patients, quel que soit leur revenu, puissent accéder aux soins dont ils ont besoin. Les soins devraient être accessibles à tous. »

Regard vers l’avenir

Question : Quelles sont les prochaines étapes qui vous enthousiasment le plus ?

Katrien Van Laere met en avant la sensibilisation et le dépistage précoce. « Chaque patient diagnostiqué avec un cancer doit être dépisté pour la malnutrition et informé sur la nutrition médicale. Même les meilleurs produits ne sont d’aucune utilité s’ils n’atteignent jamais le patient. »

Sa deuxième priorité est la poursuite de la recherche. « Nous disposons déjà de données montrant que la nutrition médicale améliore les résultats et la qualité de vie. Nous continuons à soutenir la recherche clinique, y compris les études sur les résultats des traitements oncologiques, pour comprendre comment la nutrition médicale peut réduire la toxicité du traitement et aider les patients à terminer leur traitement à temps. »

« Lorsque les patients sont nourris, ils peuvent mieux tolérer la thérapie, récupérer plus rapidement et finalement vivre mieux. La nutrition n’est pas un accessoire du traitement du cancer, c’est un catalyseur », conclut Katrien Van Laere.

Question : Si un hôpital ou un pays souhaite collaborer avec Danone, comment peut-il procéder ?

« Danone est représentée dans de nombreux pays », souligne Katrien Van Laere. « Nous avons des équipes locales qui travaillent en étroite collaboration avec les professionnels de santé pour accompagner les patients. Nous sommes impatients de collaborer avec des équipes multidisciplinaires, des oncologues, des diététiciens, des infirmières, car c’est là que se déroulent réellement les soins. »

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