Le réalisateur Kanu Behl, reconnu pour son regard cru sur les relations dysfonctionnelles et les dynamiques sociales, revient sur grand écran le 14 novembre avec Agra. Ce nouveau film explore les thèmes de la répression sexuelle et des désirs inassouvis dans un environnement étouffant, porté par un jeune acteur prometteur et des interprètes chevronnés.
Agra suit l’histoire de Guru, un personnage central dont le parcours résonne avec les thématiques abordées dans le précédent long métrage de Behl, Titli. Le réalisateur explique : « Les histoires sont enracinées dans la même source – moi – et vous voyez cette connexion. Titli traitait de la transmission générationnelle de la violence au sein d’une famille. Agra, quant à lui, se concentre davantage sur la sexualité réprimée dans des espaces confinés. » Il souligne également le paradoxe démographique indien : « Nous sommes un pays de 1,4 milliard d’habitants, mais en termes de superficie, nous sommes plus petits que la Chine, qui a une population comparable. » Cette densité spatiale, selon lui, contribue à la répression des désirs.
Le film met en scène Mohit Agarwal, à ses débuts, aux côtés de Priyanka Bose et Rahul Roy, ce dernier offrant une performance que le réalisateur qualifie de déterminante pour sa carrière. Behl a révélé que l’idée du film a pris forme après une remise en question profonde, suscitée par son mentor, l’éditrice Molly Stensgaard. « Elle m’a demandé pourquoi je faisais ce film. J’ai bafouillé en disant que c’était pour aborder la répression sexuelle. Après un long silence, elle m’a simplement dit : ‘Alors, pourquoi ne le faites-vous pas ?’ » Cette question a été un catalyseur, l’incitant à s’engager pleinement dans le projet, malgré les difficultés potentielles.
Contrairement à certains cinéastes indépendants, Kanu Behl ne cherche pas à informer, mais à immerger le spectateur dans la réalité de ses personnages. « Tout commence par de l’empathie pour tous les personnages, pas seulement les protagonistes, » explique-t-il. « Au fur et à mesure que vous avancez dans les différentes versions du scénario, vous essayez de vous attacher à chaque personnage, de les rendre pleinement humains. Une fois que vous comprenez leurs perspectives, vous ne pouvez plus vous placer sur un piédestal et dire ‘voilà comment les choses sont’. »
Le réalisateur observe également une dynamique particulière dans les relations hommes-femmes qu’il dépeint : « Les femmes doivent être de meilleures négociatrices pour survivre, car le pouvoir physique dans notre société est largement détenu par les hommes, ce qui rend difficile une opposition plus directe. Elles trouvent souvent des moyens détournés d’exercer leur pouvoir. »
L’un des points forts du film réside dans la relation entre Guru et Preeti, deux personnages marqués par des blessures et des incomplétudes. Behl a cherché à les réunir sans leur offrir de refuge facile : « J’ai découvert dans le scénario que c’était vraiment magique. Nous avons un garçon qui pourrait être considéré comme ‘mentalement atteint’ de l’extérieur et qui a besoin d’un catalyseur, d’un contrepoint, pour lui montrer la lumière. » Il a imaginé une « femme physiquement handicapée », estimant que tous deux se comprendraient face au regard jugeant de la société. « Lorsque ces deux moitiés se rencontrent, elles créent quelque chose de beau, au-delà du désir et de la transaction. »
Concernant le travail avec ses acteurs, Behl décrit un processus minutieux et personnalisé. Il explique qu’il doit d’abord « nettoyer » l’acteur de son identité et de ses rôles précédents, puis le laisser dans un état de neutralité avant de l’aider à incarner pleinement le personnage.
Enfin, interrogé sur la place de la poésie et de la romance dans son œuvre, Behl répond avec ironie : « Sur une carte de vœux Archie’s ! » Il remet en question l’idéalisation de l’amour : « L’amour est bien plus complexe que ce que l’on veut bien admettre dans notre vie quotidienne. » Il aspire à engager une conversation complexe avec son public, reflétant la réalité de leurs expériences.
Rahul Roy, connu pour ses rôles de séducteur dans le cinéma Bollywoodien, incarne ici Daddy, un homme marié avec une maîtresse. Le réalisateur raconte que l’acteur s’est en quelque sorte auto-casté, lors d’ateliers où il observait les interactions entre les comédiens pour voir qui « rime » le mieux avec qui.
Behl conclut en soulignant les difficultés croissantes rencontrées par le cinéma indépendant, tout en reconnaissant que cette situation n’est pas nouvelle. « Nous avons des problèmes bien plus importants que le simple cinéma indépendant. Nous assistons à l’effondrement d’un système et, dans les ruines, les artistes sont les premiers à subir les conséquences. »
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