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La CE envisage de couper dans le portefeuille des agriculteurs lettons

by Clara Dubois

Publié le 24 décembre 2025 à 21h08. Les négociations entre la Lettonie et la Commission européenne concernant la prochaine politique agricole commune (PAC) pour la période 2028-2034 ont débuté, alors que le secteur agricole européen est secoué par des protestations massives et des inquiétudes concernant l’ouverture à des importations agricoles moins coûteuses.

  • Le ministre letton de l’Agriculture, Armands Krauze, a confirmé l’ouverture des discussions avec Bruxelles.
  • Des manifestations d’agriculteurs, parfois violentes, ont eu lieu à Bruxelles, notamment des incendies de pneus, en marge des négociations sur l’accord de libre-échange UE-Mercosur.
  • La Lettonie s’inquiète de la dépendance de ses exploitations agricoles aux subventions européennes et des conséquences d’une éventuelle baisse de ces aides.

Alors que les agriculteurs européens manifestent leur mécontentement dans les rues de Bruxelles, la Lettonie entame des négociations cruciales avec la Commission européenne pour définir les contours de la future Politique Agricole Commune (PAC). Le ministre de l’Agriculture letton, Armands Krauze, a annoncé le début de ces discussions le 17 décembre, lors d’une conférence organisée à Jelgava par le ministère de l’Agriculture et le Centre letton de consultation et d’éducation rurale.

Ces négociations interviennent dans un contexte de tensions vives au sein du secteur agricole européen. Le 18 décembre, des milliers d’agriculteurs ont manifesté à Bruxelles, bloquant la capitale avec leurs tracteurs et exprimant leur opposition à l’accord de libre-échange envisagé avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay). Les manifestations ont pris une tournure plus radicale avec des incendies de pneus, rappelant des scènes observées dans d’autres régions du monde.

Au cœur des préoccupations des agriculteurs européens se trouve la crainte d’une concurrence accrue de la part de produits agricoles importés, notamment d’Amérique du Sud, qui pourraient être moins chers mais aussi moins soumis aux mêmes normes environnementales et sanitaires. L’accord UE-Mercosur, qui a été officiellement reporté à l’année prochaine suite aux protestations, est perçu par certains comme une menace pour la viabilité des exploitations agricoles européennes.

En Lettonie, la situation est particulièrement préoccupante. Selon les données présentées lors de la conférence de Jelgava, environ 45 000 petites et moyennes exploitations agricoles dépendent à 80 à 95 % des paiements de soutien de l’UE pour leur revenu. Les 5 200 plus grandes exploitations du pays ont réussi à augmenter leur chiffre d’affaires grâce à la vente de leur production, mais celle-ci ne représente encore qu’une part minoritaire de leurs revenus totaux. Cela souligne la forte dépendance du secteur agricole letton aux subventions européennes.

La Commission européenne envisage de réduire le financement de l’agriculture et de faire davantage appel aux mécanismes de marché pour réguler les prix. Cette approche suscite des inquiétudes, car elle pourrait entraîner une augmentation des prix alimentaires pour les consommateurs et une diminution des revenus des agriculteurs. La Lettonie craint que la réduction des aides européennes ne soit compensée par une augmentation des prix à la charge des consommateurs, et appelle à une réévaluation des risques potentiels de l’accord UE-Mercosur pour les agriculteurs de l’UE.

Le gouvernement letton a pris note d’un rapport informatif du ministère de l’Agriculture, recommandant d’appeler à cette réévaluation lors de la réunion du Conseil des ministres de l’Agriculture et de la Pêche de l’UE du 27 janvier 2025. Cependant, la ministre lettonne des Affaires étrangères, Baiba Braže, a publiquement déclaré le 10 novembre que l’accord en préparation favoriserait les exportations européennes et lettones vers de nouveaux marchés et créerait de nouveaux emplois en Lettonie.

La Lettonie, confrontée à des coûts de production plus élevés et à des paiements de soutien agricoles parmi les plus bas de l’UE, ne demande pas une égalisation des aides, mais une augmentation du soutien à 90 % du niveau moyen de l’UE. Selon les calculs du ministère de l’Agriculture, la préservation de l’agriculture nécessiterait un financement supplémentaire de 1,3 milliard d’euros de la part de l’UE.

Il est important de noter que la valeur réelle de ce financement pourrait être réduite par l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat de l’euro. La Commission européenne pourrait également réaffecter des fonds existants à de nouveaux domaines prioritaires, tels que la transition numérique et la défense, ce qui pourrait réduire les ressources disponibles pour l’agriculture.

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