Publié le 28 décembre 2025 19h35. La Chine adopte une nouvelle loi sur le commerce extérieur qui inquiète les industries de haute technologie, notamment en Corée du Sud, en raison de sa potentielle utilisation pour contrôler l’exportation de matières premières stratégiques et de biens de consommation.
- La loi, qui entrera en vigueur en mars 2026, permet à la Chine de restreindre les exportations vers les pays imposant des sanctions économiques.
- La Corée du Sud est particulièrement vulnérable, dépendant fortement de la Chine pour des matériaux essentiels à la fabrication de semi-conducteurs et de batteries (jusqu’à 100% pour certains composants).
- Cette loi est interprétée comme une stratégie à double volet : protéger le marché chinois tout en disposant d’un levier en cas de tensions commerciales.
La Chine a renforcé son arsenal juridique en matière de commerce extérieur en adoptant un amendement à sa loi sur le commerce extérieur, adopté le 27 décembre par le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale. Cette révision, qui prendra effet le 1er mars 2026, donne à Pékin de nouveaux outils pour contrôler les exportations, non seulement de minéraux stratégiques, mais aussi de biens de consommation courante. Cette loi intervient dans un contexte de tensions commerciales mondiales croissantes et est perçue comme une manière de protéger les intérêts économiques chinois tout en préparant le terrain pour une éventuelle « militarisation » de la chaîne d’approvisionnement.
La nouvelle loi stipule que le commerce extérieur doit « contribuer au développement économique et social national » et « construire une puissance commerciale ». Elle autorise désormais la restriction des exportations vers les pays qui imposent des sanctions à la Chine, une disposition qui pourrait avoir des conséquences importantes pour les entreprises étrangères dépendantes du marché chinois. Parallèlement, la Chine a signé l’Accord de partenariat transpacifique numérique et renforcé ses réglementations en matière de commerce vert et de protection de la propriété intellectuelle, signalant une volonté de s’intégrer dans le commerce international tout en protégeant ses propres intérêts.
Selon Reuters, un diplomate occidental a déclaré :
« L’intention est d’éviter les litiges juridiques qui pourraient survenir si le gouvernement chinois interrompait les expéditions des entreprises privées. »
Diplomate occidental (Reuters)
Les experts estiment que cette loi permet à la Chine de protéger ses alliés contre le bloc économique dirigé par les États-Unis et de disposer d’une carte à jouer en cas de blocage de la chaîne d’approvisionnement.
L’industrie sud-coréenne de la haute technologie est particulièrement préoccupée par cette nouvelle législation. La Corée du Sud importe 98% de son graphite, 100% de son acide phosphorique et 73% de son gallium de Chine. Une interruption de ces approvisionnements pourrait paralyser des secteurs clés de l’économie nationale. Des entreprises comme LG Energy Solution, Samsung SDI et SK On, ainsi que des acteurs majeurs comme POSCO Holdings, sont particulièrement exposées.
Le graphite naturel et artificiel, essentiels à la fabrication des cathodes de batteries, sont presque entièrement importés de Chine (97 à 98%). De même, l’hydroxyde de lithium (82%) et le précurseur (96%) sont fortement dépendants des exportations chinoises. Les experts préviennent qu’une interruption des exportations chinoises pourrait entraîner une cessation immédiate de la production dans ces secteurs. Samsung Electronics et SK Hynix, leaders dans le domaine des semi-conducteurs, sont également vulnérables, car ils dépendent de la Chine pour le gallium (73%) et l’acide phosphorique (100%), des composants essentiels à leurs processus de fabrication.
POSCO et Hyundai Steel, qui utilisent du tungstène (77%) et du manganèse pour la fabrication d’alliages, pourraient également subir une baisse de leur compétitivité si les importations de ces matières premières étaient bloquées ou si leurs prix augmentaient considérablement.
La mise en œuvre de cette loi chinoise devrait entraîner une volatilité accrue des marchés boursiers et une pression à la hausse sur les prix à la consommation. Les secteurs des piles secondaires et des technologies de l’information sont particulièrement susceptibles de subir des « chocs de la chaîne d’approvisionnement ». Si les exportations de produits chimiques industriels de base ou de matières premières agricoles étaient interrompues, comme ce fut le cas lors de la crise de l’urée, on pourrait s’attendre à une augmentation des coûts logistiques et des prix des produits alimentaires.
Les acteurs du marché financier surveillent de près les détails de la liste négative que la Chine publiera sur la base de cette loi révisée. Des appels se font de plus en plus entendre, tant au sein qu’en dehors du secteur financier, pour une coopération public-privé urgente afin de diversifier la chaîne d’approvisionnement.
Park Jeong-han, journaliste économique mondial, [email protected]
Sur le même sujet
