Publié le 10 janvier 2026 18:45:00. L’opération américaine audacieuse qui a mené à la capture de Nicolás Maduro au Venezuela a révélé des failles inattendues dans les services de renseignement cubains, traditionnellement réputés parmi les plus efficaces au monde. La mort de 32 agents cubains lors de cette intervention soulève des questions sur l’avenir de l’influence de Cuba dans la région.
- La capture de Nicolás Maduro par les forces américaines et la mort de 32 agents cubains lors d’une opération au Venezuela constituent un revers majeur pour les services de renseignement cubains.
- L’opération a été rendue possible par une surprise totale, les renseignements cubains ayant sous-estimé la volonté des États-Unis d’intervenir militairement au Venezuela.
- L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et son style de prise de décision non conventionnel ont également contribué à l’échec des services cubains.
Deux jours après l’incursion américaine contre un complexe militaire à Caracas, La Havane a confirmé le décès de 32 membres de ses forces de sécurité lors de l’opération, dont certains assuraient probablement la protection du président vénézuélien. Le bilan côté vénézuélien s’élève à 23 soldats tués. Parmi les victimes cubaines, 21 appartenaient au ministère de l’Intérieur, responsable des services de renseignement, et 11 aux Forces armées révolutionnaires.
Selon des experts interrogés par l’Agence France-Presse, le succès de l’opération, préparée méticuleusement pendant des mois par Washington et gardée secrète, repose sur l’effet de surprise. José Gustavo Arocha, ancien officier de l’armée vénézuélienne et expert au Center for a Free and Secure Society, un groupe de réflexion américain spécialisé dans les questions de défense, explique :
« Les renseignements cubains (…) ont convaincu le régime de Maduro et ses agences de sécurité que les États-Unis n’attaqueraient jamais le territoire vénézuélien. »
José Gustavo Arocha, ancien officier de l’armée vénézuélienne et expert au Center for a Free and Secure Society
Fulton Armstrong, ancien officier du renseignement américain et chercheur à l’Université américaine de Washington, souligne quant à lui « l’incapacité à anticiper l’attaque » et à « détecter » l’arrivée d’hélicoptères américains sur le sol vénézuélien. Il estime qu’un simple avertissement de cinq à dix minutes aurait pu faire une différence significative pour les gardes et pour Maduro lui-même. Les forces américaines disposaient, selon lui, d’informations « incroyables » en temps réel grâce à des drones furtifs pour suivre les déplacements du dirigeant vénézuélien, ainsi que d’un équipement de combat performant et, vraisemblablement, d’un ordre de tirer pour tuer.
Paul Hare, ancien ambassadeur britannique à Cuba et au Venezuela, met en évidence une autre faiblesse : les services de renseignement cubains ont sous-estimé « l’accès des États-Unis à la coopération interne au Venezuela ». Le New York Times, citant des sources proches de l’opération, révèle qu’une « source de la CIA au sein du gouvernement vénézuélien » a surveillé la localisation de Nicolás Maduro et facilité le lancement de l’opération.
Pendant longtemps, les services secrets cubains, formés à l’époque du KGB soviétique, ont joui d’une réputation d’invincibilité. Ils ont déjoué plus de 600 tentatives d’assassinat contre Fidel Castro (1926-2016) et sont connus pour leur capacité à infiltrer des agents ou à recruter des responsables étrangers, notamment américains. Le cas le plus récent est celui de Víctor Manuel Rocha, un ancien ambassadeur américain condamné en 2024 à 15 ans de prison pour avoir travaillé pendant plus de 40 ans comme agent infiltré de l’État cubain.
Selon Arocha, les Cubains « n’ont pas interprété correctement l’administration Trump, et c’est là que réside leur échec catastrophique ». Il ajoute que la nouvelle stratégie américaine de sécurité nationale expose clairement l’objectif de la suprématie américaine en Amérique latine. Washington a dénoncé à plusieurs reprises la présence cubaine dans l’appareil de sécurité vénézuélien, notamment dans les services de renseignement civil, le contre-espionnage militaire et le système national d’identification. Caracas et La Havane ont toujours nié ces accusations, affirmant que la fourniture de pétrole à Cuba se faisait en échange de l’envoi de médecins et de personnel humanitaire.
L’ancien officier militaire vénézuélien conclut : « Tant d’années au pouvoir (au Venezuela) à faire la même chose avec succès ont empêché (les services cubains) de voir les changements. L’échec réside dans l’arrivée d’un nouvel acteur, Donald Trump, qui a changé la dynamique de prise de décision et n’a pas utilisé les canaux conventionnels. » Trump n’a pas hésité à défier le droit international en ordonnant la capture du président vénézuélien en exercice, transféré de force aux États-Unis. Washington a justifié son action en la qualifiant d’« opération de police » et non d’action militaire, ce qui lui a permis de contourner le processus d’autorisation législative du Congrès. Arocha estime que, pour la première fois, toutes les capacités du renseignement cubain ont été neutralisées dans la région, non pas à cause de déficiences technologiques, mais parce que ses méthodes traditionnelles sont devenues inadaptées face à ce nouveau style de prise de décision.
