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Kremlin demande aux médias de bannir le mot « interdiction » pour adoucir son image

by Clara Dubois
La stratégie de l'effacement sémantique
Le Kremlin a récemment demandé aux médias loyalistes de cesser d’utiliser le terme « interdiction » dans leurs titres et articles pour améliorer l’image du régime. Cette consigne, révélée par le politiste Andreï Pertsev, contraste avec l’expansion massive de la surveillance biométrique et du contrôle numérique orchestrée par l’État à travers le pays.

La stratégie de l’effacement sémantique

Une stratégie de communication paradoxale s’est mise en place au sommet du pouvoir russe. Selon des informations rapportées par Le Temps, l’administration présidentielle a adressé une « demande insistante » aux journalistes proches du régime : il s’agit désormais de limiter drastiquement l’usage du mot « interdiction ».

Le journaliste et politiste Andreï Pertsev précise que cette directive ne se limite pas aux titres de presse. Les médias sont invités à réduire globalement leur couverture des sujets liés aux restrictions, aux amendes et aux interdictions. L’objectif est clair : redorer le blason du Kremlin en gommant, au moins dans le discours public, la perception d’un État coercitif.

C’est une tentative de maquillage rhétorique. Pendant que le vocabulaire de la contrainte disparaît des colonnes des journaux, les outils de contrôle, eux, se perfectionnent et se multiplient.

L’architecture du goulag numérique

Cette volonté de projeter une image plus souple masque une réalité technologique brutale. L’analyse de Presse Agence met en lumière les travaux d’Andreï Zakharov, qui décrit la mise en place d’un système où la surveillance d’État, la censure et le marché noir des données personnelles fusionnent.

« Le goulag digital de Poutine »

L'architecture du goulag numérique
Cette

Andreï Zakharov

Loin d’un simple modèle orwellien, ce dispositif s’apparente à une structure cyberpunk où le pouvoir politique s’entremêle avec la criminalité et la technologie de pointe. Ce contrôle social ne repose plus seulement sur la peur du policier dans la rue, mais sur une infrastructure invisible qui capture chaque mouvement et chaque interaction numérique.

La transition vers la centralisation via le système UBS

La transition vers la centralisation via le système UBS
cluster (priority): next.ink

La transition vers ce contrôle total a été subtile. Dans les années 2010, la collecte de données biométriques a d’abord été impulsée par le secteur bancaire. Sber, la plus grande banque du pays avec plus de 100 millions de clients, a promu des terminaux permettant de « payer avec le sourire » grâce à la reconnaissance faciale, présentant ces innovations comme des simplifications de la vie quotidienne.

Cependant, comme le souligne Next.ink, cette phase volontaire a laissé place à une appropriation étatique. En décembre 2022, une loi a imposé le stockage de toutes les données biométriques dans le Système biométrique unifié (UBS). Ce système centralisé est directement accessible aux services de police et de renseignements.

L’intégration des citoyens et des résidents dans l’UBS suit une progression rapide :

  • FacePay : Lancé fin 2021 dans le métro moscovite, ce système compte plus de 800 000 inscrits et a enregistré plus de 200 millions de trajets.
  • Étrangers : Depuis janvier 2025, la fourniture d’échantillons de voix et de photos du visage est obligatoire pour obtenir une carte SIM russe. Environ 200 000 étrangers sont ainsi intégrés à l’UBS.
  • L’usage policier de la reconnaissance faciale

    L'usage policier de la reconnaissance faciale
    cluster (priority): news.google.com

    L’utilité réelle de cette base de données ne réside pas dans la fluidité des transports, mais dans la répression. Moscou est aujourd’hui quadrillée par 220 000 caméras de reconnaissance faciale.

    L’efficacité de ce maillage a été démontrée par le ciblage systématique des opposants à la guerre ayant participé à des manifestations. La surveillance ne s’arrête pas à la dissidence politique ; elle s’étend à la gestion des effectifs militaires. Début 2023, le commissaire militaire de Moscou, Maxim Loktev, a confirmé que la vidéosurveillance de la ville était utilisée pour traquer les conscrits refusant de se présenter à leur bureau militaire.

    Le contraste est saisissant : alors que le Kremlin demande à ses journalistes de ne plus parler d’« interdictions », il déploie l’un des systèmes de surveillance les plus intrusifs au monde. L’effacement des mots ne signifie pas la disparition des chaînes, mais simplement leur migration vers un espace numérique où elles deviennent invisibles pour le grand public, tout en étant parfaitement opérationnelles pour les services de sécurité.

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