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Isaacman et Duffy jouent à « Game of Thrones » pour le contrôle de la NASA

by Nicolas Lefèvre

Une lutte de pouvoir acharnée pour le contrôle de la NASA oppose actuellement deux figures influentes : le secrétaire aux Transports Sean Duffy et le milliardaire Jared Isaacman, voyageur spatial privé. L’avenir de l’agence spatiale américaine, et plus largement la course à l’exploration lunaire, sont en jeu.

Tout a commencé lorsque l’ancien président Donald Trump a retiré, de manière inattendue, la nomination d’Isaacman au poste d’administrateur de la NASA. Un mois plus tard, Duffy a été nommé administrateur par intérim, en attendant la désignation d’un dirigeant permanent. Initialement, le mandat de Duffy s’est déroulé sans heurts, l’occasion pour lui de promouvoir le programme Artemis et d’affirmer la volonté des États-Unis de devancer la Chine dans la conquête de la Lune. Il a également annoncé un projet de construction d’une petite centrale nucléaire sur la surface lunaire.

La situation a basculé lorsque des informations ont fait état de rencontres entre Isaacman et Trump, au cours desquelles ils ont discuté de la politique spatiale et de la possibilité de réexaminer la candidature du milliardaire. Duffy a également rencontré Isaacman, une réunion qualifiée de « confrontation tendue » concernant la vision de l’entrepreneur pour la NASA et le rôle des entreprises comme SpaceX d’Elon Musk dans son avenir.

Dans la foulée, Duffy a annoncé la réouverture de l’appel d’offres pour le système d’atterrissage lunaire, estimant que SpaceX prenait trop de temps pour développer sa version et que le système proposé était trop complexe pour respecter les délais nécessaires afin de devancer un éventuel programme lunaire chinois. Cette décision a provoqué une réaction virulente de la part d’Elon Musk, qui a publié une série de messages critiques sur X, remettant en question les compétences de Duffy et affirmant que SpaceX progressait à une « vitesse fulgurante » par rapport à ses concurrents.

Parallèlement, des sources proches de la Maison Blanche ont commencé à critiquer Duffy, l’accusant d’avoir provoqué un conflit avec un allié de Trump, dont le soutien financier pourrait être crucial pour les élections de mi-mandat de 2026. La tension entre Trump et Musk, apparue au printemps, s’est progressivement atténuée.

Duffy a encore compliqué la situation en suggérant d’intégrer la NASA au sein du ministère des Transports, une proposition qui lui permettrait de conserver une influence significative sur la politique spatiale. Cette idée a été largement perçue comme inappropriée, étant donné que les activités de la NASA dépassent largement le cadre des transports.

Isaacman, quant à lui, a adopté une stratégie plus discrète. Après avoir accordé quelques interviews suite au retrait de sa nomination, il s’est abstenu de tout commentaire sur la possibilité d’une nouvelle candidature lorsque les rumeurs ont recommencé à circuler en septembre.

Cependant, d’autres personnalités ont exprimé leur soutien à Isaacman. Le sénateur Tim Sheehy (Républicain du Montana) et l’influenceuse Laura Loomer, proche du mouvement MAGA, ont notamment fait campagne en sa faveur. Les références du milliardaire, entrepreneur spatial, semblent donc favorables, comme lors de sa première nomination.

C’est à Donald Trump qu’il revient de trancher et de désigner le prochain administrateur de la NASA. Bien qu’il apprécie personnellement Duffy, il semble également avoir réévalué Isaacman, qu’il avait initialement considéré, à tort, comme un démocrate.

L’argument en faveur d’une nomination rapide d’Isaacman est de plus en plus fort. Fort de la création de deux entreprises multimilliardaires et du financement de deux vols spatiaux privés, il a prouvé sa capacité à relever des défis considérés comme impossibles. Comme il l’a expliqué à Eric Berger d’Ars Technica en juin, il a une vision à la fois ambitieuse et réaliste pour la NASA et le programme Artemis.

Le retrait initial de la nomination d’Isaacman par Trump est considéré comme une erreur grave, ayant engendré des mois d’incertitude et de perturbations au sein de la NASA, une situation qu’elle ne peut pas se permettre alors que la Chine accélère son propre programme lunaire. Sa réintégration permettrait de corriger cette erreur.

Cette nouvelle course à la Lune est cruciale, car elle déterminera qui aura le prestige de la première présence durable sur notre satellite. Une victoire chinoise serait un échec majeur pour les États-Unis, et en particulier pour Trump.

Isaacman pourrait ou non empêcher une défaite américaine dans cette course. Mais il est presque certain qu’il sera en mesure de faciliter la mise en place d’une base lunaire permanente pour la NASA, ainsi que les futures missions habitées vers Mars dans les années 2030. Par ailleurs, Duffy pourrait continuer à apporter une contribution significative en tant que secrétaire aux Transports, notamment en modernisant le système de contrôle du trafic aérien, un défi de taille.

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