L’Australie en lice pour accueillir la COP31 : un sommet diplomatique majeur en jeu
26 septembre 2024, 07h38 – Le Premier ministre australien Anthony Albanese a mis en avant la candidature de l’Australie pour accueillir la 31e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP31) lors de son premier discours à l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer le rôle de l’Australie sur la scène internationale et à redéfinir son image en matière de lutte contre le changement climatique.
Albanese a souligné l’importance d’une collaboration mondiale pour relever les défis planétaires, notamment le changement climatique, la fin des conflits à Gaza et en Ukraine, et a également présenté la candidature de l’Australie pour un siège temporaire au Conseil de sécurité des Nations Unies. Il a fermement positionné le changement climatique comme une “menace existentielle”, en contraste avec les déclarations du président américain Donald Trump qui a qualifié le problème de “canular”.
Le gouvernement australien exerce une pression diplomatique sur la Türkiye pour qu’elle retire sa candidature concurrente à l’organisation de la COP31. Le ministre australien du Changement climatique et de l’énergie, Chris Bowen, a rencontré la Première dame turque, Emine Erdoğan, à New York pour discuter de cette question.
Un sommet d’une ampleur inédite pour l’Australie
Wesley Morgan, chercheur à l’Institut UNSW pour le risque et la réponse climatique, estime que l’accueil de la COP31 serait un événement d’une importance capitale pour l’Australie, représentant “le plus grand sommet diplomatique que l’Australie ait jamais organisé”. Avec la participation de politiciens, de scientifiques, de décideurs, d’universitaires et de représentants des 197 pays signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (plus l’Union européenne), la COP31 offrirait une plateforme unique pour le dialogue et la coopération internationale.
L’Australie, en co-organisation avec les nations du Pacifique, assurerait la présidence des négociations climatiques dès la fin de l’année 2026 et jusqu’au début des négociations suivantes en 2027. Cela impliquerait de guider les discussions mondiales sur la réduction des émissions, la transition vers des sources d’énergie propres et l’atténuation des impacts du changement climatique.
Un signal fort pour l’avenir énergétique de l’Australie
Morgan estime que l’organisation de la COP31 signalerait une transition de l’Australie, passant d’un passé de “puissance fossile” à un avenir de “superpuissance énergétique propre”. Cependant, cette ambition se heurte aux critiques concernant les objectifs d’émissions du gouvernement australien.
Enjeux économiques et géopolitiques
L’accueil de la COP31 pourrait générer un retentissement économique significatif pour la ville hôte, Adelaide, en attirant un nombre record de participants, comme ce fut le cas lors de la COP28 à Dubaï en 2023 (80 000 inscrits). Plus important encore, cela attirerait des investissements dans la transition énergétique propre de l’Australie et renforcerait son rôle de partenaire fiable pour les pays du Pacifique face à la menace du changement climatique.
“Organiser les discussions sur le climat des Nations Unies est une occasion de positionner l’Australie comme une superpuissance énergétique propre et de développer ces industries de l’énergie propre de demain”, souligne Morgan. L’Australie pourrait ainsi devenir un exportateur majeur de minéraux et de composants pour les énergies renouvelables.
Un test pour l’engagement australien
Simon Bradshaw, responsable de la COP31 chez Greenpeace Australia Pacific, insiste sur l’importance d’un co-organisation avec les nations du Pacifique, qui ont une longue expérience de leadership en matière d’action climatique et sont particulièrement vulnérables aux impacts du changement climatique.
Cependant, Bradshaw souligne que l’organisation conjointe sera un “véritable test pour l’Australie”, qui devra concilier ses ambitions en matière d’énergie propre avec la poursuite de l’exploitation du charbon et du gaz. “À moins que nous ne nous attaquions réellement à la cause profonde du problème [la réduction progressive des combustibles fossiles], nous ne montrerons pas de véritable leadership climatique”, affirme-t-il.
La rivalité sino-australienne dans le Pacifique
La candidature australienne intervient dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes dans la région du Pacifique, avec la Chine renforçant ses liens avec les pays insulaires. L’Australie doit démontrer son engagement envers la lutte contre le changement climatique pour maintenir sa position de partenaire de sécurité privilégié dans la région.
Le ministre du Changement climatique de Vanuatu, Ralph Regenvanu, a mis en garde contre une potentielle violation des obligations internationales de l’Australie si le pays continue de soutenir des projets d’extraction de combustibles fossiles. Il a rappelé la décision de la Cour internationale de justice, obtenue par Vanuatu, qui reconnaît l’obligation légale des États de prévenir et de lutter contre le changement climatique.
Lors du sommet climatique des Nations Unies, le président chinois Xi Jinping a annoncé un nouvel objectif de réduction des émissions de carbone pour la Chine, promettant une baisse de 7 à 10% d’ici 2035. Cette annonce contraste avec la position des États-Unis, notamment le retrait de l’accord de Paris par Donald Trump.
L’avenir des sommets climatiques
Les sommets climatiques ont été critiqués, notamment celui de 2024 organisé par l’Azerbaïdjan, pour la présence de représentants de l’industrie pétrolière et gazière. Une lettre ouverte signée par des personnalités éminentes a appelé à une réforme du processus de sélection des hôtes, estimant que le système actuel “n’est plus adapté à un but”.
Malgré ces critiques, les experts s’accordent à dire que les sommets climatiques restent essentiels pour maintenir l’élan mondial dans la lutte contre le changement climatique et pour garantir que tous les pays aient une voix dans les négociations. L’accord de Paris, finalisé lors de la COP21 en 2015, reste un cadre crucial pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels.
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