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Interview : l’ancien chef de la banque centrale indienne sur une économie mondiale en mouvement

Publié le 16 novembre 2023 10h22. L'ancien gouverneur de la Banque de réserve de l'Inde, Raghuram Rajan, dresse un tableau nuancé de la recomposition de la production mondiale, mettant en lumière les défis et les opportunités pour la…

Interview : l’ancien chef de la banque centrale indienne sur une économie mondiale en mouvement

Publié le 16 novembre 2023 10h22. L’ancien gouverneur de la Banque de réserve de l’Inde, Raghuram Rajan, dresse un tableau nuancé de la recomposition de la production mondiale, mettant en lumière les défis et les opportunités pour la Chine, l’Inde et les États-Unis, tout en abordant l’impact de l’intelligence artificielle et la régulation des cryptomonnaies.

  • L’Inde progresse lentement dans la chaîne de valeur manufacturière, mais doit s’inspirer de l’expertise chinoise tout en veillant à une collaboration mutuellement bénéfique.
  • Les licenciements dans le secteur technologique américain sont en partie liés aux gains de productivité induits par l’IA, qui pourrait à terme créer de nouveaux besoins en compétences spécialisées.
  • Les efforts de relocalisation industrielle aux États-Unis sont fragiles et dépendront d’une politique commerciale plus stable et d’un niveau élevé d’automatisation.

Raghuram Rajan, économiste de renom et ancien économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), analyse les mutations profondes qui affectent le secteur manufacturier mondial. Il souligne que si l’Inde attire progressivement des délocalisations, le processus reste graduel. Pour l’instant, le pays se concentre principalement sur l’assemblage final des produits, mais ambitionne de monter en compétences pour produire davantage de composants à l’avenir.

Selon Rajan, l’Inde a beaucoup à apprendre de l’expérience chinoise en matière de fabrication et d’ingénierie. Cependant, il insiste sur la nécessité d’une coopération équilibrée, où les deux pays en tirent profit. « Il est crucial que toute collaboration entre l’Inde et la Chine soit conçue pour être mutuellement avantageuse », a-t-il déclaré. Le rythme de ces progrès dépendra de la capacité de l’Inde à acquérir de nouvelles compétences et à créer un environnement propice aux investissements.

Interrogé sur les récents plans sociaux dans le secteur technologique américain, Rajan estime que l’intelligence artificielle (IA) contribue à une augmentation de la productivité, ce qui peut expliquer certaines suppressions de postes. Il nuance toutefois cette observation en soulignant que cette dynamique pourrait à terme générer une demande accrue de personnel qualifié, capable de programmer et de gérer ces nouvelles technologies. Il considère que les embauches massives observées ces dernières années dans le secteur technologique étaient en partie artificielles et nécessitaient un ajustement.

L’ancien gouverneur de la Banque de réserve de l’Inde se montre sceptique quant aux annonces d’investissements massifs visant à relocaliser l’industrie manufacturière aux États-Unis. Il observe que ces projets s’étalent souvent sur plusieurs années et que leur réalisation est incertaine, en raison notamment des fluctuations de la politique économique. Il souligne également que le protectionnisme et la volatilité des droits de douane compliquent la prise de décision des entreprises. Il anticipe donc que les industries qui reviendront aux États-Unis seront fortement automatisées, limitant ainsi la création d’emplois. « Un régime tarifaire plus stable est essentiel pour permettre aux entreprises de planifier à long terme », a-t-il affirmé.

Concernant la Chine, Rajan note la transition progressive du pays vers une économie davantage axée sur les services. Il considère cette évolution comme naturelle, le secteur manufacturier représentant un segment en déclin, bien que de plus en plus productif. Il met toutefois en garde contre les défis liés à l’exportation de services, notamment en matière de confidentialité des données et de confiance internationale, des questions qui doivent être résolues pour favoriser une croissance durable.

En matière de technologie, Rajan souligne les forces de l’Inde dans les services informatiques et de conseil, ainsi que les avancées de la Chine dans la recherche sur l’IA et le développement d’universités techniques de pointe. Il plaide pour une coopération entre les deux pays dans les domaines où leurs compétences ne se chevauchent pas, privilégiant la collaboration à la compétition.

Sur la question de la régulation des cryptomonnaies, Rajan préconise une approche équilibrée, qui encourage l’innovation tout en assurant un contrôle adéquat. Il cite l’exemple de Singapour, qui a mis en place un cadre expérimental mais prudent. Il met en garde contre les interdictions radicales, soulignant la complexité de l’introduction de nouveaux produits financiers à grande échelle.

Enfin, concernant la productivité américaine, Rajan observe une amélioration ces derniers trimestres, mais reste prudent quant à l’impact réel de l’IA. Il note que cette hausse pourrait également être due à un ralentissement de la croissance de l’offre de main-d’œuvre. Il estime qu’il faudra plusieurs années pour évaluer pleinement les effets de l’IA sur la productivité.

En conclusion, Raghuram Rajan propose une analyse approfondie des interactions entre l’industrie manufacturière mondiale, les avancées technologiques, les politiques économiques et les marchés du travail, appelant à des réponses mesurées et prospectives face à ces tendances en constante évolution.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.