Un cessez-le-feu fragile à Gaza est entaché de nouvelles violences, avec des exécutions sommaires imputées au Hamas et des frappes israéliennes ayant coûté la vie à des civils. Malgré une trêve en vigueur, la région reste plongée dans une instabilité profonde, ravivant les questions sur les perspectives de paix à long terme.
Plus tôt cette semaine, une vidéo diffusée en ligne a montré le Hamas exécutant huit Palestiniens, accusés de collaboration avec Israël pendant le conflit. Vendredi, l’armée israélienne a tué 11 membres d’une même famille palestinienne, alors qu’ils inspectaient les ruines de leur maison dans la bande de Gaza. Selon les autorités de la défense civile de Gaza, de nombreux habitants se rendent sur les lieux de leurs anciennes habitations, malgré les dangers.
« Les forces israéliennes ont tiré un obus de char sur leur minibus », a rapporté Jane Arraf, correspondante de NPR, sur Weekend Edition. L’armée israélienne affirme que la famille se trouvait au-delà d’une ligne de démarcation établie pour ses troupes.
Couvrant le Moyen-Orient depuis près de 30 ans, Jane Arraf a observé un cycle incessant de conflits et d’espoirs déçus. Elle se souvient d’une époque, dans les années 1990, où des négociations secrètes de paix entre la Jordanie et Israël étaient en cours, et où les Palestiniens envisageaient également une possible entente avec Israël.
« Depuis lors, à chaque fois que la paix était discutée ou que la guerre éclatait à nouveau, j’étais quelque part dans la région pour rendre compte de ces événements », explique-t-elle, ayant collaboré avec des médias tels que CNN, le New York Times, Al Jazeera English et NPR.
Arraf souligne que la situation actuelle reflète un problème fondamental : l’absence d’un État palestinien. « Nous en sommes toujours aux mêmes problèmes, ce qui me fait comprendre à quel point tout cela est un facteur d’instabilité », a-t-elle déclaré.
L’optimisme prudent est l’expression souvent utilisée pour décrire les réactions au cessez-le-feu, mais Arraf se montre réservée. « Optimisme… J’ai du mal avec ce mot ces jours-ci. J’étais… je le jure, j’étais une personne optimiste. Cela a été un peu mis à rude épreuve ces dernières années », confie-t-elle.
Elle observe que la région est interconnectée, et que les événements à Gaza ont des répercussions dans de nombreux pays arabes. « Presque tous les pays que je visite dans le monde arabe sont liés. Lorsque vous voyagez dans ces pays – qu’il s’agisse du Liban, de la Syrie ou de l’Irak – vous réalisez à quel point ils sont interconnectés », explique-t-elle. Elle cite l’exemple du Sud-Liban, où elle a visité les ruines d’un village démoli surplombant Israël, et où les habitants ont évoqué leurs liens avec des terres palestiniennes.
Arraf met en garde contre l’illusion d’une solution rapide. « Un cessez-le-feu est une merveilleuse nouvelle, et c’est un moment presque d’euphorie. Mais pour que quelque chose se réalise, il faut tellement de travail, tellement d’organisation, tellement d’efforts, et nous ne le voyons pas encore sur le terrain », a-t-elle souligné. Elle rappelle qu’Israël a restreint l’aide humanitaire à Gaza pendant des mois, et qu’il n’a pas encore pleinement respecté ses engagements pris dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.
Enfin, Arraf partage ses réflexions sur le coût émotionnel d’une couverture journalistique de longue durée dans une région en crise. « L’une des histoires que j’étudie concerne les psychothérapeutes et les psychiatres qui disent avoir constaté une augmentation de l’anxiété flottante », a-t-elle révélé. « Il s’agit essentiellement d’une augmentation de l’anxiété due à toutes les choses horribles qui se produisent dans le monde et à l’incapacité de faire quoi que ce soit pour y remédier. »
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