Publié le 2024-02-29. L’économiste et politologue James Robinson, lauréat du prix Nobel d’économie, a dressé un tableau nuancé de l’histoire politique et économique du Pérou, critiquant sévèrement le régime d’Alberto Fujimori tout en soulignant le potentiel inexploité du pays.
- James Robinson considère le “Fujimorato” comme un recul démocratique majeur pour le Pérou.
- Il salue l’élection de Pedro Castillo comme une avancée en matière d’inclusion, tout en regrettant son manque de préparation à la fonction présidentielle.
- L’économiste estime que le Pérou dispose de réelles opportunités économiques, mais qu’il est crucial de dépasser les simples indicateurs macroéconomiques pour évaluer son développement.
Dans une interview accordée à la journaliste Mávila Huertas, James Robinson n’a pas hésité à qualifier le mandat d’Alberto Fujimori de désastre pour la démocratie péruvienne. Il a dénoncé l’instauration d’un régime autocratique et la corruption généralisée qui l’a accompagnée.
« Fujimori a renversé la démocratie et instauré un régime autocratique. Je ne pense pas que ce soit bon. Il est devenu extrêmement corrompu avec le seigneur Montésinos, avec toutes les conséquences que nous connaissons. Je ne pense pas que ce soit une transition utile vers quelque chose de mieux au Pérou. Je pense que c’est un revers. »
James Robinson, économiste et politologue
L’universitaire a également commenté la récente situation politique péruvienne, reconnaissant dans l’élection de Pedro Castillo en 2021 une forme de progrès démocratique. Il a toutefois exprimé son regret quant à la brièveté de son mandat, imputée à son manque d’expérience politique.
« Je trouve fantastique qu’il soit un symbole du mouvement social au Pérou. Il n’appartient pas à l’élite de Lima et représente un changement radical dans la société péruvienne, c’est fantastique. Le plus ridicule, c’est qu’il n’était pas préparé à ce poste. Il n’a pas eu la bonne expérience et est tombé presque immédiatement. C’est triste aussi. »
James Robinson, économiste et politologue
Au-delà des questions politiques, James Robinson a souligné la complexité de l’analyse économique du Pérou. Il a insisté sur la nécessité de prendre en compte des indicateurs sociaux plus larges que le simple revenu par habitant, tels que la santé, l’espérance de vie et le développement humain.
Il a toutefois exprimé son optimisme quant aux perspectives économiques du pays, estimant qu’il dispose de ressources et de capacités importantes à exploiter. Il a notamment souligné le potentiel du secteur informel, qu’il ne faut pas considérer comme un problème, mais comme une source de créativité et d’innovation.
« Le revenu par habitant n’est qu’un chiffre. Nous pourrions considérer d’autres dimensions telles que la santé des personnes, l’espérance de vie, la mortalité infantile ou le développement humain. »
James Robinson, économiste et politologue
Il a conclu en affirmant : « Je pense qu’il existe des opportunités économiques. Il y a des millions et des millions de Péruviens, donc il y a des marchés, il y a des capacités, mais il faut trouver le bon modèle pour travailler et construire avec cela. À mon avis, le secteur informel ne doit pas être considéré comme une sorte de pathologie, ce n’est pas comme un cancer, c’est de la créativité. »
