Publié le 2025-10-02 13:13:00. La polypharmacie, particulièrement chez les patients souffrant d’insuffisance cardiaque, est associée à une mortalité accrue, mais une prescription réfléchie et adaptée peut atténuer ce risque, soulignent des experts lors des journées DGK (Deutsche Gesellschaft für Kardiologie). Des interactions médicamenteuses parfois méconnues, incluant celles avec des produits de phytothérapie, peuvent avoir des conséquences graves.
- La polypharmacie est significativement liée à une augmentation du risque de décès précoce (risque relatif de 1,31 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,07-1,61).
- L’automédication, notamment avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène, peut aggraver l’insuffisance cardiaque.
- Le millepertuis peut interférer avec l’efficacité des anticoagulants, augmentant le risque d’accident vasculaire cérébral.
La polypharmacie, définie comme la prise simultanée de plusieurs médicaments, représente un défi majeur pour la santé publique. Au-delà des conséquences individuelles sur la santé des patients, elle engendre des coûts considérables. « Cela coûte cher de prescrire beaucoup de médicaments, et surtout sans réflexion », explique le Dr Dutzmann, lors des journées DGK. Aux États-Unis, ces coûts atteignent 528 milliards de dollars, soit 16 % des dépenses de santé totales.
Les experts insistent sur la nécessité d’une évaluation rigoureuse des traitements prescrits et de la prise en compte de tous les médicaments, y compris ceux en vente libre. Un patient de 75 ans souffrant d’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite (ICFER) et d’arthrose, qui s’est auto-médiqué avec de l’ibuprofène, illustre les dangers de l’automédication. L’ibuprofène, comme d’autres AINS, favorise la rétention de sodium et d’eau, ce qui peut aggraver l’insuffisance cardiaque. La recommandation est claire : « Il faut toujours s’enquérir des médicaments en vente libre pris par les patients et, dans de tels cas, recommander des alternatives analgésiques comme le paracétamol », précise le Dr Dutzmann.
Les interactions médicamenteuses constituent un autre point de vigilance. Une patiente de 68 ans atteinte d’ICFER, traitée par edoxaban (un anticoagulant) et prenant du millepertuis pour lutter contre la dépression, a subi un accident vasculaire cérébral après six semaines. L’hyperforine contenue dans le millepertuis est un inducteur de la glycoprotéine P (P-gp), ce qui diminue l’absorption de l’edoxaban et augmente le risque d’AVC. Il est donc crucial de prendre en compte les médicaments de phytothérapie dans l’évaluation des traitements.
La combinaison de certains médicaments peut également être problématique. Un patient de 78 ans souffrant d’ICFER et d’une fonction rénale limitée (DFG de 45 ml/min) était traité par edoxaban et amiodarone (un antiarythmique). Bien que cette combinaison ne soit pas surprenante en soi, une revue récente a montré que les patients recevant à la fois des anticoagulants oraux directs (DOAC) et de l’amiodarone présentent un risque accru de saignement. « Lorsqu’un patient sous cette combinaison développe des saignements gastro-intestinaux persistants, il n’est pas utile de changer de DOAC », souligne le Dr Dutzmann. « Il faut plutôt reconsidérer l’administration de l’amiodarone et rechercher une stratégie alternative. »
Enfin, les interactions médicamenteuses peuvent survenir avec des antibiotiques. Un patient de 72 ans atteint de maladie coronarienne chronique (MCC) traité par atorvastatine (20 mg) a développé une pneumonie et une myopathie cinq jours après avoir commencé un traitement à la clarithromycine. Sa créatine kinase (CK) a atteint un niveau élevé de 4500 U/L. Les statines sont métabolisées par le CYP3A4, mais les antibiotiques macrolides comme la clarithromycine inhibent cette enzyme. Cela augmente la concentration de statines et le risque de myopathie induite par les statines. Le Dr Dutzmann recommande de passer à un autre antibiotique ou, si ce n’est pas possible, d’interrompre la statine pendant trois jours.
- DGK Hartage Days 2025. 25.-27. Octobre 2025 Congress Center Hambourg (CCH). Section Young DGK: Conseils et astuces loin du manuel. 25 septembre 2025.
- Étude sur la polypharmacie et la mortalité (doi: 10.1038 / s41598-022-24285-4)
- Position paper ESC sur la polypharmacie (doi: 10.1093 / ehjcvp / pvaa108)
