La nouvelle production de Into the Woods, le chef-d’œuvre de Stephen Sondheim et James Lapine, envoûte le public londonien par son humour mordant et sa profondeur émotionnelle. La mise en scène de Jordan Fein explore avec brio les thèmes complexes de la famille, du désir et des conséquences de nos choix, tout en conservant l’atmosphère sombre et féérique des contes des frères Grimm.
L’histoire débute avec une efficacité remarquable, présentant rapidement les personnages et leurs quêtes. Le boulanger (Jamie Parker) et sa femme (Katie Brayben) sont frappés d’une malédiction par une sorcière (Kate Fleetwood) : ils ne pourront la briser qu’en rassemblant quatre objets emblématiques – la pantoufle de Cendrillon, les cheveux d’or de Raiponce, le manteau de Petit Chaperon Rouge et la vache laiteuse de Jack, le tueur de géants. Cette quête les entraîne, ainsi que d’autres figures de contes de fées, dans une forêt où leurs destins s’entremêlent de manière inattendue.
La production ne se contente pas de revisiter les « et ils vécurent heureux pour toujours ». Elle explore ce qui se passe après, lorsque les illusions s’effondrent et que les regrets, les reproches et les trahisons refont surface. La sorcière, inspirée par le concept de l’inconscient collectif de Carl Jung, est dépeinte comme une figure maternelle dévorante, étouffant la croissance de Raiponce en l’enfermant. Les mariages des princes deviennent fades, et la parentalité s’avère difficile pour le boulanger. D’autres parents périssent, laissant des enfants comme Petit Chaperon Rouge (Gracie McGonigal) et Jack (Jo Foster) se débrouiller seuls.
Le charme opère grâce à une distribution talentueuse. Jack est interprété avec une féminité assumée, Petit Chaperon Rouge apparaît comme une jeune fille guide intrépide, le Loup (Oliver Savile) évoque un David Niven rusé, et la Sorcière, Kate Fleetwood, est à la fois comiquement maléfique et profondément blessée. La lutte du boulanger et de sa femme pour concevoir un enfant est particulièrement poignante. Après son mariage avec le prince, Cendrillon (Chumisa Dornford-May) ressent le désir nostalgique des jours où elle pouvait se perdre dans les bois et parler aux oiseaux, comme elle le confie : « J’aimerais pouvoir retourner à cette liberté, à cette simplicité. »
Les interprètes brillent également sur le plan musical, maîtrisant les partitions complexes et dissonantes. Des moments forts incluent le duo mélodramatique des deux princes prétentieux dans « Agony », la douleur déchirante de « Children Will Listen » et l’esprit vif de « Your Fault ». Kate Fleetwood est particulièrement remarquable, tant dans ses interprétations vocales que théâtrales, notamment dans « Witch’s Lament ».
La conception scénique de Tom Scutt est tout aussi captivante. Un fond noir profond sert de toile de fond dramatique, s’ouvrant sur une forêt luxuriante baignée de lumière et de chants d’oiseaux, évoquant un livre d’images vivant imprégné du gothique des frères Grimm. Les costumes élégants de Scutt, d’inspiration médiévale, confèrent aux personnages une humanité tangible, évitant ainsi tout effet de pantomime. Le géant et sa femme ne sont pas visibles, mais leur présence se fait sentir par des tremblements de terre sonores et lumineux (voix de Valda Aviks).
La pièce explore également des formes alternatives de familles, qui trouvent un bonheur forgé dans l’adversité. Cette production ne possède ni l’ampleur ni l’esprit festif d’un spectacle de Noël ou d’une pantomime, mais elle en conserve la magie et l’émerveillement.
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