La création des films « Avatar » ne ressemble à aucune autre production cinématographique : une collaboration sans précédent où les frontières entre les différents départements s’estompent pour donner vie à l’univers de Pandora avec une cohérence et un réalisme inédits.
Le réalisateur James Cameron décrit ce processus comme un travail où « tout se passe partout, tout le temps ». Loin d’une approche linéaire, la conception de « Avatar : La Voie de l’eau » et du prochain volet, « Avatar : La Voie du Feu », a été marquée par une communication constante entre les chefs de poste, dès la pré-production et tout au long du montage. Le superviseur des effets visuels, Richard Baneham, souligne qu’il s’agit d’une « collaboration cyclique », où chaque discipline s’enrichit des compétences des autres.
Cette synergie a conduit à des situations atypiques, comme l’implication du compositeur Simon Franglen dès les premières phases de conception aux côtés des artistes conceptuels et des chefs décorateurs, Dylan Cole et Ben Procter. L’objectif : assurer une cohérence totale de l’univers de Pandora. Franglen a ainsi intégré un groupe baptisé « culture club », avec la costumière Deborah L. Scott et le maître accessoiriste Brad Elliott, pour définir les moindres détails de la vie et des cultures des personnages.
« Il fallait créer un contexte culturel, qui doit avoir de la cohérence et de la résonance », explique Franglen. Sa collaboration étroite avec Cole et Procter était essentielle pour ancrer sa musique dans l’environnement de Pandora. Travailler avec Scott était tout aussi important, car les costumes reflètent l’identité culturelle des personnages et influencent le type de musique qu’ils jouent et écoutent. Cameron a même demandé à Franglen de commencer à travailler sur la musique indigène très tôt, afin de soutenir les cérémonies et de composer les mélodies avant même d’avoir des scènes montées à disposition.
Parallèlement, les équipes de création se sont inspirées de cultures et de paysages réels pour concevoir les différents clans de Pandora, dont les nouveaux groupes introduits dans « La Voie du Feu », comme les marchands des vents et le peuple des cendres. « Tout commence par la recherche », précise Cole. « Nous ne tirons pas ces éléments de nulle part. Nous essayons de nous inspirer de la diversité incroyable des paysages et des cultures indigènes du monde entier, en les honorant et en les célébrant. »
Pour le peuple des cendres, l’approche a été de s’inspirer de leur environnement : « Ils construisent comme les Na’vi, mais utilisent du bois brûlé, des os et des peaux », détaille Cole. Deborah L. Scott a conçu les costumes en tenant compte de l’ingéniosité de ce peuple dans l’utilisation des matériaux à leur disposition. Son processus de création se déroule en deux étapes : d’abord les esquisses, puis la fabrication de prototypes et de costumes complets en atelier.
« C’est là que les cultures prennent vraiment vie, grâce à une équipe formidable d’artisans capables de réaliser à peu près tout », explique Scott. Elle a créé des centaines de costumes physiques qui serviront de référence aux artistes des effets visuels pour la version finale. Cameron insiste sur l’importance de cette étape physique : « Les costumes ne seront pas réalistes s’ils ne sont pas portés par quelqu’un et étudiés dans la façon dont ils bougent et ont du poids. »
Scott apprécie particulièrement la possibilité de peaufiner ses créations tout au long de la production et du montage, une liberté qu’elle n’a pas sur les tournages en prise de vue réelle. « Sur un film traditionnel, on conçoit les costumes, on les met aux acteurs, et c’est fini. Avec la performance capture, on peut continuer à concevoir au fur et à mesure de l’édition. » Elle a ainsi pu modifier les costumes en fonction des performances des acteurs, comme celui d’Oona Chaplin, dont le costume a évolué après avoir visionné les premières séquences.
La directrice de casting, Margery Simkin, a également travaillé en étroite collaboration avec l’équipe de montage, leur soumettant les bandes d’audition dès le début du processus. « Si l’équipe de montage ne grimace pas quand je leur montre quelqu’un, je me sens rassurée, car ils vont devoir regarder ces personnes encore et encore pendant longtemps », confie-t-elle. En raison du secret entourant les suites d’« Avatar », l’équipe de montage a même pris en charge le montage des bandes d’audition pour les présenter à Cameron.
« En raison de la confidentialité, tout était mis en ligne sur un système secret auquel nous n’avions pas accès », explique Simkin. « L’équipe de montage a donc dû beaucoup aider à la présentation de ces éléments à Jim. » Elle souligne également que les chefs décorateurs ont joué un rôle crucial pour convaincre les acteurs de rejoindre le projet, en leur présentant des illustrations époustouflantes de l’univers d’« Avatar ».
Cameron conclut que, grâce à cette approche collaborative dès le départ, les films « Avatar » ne nécessitent pas de prévisualisation traditionnelle. « Je ne suis pas un grand fan de la prévisualisation en images clés », affirme-t-il. « J’ai l’impression que c’est quelqu’un d’autre qui bloque et dirige mon film. Je préfère me réunir avec des personnes créatives et commencer. Nous disons toujours : ‘On corrige ça en pré-production’.»
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