L’avenir du Concours Eurovision de la Chanson s’assombrit : plusieurs chaînes de télévision européennes ont annoncé leur retrait de l’édition 2026 après la décision de l’Union européenne de radiodiffusion (UER) de maintenir la participation d’Israël, malgré les vives critiques liées à la guerre à Gaza.
La chaîne néerlandaise AVROTROS, la télévision publique espagnole RTVE, la chaîne irlandaise RTE et la télévision slovène RTV ont été les premières à réagir, déclarant qu’elles ne participeraient pas à la compétition. Ces annonces font suite à l’assemblée générale de l’UER qui s’est tenue jeudi.
Lors de cette réunion, les représentants de 37 pays ont été appelés à voter à bulletin secret sur l’approbation de nouvelles règles plus strictes, sans toutefois aborder directement la question de la participation israélienne à l’édition 2026. Cette décision intervient après des accusations de manipulation des votes lors du concours de cette année, en faveur du candidat israélien, et des critiques concernant le rôle d’Israël dans le contexte du conflit à Gaza.
L’UER a affirmé dans un communiqué que les membres avaient manifesté un « soutien clair aux réformes visant à renforcer la confiance et à protéger la neutralité ». Selon nos informations, 11 pays ont voté contre l’adoption de ces changements de règles.
Golan Yochpaz, directeur général de la chaîne publique israélienne KAN, a déclaré lors de la réunion que toute tentative d’exclusion d’Israël ne pourrait être interprétée que comme un « boycott culturel », selon un communiqué publié par l’organisation.
Le président israélien Isaac Herzog a réagi sur le réseau social X : « Israël mérite d’être représenté sur toutes les scènes du monde, une cause à laquelle je suis pleinement et activement engagé… J’espère que le concours restera un événement qui célèbre la culture, la musique, l’amitié entre les nations et la compréhension culturelle au-delà des frontières. »
Les chaînes de télévision espagnole, irlandaise, slovène et néerlandaise avaient déjà prévenu qu’elles se retireraient de l’édition 2026 si Israël était autorisé à participer.
RTE a confirmé la position de l’Irlande dans un communiqué : « RTE estime que la participation de l’Irlande reste inacceptable compte tenu des pertes humaines considérables à Gaza et de la crise humanitaire qui continue de mettre en danger la vie de nombreux civils. »
AVROTROS, la chaîne néerlandaise, a déclaré que « dans les circonstances actuelles, la participation ne peut être conciliée avec les valeurs publiques fondamentales de notre organisation ». Son directeur général, Taco Zimmerman, a souligné qu’il s’agissait d’une décision difficile, ajoutant : « La culture unit, mais pas à n’importe quel prix. Ce qui s’est passé au cours de l’année écoulée a mis à l’épreuve les limites de ce que nous pouvons défendre. »
RTVE, la chaîne espagnole, a rappelé que son conseil d’administration avait décidé en septembre de se retirer si Israël était maintenu dans la compétition. Le retrait de l’Espagne est particulièrement significatif, car elle fait partie du groupe des « Big Five » – avec la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni – qui contribuent de manière substantielle au financement du concours.
La chaîne slovène RTV a justifié son retrait en invoquant le sort des « 20 000 enfants décédés à Gaza ». Sa présidente du conseil d’administration, Natalija Gorscak, a déclaré : « Pour la troisième année consécutive, le public a exigé que nous disions non à la participation de tout pays qui attaque un autre pays. Nous devons respecter les normes européennes de paix et de compréhension. » Elle a ajouté que l’Eurovision « a toujours été un lieu de joie et de bonheur, où les artistes et le public sont unis par la musique, et qu’il doit le rester. »
La chaîne autrichienne ORF, en revanche, s’est dite satisfaite de la décision et se prépare à accueillir le concours l’année prochaine, l’Autriche ayant remporté l’édition 2025. Son directeur général, Roland Weissman, a affirmé que le concours « est une compétition pour les radiodiffuseurs, pas pour les gouvernements », et qu’il avait personnellement plaidé pour la participation d’Israël. « Dans l’esprit de favoriser le dialogue culturel et de soutenir le rôle démocratique des radiodiffuseurs publics, il était important de ne pas brûler les ponts », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant que les préoccupations soulevées par certains membres avaient été prises « très au sérieux ». Il a exprimé ses regrets si d’autres chaînes décidaient de se retirer, voyant dans l’Eurovision à Vienne une « opportunité de mettre en avant ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise – Unis par la musique ».
La politique a toujours eu une place dans l’Eurovision, malgré les affirmations de l’UER quant à son caractère neutre. Des pays se sont retirés ou ont été exclus par le passé – notamment la Russie en 2022, peu après l’invasion de l’Ukraine. Mais cette vague de défections pourrait constituer la plus grave crise politique que l’Eurovision ait connue jusqu’à présent, avec des suggestions que d’autres chaînes pourraient suivre le mouvement. La chaîne islandaise RUV a annoncé que son conseil d’administration discuterait de sa participation lors d’une réunion le mercredi prochain, après avoir approuvé une motion recommandant l’expulsion d’Israël.
La BBC, qui diffuse le concours au Royaume-Uni, a déclaré qu’elle soutenait la décision de permettre à Israël de participer. « Il s’agit de faire respecter les règles de l’UER et d’être inclusif », a-t-elle déclaré dans un communiqué.
L’UER avait annoncé en novembre des changements à son système de vote, suite à des allégations d’« ingérence » du gouvernement israélien. Ces changements incluent des règles plus claires concernant la promotion des artistes et de leurs chansons, une réduction de moitié du poids du vote du public, le retour des jurys professionnels lors des demi-finales et des mesures de sécurité renforcées. Les membres de l’UER ont voté en secret sur ces changements lors de l’assemblée générale.
La présidente de l’UER, Delphine Ernotte Cunci, a déclaré que le résultat démontrait « l’engagement commun des membres à protéger la transparence et la confiance dans le Concours Eurovision de la Chanson, le plus grand événement musical en direct au monde ». Elle a remercié les membres pour leurs « contributions réfléchies, respectueuses et constructives » et a souligné que ces discussions avaient conduit à des « changements significatifs » dans les règles, garantissant que le concours « reste un lieu d’unité et d’échange culturel ».