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« Je ne suis pas un terroriste », déclare Ayoub M., qui a poignardé avec deux couteaux près du pont Erasmus

Publié le 1er décembre 2025 18h33. Un homme a mortellement poignardé un passant près du pont Erasmus à Rotterdam avant d'être maîtrisé par des témoins. L'agresseur, qui a crié des allahu akbar pendant son acte, est suspecté d'avoir…

« Je ne suis pas un terroriste », déclare Ayoub M., qui a poignardé avec deux couteaux près du pont Erasmus

Publié le 1er décembre 2025 18h33. Un homme a mortellement poignardé un passant près du pont Erasmus à Rotterdam avant d’être maîtrisé par des témoins. L’agresseur, qui a crié des allahu akbar pendant son acte, est suspecté d’avoir agi pour des motifs terroristes.

Un drame s’est joué le 19 septembre 2024 au pied du pont Erasmus à Rotterdam. Ayoub M., âgé de 32 ans, a mortellement blessé un habitant de Rotterdam et grièvement blessé un touriste suisse de 33 ans, avant d’être arrêté grâce à l’intervention courageuse de plusieurs témoins.

L’incident a débuté lorsqu’un promeneur, se baladant avec sa femme, a aperçu une agression en cours. Pensant initialement à une simple bagarre, il s’est approché pour intervenir. Il a alors constaté avec horreur qu’un homme armé de deux couteaux poignardait violemment une victime à plusieurs reprises, en proférant des cris de « Allahu akbar » – Dieu est grand.

L’agresseur s’est alors tourné vers le passant, qui a pris la fuite et s’est réfugié dans un café. Les clients de la terrasse ont réagi avec détermination, utilisant tout ce qui était à portée de main pour tenter de maîtriser l’attaquant. Une table a été renversée, déséquilibrant l’homme et permettant aux témoins de le neutraliser. Les spectateurs ont finalement réussi à maîtriser l’attaquant.

« Si vous voulez savoir pourquoi j’ai tué des gens, il faut lire le Coran. »

Ayoub M., suspect lors de son arrestation

Lors de son premier interrogatoire, Ayoub M. a évoqué la nécessité de tuer des « infidèles », répétant cette affirmation quelques jours plus tard devant le juge d’instruction. Il a même affirmé qu’il aurait dû utiliser une bombe pour causer encore plus de dégâts, estimant qu’il irait directement au paradis tandis que ses victimes iraient en enfer. Le juge a cependant souligné qu’il avait agi trop rapidement.

Pourtant, lors de l’audience, M. a semblé amnésique quant à ces déclarations, affirmant ne pas se souvenir de ses actes et les trouvant « terribles ». « Je ne comprends pas comment cela a pu arriver », a-t-il déclaré.

L’enquête a révélé que M. avait consulté des vidéos de décapitation et écouté des enregistrements d’Anwar Al-Awlaki, un prédicateur radical, dans la bibliothèque de Rotterdam, quelques heures avant l’attaque. Il avait également acheté un couteau de chef et de la viande pour un montant de 10,85 euros dans un magasin Hema.

La veille des faits, M. s’était rasé la tête, un geste interprété par la justice comme un rituel de purification avant un acte de violence. Des vidéos d’attentats suicides, d’enfants soldats et de la vie dans le califat de l’EI ont également été retrouvées sur son téléphone.

« En Islam, vous n’avez pas le droit de vous faire du mal », a-t-il rétorqué, semblant nier toute implication dans un acte terroriste. « Je ne comprends pas pourquoi j’aurais dit de telles choses. Je n’étais pas moi-même, je pense. Je ne suis pas un terroriste. Je ne connais pas de terroristes. Ce sont des gens avec de longues barbes et de longs cheveux. »

Avant l’incident, M. a consommé du cannabis et de la cocaïne, ce qui peut déclencher de nouvelles psychoses.

M. souffre de troubles psychiques et avait déjà été déclaré psychotique après avoir poignardé sa mère en 2022. Bien qu’il prenne des médicaments, ses psychoses persistent, ce qui, selon les experts du Centre Pieter Baan, a pu contribuer à l’attaque. Ils ont estimé qu’il était moins responsable de ses actes.

Les experts ne confirment pas une radicalisation, soulignant que l’état psychologique de M. semble atténuer ses convictions extrémistes. Ils ont constaté qu’il nie régulièrement avoir commis les faits et les déclarations qui lui sont reprochées, surtout lorsqu’il est sous traitement médicamenteux.

Selon son avocat, M. était considéré comme un « résident exemplaire » dans la résidence-services d’Amersfoort où il séjournait après sa condamnation. Une réduction de son traitement médicamenteux à une fois par semaine aurait pu aggraver son état.

La consommation de cannabis et de cocaïne, contraire aux règles, aurait pu déclencher de nouvelles psychoses. Une inspection a conclu que les signaux d’alarme n’avaient pas été suffisamment pris en compte par les autorités sanitaires. Un rapport détaillé sur les manquements aux conditions de son suivi TBS a été publié.

Le procureur reconnaît que la « liberté de choix » de M. était limitée par sa psychose, mais insiste sur le fait que les experts ne prétendent pas qu’il était totalement dépourvu de discernement. Il estime que l’attaque visait à semer la peur et l’horreur dans la société.

Le ministère public a requis une peine de vingt ans de prison, assortie d’une mesure de TBS (traitement obligatoire en établissement psychiatrique). Le procureur a souligné que M. avait causé des « souffrances irréparables », en raison d’un « fanatisme religieux alimenté en partie par ses troubles ».

L’avocat de M. plaide pour une déclaration d’incompétence totale et une ordonnance de TBS uniquement. Elle affirme que ses actions étaient entièrement contrôlées par ses délires psychotiques et que, sous traitement médicamenteux, il a cessé de proférer des déclarations extrémistes.

M., prenant enfin la parole, a lu une note préparée, affirmant qu’il « ne peut pas imaginer » avoir agi avec une intention terroriste. « Je ne suis pas comme ça. Chaque jour, avant de m’endormir, je pense : comment cela a-t-il pu arriver ? », a-t-il déclaré d’une voix tremblante.

Le juge rendra son verdict le 19 décembre.


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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.