Publié le 2024-02-29 10:00:00. La Banque centrale européenne (BCE) s’engage résolument dans l’exploration et l’adoption de la technologie blockchain, une initiative qui pourrait transformer le paysage financier européen en rendant les transactions plus rapides, plus sûres et moins coûteuses.
- La BCE travaille au développement de l’euro numérique, une monnaie digitale de banque centrale (MDBC) destinée à compléter les espèces et les paiements numériques existants.
- Deux projets majeurs, Pontes et Appie, visent à intégrer la technologie du grand livre distribué (DLT) dans l’infrastructure de règlement des transactions financières européennes.
- Cette stratégie de la BCE est motivée par la volonté de réduire la dépendance aux systèmes de paiement étrangers, de stimuler la compétitivité de l’euro et de renforcer la souveraineté financière de l’Europe.
La Banque centrale européenne (BCE) accélère son exploration de la technologie blockchain, signalant un tournant potentiel pour le système financier européen. Cette démarche, qui comprend le développement d’un euro numérique et l’intégration de la DLT dans les infrastructures de règlement, vise à moderniser les paiements, à réduire les coûts et à renforcer l’autonomie financière de la zone euro.
Au cœur de cette stratégie se trouve l’euro numérique, une monnaie digitale de banque centrale (MDBC) conçue pour coexister avec les espèces et les moyens de paiement numériques déjà en circulation. Contrairement aux cryptomonnaies décentralisées comme le Bitcoin, l’euro numérique serait émis et garanti par la BCE, assurant ainsi une stabilité et une confiance accrues.
La BCE justifie cette initiative par la fragmentation actuelle du paysage des paiements en Europe, où les transactions sont largement dominées par des acteurs américains tels que Visa et Mastercard. Le lancement d’un euro numérique de détail, prévu d’ici la fin des années 2020, sous réserve de l’approbation législative, promettrait des paiements instantanés et peu onéreux à travers la zone euro, la possibilité de contrats intelligents basés sur de l’argent programmable, et des fonctionnalités préservant la confidentialité des utilisateurs.
La technologie du grand livre distribué (DLT) jouera un rôle crucial dans cette transformation. En exploitant les avantages de la DLT, l’euro numérique ambitionne d’offrir une transparence accrue, de réduire la fraude et d’accélérer les transferts transfrontaliers, palliant ainsi les faiblesses du système actuel, largement tributaire du réseau SWIFT.
Au-delà des paiements de détail, la BCE cible également les règlements en gros avec deux projets ambitieux : Pontes et Appie. Ces initiatives, dont l’intégration progressive dans l’Eurosystème est prévue d’ici 2026 et au-delà, visent à révolutionner les infrastructures de base du système financier européen.
Pontes : connecter blockchain et systèmes existants
Pontes, le projet pilote à court terme, devrait être lancé au troisième trimestre 2026. Il permettra de connecter directement les plateformes DLT aux Services CIBLES – le système européen de règlement brut en temps réel. Cette interopérabilité permettra de régler instantanément les transactions basées sur la blockchain en monnaie de banque centrale, éliminant ainsi les intermédiaires et réduisant les délais de règlement de plusieurs jours à quelques secondes seulement.
Pour les acteurs du marché, cette interopérabilité représente un changement majeur. Il deviendra envisageable de négocier des obligations ou des titres tokenisés sur des réseaux blockchain et de les régler de manière transparente en euros. Les premières expérimentations sont déjà menées par des grandes banques participant à des bacs à sable DLT.
Appie : une vision à long terme pour les marchés de capitaux
Appie, quant à elle, représente une vision à long terme, avec une transformation complète prévue d’ici 2028. Cette plateforme explorera le potentiel de la DLT tout au long du cycle de vie des marchés de capitaux, de l’émission à la négociation, en passant par la conservation et le règlement d’actifs tels que les obligations, les actions et les produits dérivés.
L’approche progressive adoptée – débutant par des tests d’interopérabilité et évoluant vers des règlements atomiques – pourrait générer des milliards d’euros de gains d’efficacité. Selon les estimations de la BCE, la DLT pourrait réduire les coûts post-négociation jusqu’à 50 % sur les marchés européens.
L’engagement de la BCE envers la blockchain et la DLT ne se limite pas à une simple mise à niveau technologique ; il s’agit d’une stratégie visant à renforcer la souveraineté financière de l’Europe. Les principaux facteurs motivant cette décision sont les suivants :
- Réduire la dépendance étrangère : se libérer des systèmes de paiement et des stablecoins centrés sur les États-Unis, tels que l’USDT ou l’USDC.
