Intel a signé un accord définitif pour racheter la startup israélienne Classiq pour environ 2,3 milliards de dollars, créant ainsi la plus grande acquisition de l’histoire du secteur quantique. L’opération, annoncée le 26 octobre 2026, vise à transformer le groupe d’informatique quantique d’Intel en une structure proposant des solutions matérielles et logicielles intégrées.
L’accord entre le géant américain des puces et la jeune pousse fondée à Tel-Aviv repose sur une transaction en actions et en numéraire qui valorise Classiq à une hauteur inédite pour le domaine. L’opération surpasse le précédent record de l’industrie établi l’année précédente lors du rachat d’Oxford Ionics par IonQ pour 1 milliard de dollars. Pour Intel, il s’agit de sa première acquisition d’envergure en quatre ans et de son premier investissement de cette nature dans l’écosystème technologique israélien depuis le rachat de Granulate en 2022.
Une plateforme logicielle ouverte pour unifier le calcul quantique
Fondée en 2020 par Nir Minerbi, Amir Naveh et son père, le professeur Yehuda Naveh, Classiq a conçu un système d’exploitation et une plateforme de synthèse automatique d’algorithmes. Cette technologie permet aux développeurs de concevoir des applications sans nécessiter de compétences approfondies en conception de circuits quantiques. Le logiciel se distingue par son caractère agnostique, puisqu’il fonctionne indépendamment du matériel sous-jacent et s’intègre avec plusieurs architectures de machines concurrentes.

L’objectif affiché d’Intel consiste à combiner cette brique logicielle avec ses propres avancées en matière de qubits de spin sur silicium et de fabrication semi-conductrice. Le directeur général d’Intel, Lip-Bu Tan, a souligné la portée de ce rapprochement à travers une déclaration officielle :
Pendant plus d’une décennie, Intel a réalisé des progrès remarquables dans le domaine de l’informatique quantique en appliquant son innovation en matière de semiconducteurs, sa maîtrise de la fabrication avancée et son expertise en ingénierie des systèmes au développement de la technologie des qubits de spin sur silicium évolutive. Unir nos forces avec Classiq transforme le groupe d’informatique quantique d’Intel en une entreprise d’informatique quantique à pile complète.
Lip-Bu Tan, directeur général, Intel
La feuille de route d’Intel prévoit de maintenir le support des intégrations multi-plateformes de Classiq après la finalisation de la transaction, préservant ainsi un écosystème ouvert. Le PDG de Classiq, Nir Minerbi, a insisté sur la volonté initiale de rendre la technologie accessible au plus grand nombre :
Depuis notre création, Classiq s’efforce de rendre l’informatique quantique pratique et accessible en permettant aux développeurs, aux chercheurs et aux entreprises de créer des applications quantiques évolutives sans nécessiter une expertise approfondie en conception de circuits quantiques.
Nir Minerbi, cofondateur et directeur général, Classiq
Il a également ajouté que cette synergie permettrait d’accélérer l’adoption de l’informatique quantique sur le marché.
Les répercussions financières et la structure de l’actionnariat
Classiq emploie environ 150 personnes et a levé un total supérieur à 200 millions de dollars depuis sa création, incluant un tour de table en 2025 de 110 millions de dollars qui valorisait l’entreprise entre 600 millions et 700 millions de dollars. L’offre d’acquisition à 2,3 milliards de dollars représente donc une valorisation nettement supérieure à ces estimations antérieures, plaçant l’entreprise parmi les cinq entités les plus valorisées du secteur quantique mondial.
Les cofondateurs — Nir Minerbi, Amir Naveh et le professeur Yehuda Naveh — possèdent chacun une participation substantielle dans l’entreprise, tout comme les fonds et institutions financières de l’écosystème local. Entrée Capital, investisseur historique et principal actionnaire, réalise une plus-value majeure sur une mise initiale de quelques millions de dollars, tandis que Team8 Capital détient une part de 9 %. D’autres acteurs institutionnels locaux, comme l’assureur The Phoenix avec 7,5 % et le fonds israélo-canadien AWZ avec 4 %, figurent également parmi les bénéficiaires de la transaction.

Les salariés de la startup, qui détiennent collectivement environ 10 % des actions, se partagent l’équivalent de 230 millions de dollars de parts sociales. De surcroît, Intel a réservé plus de 100 millions de dollars sous forme de primes de rétention afin d’inciter les équipes à rester au sein de la structure après le rachat.
Le calendrier réglementaire et les perspectives du marché
Bien que l’accord ait été paraphé, le processus n’est pas achevé. L’opération demeure subordonnée aux approbations réglementaires d’usage et à d’autres conditions de clôture habituelles. Les deux entreprises continuent d’exercer leurs activités de manière indépendante jusqu’à la finalisation officielle, prévue au cours du premier semestre de l’année 2027.

L’industrie de l’informatique quantique compte à ce jour environ 117 ordinateurs quantiques dans le monde. Malgré des investissements importants et un positionnement d’Israël parmi les cinq premières nations du secteur, la technologie n’a pas encore connu l’équivalent de son « moment ChatGPT », c’est-à-dire une transition vers une utilisation commerciale généralisée et quotidienne.
Néanmoins, les investisseurs et analystes voient dans cette transaction un signal fort pour l’écosystème technologique israélien. Sarit Firon, associée gérante chez Team8, a rappelé la portée stratégique de cette acquisition pour les technologies de pointe, soulignant que l’entreprise a développé son langage de programmation sur place et que cette cession constitue un témoignage de la capacité d’innovation de la région.
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