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« J’ai eu envie de me suicider quand on m’a annoncé que j’étais enceinte : » La souffrance d’une mère soudanaise qui a accouché à cause d’un viol

Publié le 2024-06-13 10:32:00. Au Soudan, la guerre qui ravage le pays est marquée par une recrudescence alarmante de violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre, laissant derrière elle des traumatismes profonds et des conséquences dévastatrices pour les…

« J’ai eu envie de me suicider quand on m’a annoncé que j’étais enceinte : » La souffrance d’une mère soudanaise qui a accouché à cause d’un viol

Publié le 2024-06-13 10:32:00. Au Soudan, la guerre qui ravage le pays est marquée par une recrudescence alarmante de violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre, laissant derrière elle des traumatismes profonds et des conséquences dévastatrices pour les femmes et les filles.

  • Le viol et la violence sexuelle sont utilisés de manière systématique par les belligérants au Soudan.
  • Des milliers de femmes ont été victimes de ces atrocités, notamment à El Geneina, où les Forces de soutien rapide (FSR) sont accusées d’être les principaux responsables.
  • Les survivantes sont confrontées à un traumatisme psychologique intense, à la stigmatisation sociale et à des difficultés d’accès aux soins et à la justice.

La guerre civile qui déchire le Soudan depuis avril 2023 a plongé le pays dans une crise humanitaire sans précédent. Au-delà des combats et des déplacements massifs de population, une ombre plane sur les populations civiles, en particulier les femmes : celle de la violence sexuelle. Selon Anna Motavati, directrice régionale d’ONU Femmes, cette violence n’est pas un effet secondaire du conflit, mais une stratégie délibérée.

« Le corps des femmes est devenu un champ de bataille »,

Anna Motavati, directrice régionale d’ONU Femmes

Les Nations Unies et les missions d’enquête dénoncent l’implication de l’armée soudanaise, des Forces de soutien rapide (FSR) et de leurs alliés dans une série d’atrocités. Les viols et autres formes de violence sexuelle sont utilisés pour terroriser, humilier et contrôler les populations civiles. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a recensé 368 incidents de violences sexuelles entre le début de la guerre et fin mai 2025, touchant au moins 521 victimes. Plus de la moitié de ces cas concernent des viols et des viols collectifs, ciblant souvent des femmes et des filles déplacées. Les FSR sont pointées du doigt dans plus de soixante-dix pour cent des cas.

Ces chiffres, alarmants, ne représentent qu’une partie de la réalité. La stigmatisation sociale, la peur des représailles et l’effondrement des systèmes médicaux et juridiques dans certaines régions empêchent de nombreuses victimes de dénoncer les abus. Les accusations contenues dans ces rapports ont été transmises à l’armée soudanaise et aux FSR, mais aucune réponse n’a été reçue.

Zainab (pseudonyme) est l’une de ces femmes. Victime d’un viol collectif lors de l’attaque de la ville d’El Geneina par les FSR en 2023, elle a découvert quelques semaines plus tard qu’elle était enceinte. Elle vit aujourd’hui un profond conflit psychologique.

« Je dois l’aimer. Que vais-je faire ? Dois-je la séparer du reste de mes enfants ? La mère aime les enfants qu’elle met au monde, mais elle… il y a une différence. »

Zainab (pseudonyme)

Dans un camp de réfugiés à la frontière tchadienne, Zainab et sa fille Maryam (pseudonyme) tentent de reconstruire leur vie. Elle se souvient avec horreur des événements qui l’ont menée à cette situation.

« Des membres du Rapid Support sont venus dans notre quartier. J’étais chez moi avec ma famille lorsqu’ils m’ont kidnappé et emmené dans une zone voisine. Quatre hommes portaient des uniformes du Rapid Support et avaient des armes. Ils m’ont couvert le visage et m’ont demandé de ne pas pleurer ni parler. Ils m’ont ligoté et ont commis des actes odieux contre moi. Ce qu’ils ont fait était horrible. Ils m’ont laissé au bord de la mort. »

Zainab (pseudonyme)

L’avortement a été envisagé, mais refusé par l’hôpital en raison de l’âge avancé du fœtus. L’idée de donner l’enfant en adoption a également été abordée, mais son entourage l’a dissuadée. Zainab est tiraillée entre son désir de protéger Maryam et la honte et la peur du jugement social. Elle se sent isolée et incapable de se confier à son entourage.

Dans le même camp, Zainab a rencontré Amna, une autre survivante qui a vécu une expérience similaire. Elle a également été kidnappée et violée par six membres des FSR et a découvert qu’elle était enceinte.

« J’aurais aimé être tuée par un obus au lieu d’être violée et de porter dans mon ventre le fils d’un membre des Janjaweed (Soutien rapide). J’aurais aimé que l’obus me tue et me déchire. »

Amna (pseudonyme)

Amna a fait une fausse couche quelques mois plus tard, ce qui lui a apporté un certain soulagement psychologique. Les deux femmes se soutiennent mutuellement et partagent leurs peines et leurs doutes. Elles font partie d’un groupe de survivantes qui se sont organisées pour s’entraider et faire face à leurs traumatismes.

Zahraa Adam, directrice de l’organisation « Espace sûr pour les femmes et les filles », souligne l’importance d’un soutien psychologique adapté.

« Si nous ne réduisons pas l’impact du traumatisme psychologique sur notre société, nous serons confrontés à de plus grands problèmes. Le survivant peut se suicider, devenir fou ou sombrer dans d’autres problèmes. »

Zahraa Adam, directrice de « Espace sûr pour les femmes et les filles »

Dans ce camp de réfugiés, où les conditions de vie sont précaires, les bénévoles s’efforcent d’offrir un espace de réconfort et de solidarité aux survivantes. Ils organisent des ateliers, des activités de loisirs et des séances de soutien psychologique. Mais les besoins sont immenses et les ressources limitées. L’avenir de ces femmes et de leurs enfants reste incertain, mais leur courage et leur détermination à surmonter les épreuves sont une source d’espoir.

Zainab se demande si elle racontera un jour à Maryam ce qui s’est passé. Elle hésite, craignant de lui infliger une douleur supplémentaire. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle ressent en regardant sa fille, elle répond :

« Dès que je la vois, je me souviens de tout ce qui s’est passé là-bas (à El Geneina), et je ne peux pas l’assimiler au reste de mes enfants. »

Zainab (pseudonyme)

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.