Une rencontre prometteuse s’est rapidement envenimée entre le Japon et la Chine, après des déclarations de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi remettant en question la politique d’« ambiguïté stratégique » de Tokyo concernant Taïwan. Pékin a réagi en décourageant ses citoyens de voyager au Japon, une mesure qui pourrait avoir des conséquences économiques significatives.
La tension est montée après que Mme Takaichi a suggéré, lors d’un discours parlementaire le 7 novembre, qu’une attaque contre Taïwan pourrait être considérée comme une « situation de menace de survie » justifiant une légitime défense collective de la part du Japon. Ces propos, perçus comme un abandon de la doctrine de l’ambiguïté stratégique – qui consiste à ne pas clairement indiquer si le Japon interviendrait militairement pour défendre Taïwan – ont provoqué l’ire de la Chine.
Mme Takaichi a ensuite tenté d’atténuer ses déclarations, les qualifiant d’« hypothétiques » et promettant de ne plus faire de commentaires similaires. Cependant, Pékin a maintenu sa pression. L’ambassade de Chine au Japon a émis un avertissement aux voyageurs chinois, et trois compagnies aériennes chinoises – Air China, China Southern et China Eastern – ont proposé des remboursements complets ou des modifications d’itinéraire gratuites pour les vols à destination du Japon jusqu’à la fin de l’année.
« Le ministère de la Culture et du Tourisme rappelle solennellement aux touristes chinois d’éviter de voyager au Japon dans un avenir proche », a déclaré Pékin, invoquant également une augmentation des sentiments xénophobes et des incidents visant des citoyens chinois au Japon.
Ce coup dur pour le tourisme japonais est d’autant plus sensible qu’environ 7,5 millions de touristes chinois ont visité le Japon au cours des neuf premiers mois de 2024, représentant près d’un quart de tous les visiteurs étrangers.
La Chine a également exprimé son inquiétude quant à l’ouverture du Japon à la possibilité de posséder des sous-marins à propulsion nucléaire, qualifiant cela de « changement de politique négatif » qui envoie un « signal dangereux » à la communauté internationale. Le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Sun Weidong, a même convoqué l’ambassadeur du Japon à Pékin, une première depuis plus de deux ans, pour protester contre les déclarations de Mme Takaichi.
Le différend s’inscrit dans un contexte de tensions préexistantes entre les deux pays, notamment en mer de Chine orientale où ils se disputent le contrôle de territoires. Le Premier ministre japonais a plaidé pour un renforcement militaire de son pays afin de contrer l’influence croissante de la Chine.
Le Japon ne reconnaît pas officiellement Taïwan en tant qu’État indépendant et maintient une politique de relations non officielles avec l’île, à l’instar des États-Unis. Il continue de privilégier une résolution pacifique de la question taïwanaise. L’approche plus ferme de Mme Takaichi, qui s’éloigne de la ligne tracée par son mentor, l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, divise l’opinion publique japonaise. Un sondage récent de l’agence Kyodo a révélé que 48,8 % des Japonais sont favorables à une intervention militaire pour défendre Taïwan, tandis que 44,2 % s’y opposent. En revanche, 60,4 % soutiennent l’augmentation des dépenses de défense proposée par Mme Takaichi.
Tokyo a appelé Pékin à la modération, soulignant l’importance du dialogue pour surmonter les divergences. « La vision de la Chine n’est pas conforme à la compréhension du Japon. C’est précisément parce que des différences subsistent que la communication à plusieurs niveaux entre le Japon et la Chine est essentielle », a déclaré Minoru Kihara, secrétaire en chef du Cabinet japonais.
À retenir
- Les déclarations de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi sur Taïwan ont provoqué une crise diplomatique avec la Chine.
- Pékin a réagi en décourageant le tourisme chinois au Japon, ce qui pourrait avoir un impact économique important.
- Le différend souligne les tensions persistantes entre les deux pays et la complexité de la question taïwanaise.
Contexte
Les relations entre le Japon et la Chine sont historiquement marquées par des tensions, notamment en raison de différends territoriaux et de questions liées à l’interprétation de l’histoire. La politique d’« ambiguïté stratégique » du Japon concernant Taïwan visait à maintenir un équilibre délicat entre ses alliances avec les États-Unis et ses relations économiques avec la Chine.
Ce qui change
La nouvelle approche de Mme Takaichi pourrait entraîner une réévaluation des relations entre le Japon et la Chine, ainsi qu’une augmentation des tensions régionales. La diminution du tourisme chinois pourrait affecter l’économie japonaise, en particulier les secteurs liés au tourisme et à la vente au détail.
Prochaines étapes
Il sera crucial de surveiller l’évolution de la situation en mer de Chine orientale et les réactions des deux parties. Les prochaines rencontres diplomatiques entre les représentants japonais et chinois seront déterminantes pour désamorcer la crise et rétablir un dialogue constructif.
Chiffres clés
- 7,5 millions : Nombre de touristes chinois ayant visité le Japon au cours des neuf premiers mois de 2024.
- 25 % : Proportion de touristes chinois parmi tous les visiteurs étrangers au Japon.
- 48,8 % : Pourcentage de Japonais favorables à une intervention militaire pour défendre Taïwan (sondage Kyodo).