Publié le 13 janvier 2026 à 16h33. La Chine poursuit une stratégie audacieuse en mer de Chine méridionale, transformant des récifs coralliens en îles artificielles équipées d’infrastructures militaires, ce qui suscite des tensions régionales et des préoccupations environnementales.
- La Chine a créé artificiellement environ 12 km² de nouvelles terres en mer de Chine méridionale entre décembre 2015 et octobre 2015.
- Ces îles servent de bases militaires potentielles, renforçant le contrôle chinois sur une zone maritime contestée.
- La construction de ces îles a causé des dommages considérables aux récifs coralliens et aux écosystèmes marins.
Depuis plus d’une décennie, la Chine mène une transformation spectaculaire de son littoral, créant des terres artificielles là où il n’y avait auparavant que la mer. En déversant des tonnes de sable et de sédiments sur les récifs de la mer de Chine méridionale, le pays a construit des îles visibles depuis l’espace, désormais dotées de pistes d’atterrissage, de ports, de radars et d’autres infrastructures stratégiques.
Cette stratégie a pris forme fin 2013, avec le lancement d’un vaste programme de remblaiement de sept récifs des archipels de Nansha et Xisha (connus internationalement sous les noms de Spratly et Paracels). En un laps de temps remarquablement court – entre décembre 2013 et juin 2015 – la première phase a été achevée : la conquête de terres sur la mer. À partir de 2015, l’accent s’est déplacé vers la consolidation de ce nouveau territoire par la construction d’installations permanentes.
Comment la Chine a-t-elle réalisé cet exploit ?
La méthode employée, bien que peu sophistiquée, s’est avérée extrêmement efficace. Les autorités chinoises ont eu recours au dragage des fonds marins : elles ont détruit des récifs coralliens, aspiré les sédiments et les ont pompés dans des zones peu profondes. Ce mélange de sable et de terre s’est accumulé sur les récifs, formant une base solide. Des digues et des murs de soutènement ont ensuite été construits pour protéger les ouvrages contre l’érosion marine. Enfin, de lourdes machines ont compacté le terrain jusqu’à ce qu’il soit stable, permettant le pavage, la construction de routes, de pistes, de ports, de hangars et de radars.
Selon la Commission d’examen économique et de sécurité entre les États-Unis et la Chine, la Chine a créé artificiellement environ 12 km² de nouvelles terres entre décembre 2015 et octobre 2015. Ces chiffres ont même été confirmés par les médias officiels chinois, qui les ont présentés avec fierté. L’ampleur de ce processus représente 17 fois plus de terres que celles revendiquées par tous les autres demandeurs internationaux au cours des 40 dernières années.
Pourquoi ces îles sont-elles un atout stratégique pour la Chine ?
Pour Pékin, ces constructions ne sont pas seulement une prouesse technique, mais un instrument de puissance. Le gouvernement chinois affirme que ces îles servent à soutenir les missions de sauvetage, à faciliter la navigation, à promouvoir la recherche scientifique, à améliorer les services météorologiques et à protéger ses intérêts défensifs.
Cependant, cette vision n’est pas partagée par ses voisins. Des pays comme les Philippines, le Viêt Nam, le Japon et Taïwan considèrent que ces infrastructures visent à renforcer le contrôle chinois sur un territoire maritime contesté. Le ministère japonais de la Défense a averti que ces bases permettent une présence chinoise permanente dans des eaux qui ne lui appartiennent pas.
Un rapport publié l’année dernière par le Centre d’études stratégiques et internationales souligne que l’activité constante de la Chine en mer de Chine méridionale n’est possible que grâce aux îles artificielles construites il y a dix ans. Les analyses occidentales suggèrent que les pistes d’atterrissage sont préparées pour accueillir des avions militaires, que des ports sont disponibles pour les navires de guerre, que des installations souterraines existent et que des plateformes de missiles sont en place.
La tension est palpable. Le Viêt Nam a d’ailleurs commencé à adopter une stratégie similaire, en déversant également des terres dans la mer pour étendre sa présence dans la région, transformant celle-ci en un foyer de friction permanent.
L’impact environnemental des îles artificielles suscite l’inquiétude
Au-delà des enjeux politiques, un problème majeur ne peut être ignoré : les dégâts écologiques. Selon certaines études, la construction de ces îles aurait entraîné la perte d’entre 12 et 18 km² de récifs coralliens, affectant directement certains des écosystèmes les mieux préservés de la mer de Chine méridionale.
Le problème ne se limite pas aux zones directement occupées. Les “nuages” de sédiments générés par les opérations de remblaiement affectent les récifs éloignés, modifient les courants marins et nuisent aux espèces qui dépendent de ces écosystèmes.
Des articles scientifiques chinois reconnaissent également que ces pratiques détruisent complètement l’écosystème des zones occupées et modifient négativement la structure des sédiments. Malgré cela, l’Administration océanique d’État de Chine affirme que les projets ont été évalués et que la détérioration des coraux est principalement due à des phénomènes globaux tels que le changement climatique et l’acidification des océans.
Une nouvelle carte de l’océan qui redéfinit le conflit
Ce qui se passe en mer de Chine méridionale crée un précédent inquiétant : les cartes ne dépendent plus seulement de la géographie naturelle, mais aussi de la capacité technique d’un pays à créer un territoire. Là où il y avait des eaux libres il y a quinze ans, il existe aujourd’hui des pistes d’atterrissage et des ports opérationnels.
Bien que le Japon ait également construit un aéroport sur des terres gagnées sur la mer, l’ampleur et la portée stratégique des opérations chinoises font la différence. Ces îles ne modifient pas seulement le paysage, elles altèrent l’équilibre politique de toute une région.
L’expansion territoriale par le génie maritime soulève des questions délicates sur la souveraineté, l’environnement et la sécurité internationale. Et même si le conflit reste ouvert, une chose est certaine : les îles artificielles existent désormais, et avec elles, un nouveau plateau géopolitique au milieu de l’océan.
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