- Améliorer l’efficacité : les systèmes actuels sont lents et coûteux ; la DLT permet des opérations 24h/24 et 7j/7 avec livraison contre paiement atomique (simultanée).
- Stimuler la compétitivité : positionner l’euro comme la monnaie numérique dominante dans un monde en pleine transition vers les MDBC (l’e-CNY chinois étant en tête de course).
- Confidentialité et inclusion : concilier innovation et valeurs européennes, telles que la protection des données inscrites dans le RGPD.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a souligné que ces initiatives « garantiront la pérennité » de l’économie européenne dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de bouleversements de la finance numérique.
Pour les startups de technologie financière et les projets Web3, la feuille de route de la BCE ouvre de nouvelles perspectives. L’abaissement des barrières à l’entrée grâce à l’interopérabilité DLT pourrait démocratiser l’accès à la monnaie de banque centrale, stimulant ainsi l’innovation dans les domaines suivants :
- Paiements transfrontaliers : transferts en euros en temps réel, en concurrence avec Ripple ou Stellar.
- Paie crypto et DeFi : rampes d’accès transparentes pour les stablecoins adossés à l’euro et conformes à la réglementation MiCA.
- Actifs réels tokenisés (RWA) : obligations, biens immobiliers et factures sur blockchain, réglés via Pontes/Appia.
Les startups s’appuyant sur Ethereum, Polygon ou sur des chaînes émergentes respectueuses de l’environnement européen ont tout à gagner. On peut s’attendre à une augmentation des partenariats entre les banques et les entreprises de blockchain à mesure que les projets pilotes progresseront.
Cependant, cette révolution blockchain ne sera pas sans obstacles. Les banques traditionnelles pourraient rencontrer des difficultés à adapter leurs systèmes existants, tandis que les prestataires de paiement pourraient voir leur modèle économique menacé par des alternatives moins coûteuses à l’euro numérique. Les émetteurs de stablecoins en euros pourraient également voir la demande pour leurs produits diminuer.
L’incertitude réglementaire constitue un risque majeur : de nouvelles règles, notamment dans le cadre de la loi sur la résilience opérationnelle numérique (DORA), imposeront une conformité stricte aux utilisateurs de la DLT. Les risques de cybersécurité, les problèmes d’évolutivité et les préoccupations environnementales liées à la preuve de travail (bien que la BCE privilégie les mécanismes de consensus efficaces) devront également être abordés.
Certains observateurs s’inquiètent de la centralisation : un euro numérique risque-t-il d’éroder la confidentialité financière ou de concurrencer les dépôts des banques commerciales ? La BCE insiste sur un modèle « à deux niveaux », dans lequel le secteur privé gérera la distribution.
Voici un aperçu des échéanciers et des éléments à surveiller :
| Projet | Chronologie | Objectif clé |
|---|---|---|
| Pontes | T3 2026 | Pilote d’interopérabilité DLT-TARGET |
| L’euro numérique | Fin des années 2020 | Lancement de la MDBC de détail |
| Appie | 2028 | Transformation des marchés de capitaux |
Les acteurs du marché doivent suivre de près les consultations de la BCE, les résultats des projets pilotes et l’évolution de la législation européenne. Le succès de ces initiatives pourrait servir de modèle à d’autres pays, accélérant ainsi l’adoption des MDBC à l’échelle mondiale.
L’adoption de la blockchain par la BCE marque le début d’une nouvelle ère pour la banque numérique en Europe. En combinant une technologie DLT de pointe à une approche prudente et réglementée, l’Europe se positionne comme un leader dans le domaine d’un financement sûr et efficace. Que vous soyez un investisseur intéressé par les actifs tokenisés, un fondateur de startup à la recherche d’opportunités ou un consommateur en quête de paiements fluides, ces développements méritent toute votre attention.
Restez informé : ajoutez cette page à vos favoris et suivez l’actualité de la blockchain pour ne rien manquer des avancées de Pontes, Appie et de l’euro numérique.
Discutez de cette actualité sur notre Communauté de télégrammes. Abonnez-vous à nous sur Actualités Google et suivez-nous sur Twitter @Blockmanity.
Avez-vous aimé la nouvelle que vous venez de lire ? Veuillez laisser un retour pour nous aider à mieux vous servir.
Clause de non-responsabilité: Blockmanity est un portail d’actualités et ne fournit aucun conseil financier. Le rôle de Blockmanity est d’informer la communauté des crypto-monnaies et de la blockchain de ce qui se passe dans cet espace. Veuillez faire vos propres recherches avant de prendre toute décision d’investissement. Blockmanity ne sera pas responsable de toute perte de fonds.
