Alors que la COP30 à Belém peine à susciter l’enthousiasme, une tendance inattendue émerge : la Chine s’impose comme un leader mondial dans le domaine des énergies renouvelables, prouvant que la transition écologique peut être un choix économiquement judicieux.
Si les négociations climatiques à Belém, au Brésil, sont suivies de près, l’espoir ne réside pas dans les promesses des sommets internationaux. Lancées en 1992, ces conférences, censées poser les bases d’un traité international contre le changement climatique, sont aujourd’hui largement influencées par les lobbys des énergies fossiles et souvent ignorées par les grandes puissances industrialisées. Les États-Unis, par exemple, ont choisi de ne pas participer à cette édition. L’impact réel sur les émissions mondiales reste donc incertain.
La source d’un optimisme prudent à Belém provient plutôt d’une reconnaissance croissante, confirmée par un rapport d’Ember, un groupe de réflexion mondial sur l’énergie. Ce rapport souligne que la Chine dépasse désormais les États-Unis et l’Union européenne en matière de technologies et d’industries liées aux énergies propres. Le pays déploie plus du double de la capacité renouvelable (solaire et éolien) du reste du monde combiné. Conséquence directe : les émissions de carbone de la Chine sont restées stables l’année dernière et devraient même diminuer cette année, alors que les émissions mondiales atteignent des niveaux record.
Ce succès n’est pas le fruit d’accords internationaux ou de sermons moralisateurs, mais d’une stratégie pragmatique. L’énergie propre, issue du soleil et du vent, est devenue la source d’énergie la moins chère au monde, et les technologies associées sont désormais abordables à grande échelle.
« La Chine comprend qu’une refonte complète du système est nécessaire », explique Muyi Yang, analyste chez Ember. « Elle a rompu avec le modèle de développement basé sur les combustibles fossiles, malgré les défis économiques auxquels elle est confrontée, comme beaucoup d’autres pays. Elle perçoit un nouveau type de développement fondé sur la stabilité environnementale. »
Au cours de la dernière décennie, la Chine a réduit ses émissions, tant sur son territoire qu’à l’étranger, grâce à l’exportation de technologies énergétiques propres, permettant à d’autres pays d’accélérer leur transition. Selon le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CRECA), basé à Helsinki, les chiffres actuels de la Chine en matière d’énergies renouvelables dépassent ses propres objectifs et laissent l’Union européenne, autrefois championne mondiale de la protection du climat, loin derrière. Le secret de ce succès réside dans des incitations et des politiques similaires à celles mises en place par l’Allemagne et d’autres pays européens dans les années 1990, lorsqu’ils étaient à la pointe de l’innovation et de la croissance des énergies renouvelables.
« La Chine est la raison pour laquelle la bataille contre le réchauffement climatique semble plus que jamais gagnée », estime Jonas Waack, du quotidien allemand taz. « La Chine est désormais au cœur de la décarbonation mondiale, non pas par volonté de protéger le climat, mais parce qu’il n’existe pas de voie plus sûre vers la prospérité. »
La production solaire de la Chine a été multipliée par 14 en dix ans et domine désormais le marché mondial. Le pays installe l’équivalent de cinq grandes centrales nucléaires en énergie éolienne et solaire chaque semaine. En 2024, la Chine a ajouté quatre fois plus de capacité de production d’énergie solaire que l’UE et six fois plus d’énergie éolienne. Elle a même dépassé ses objectifs pour 2030 avec six ans d’avance, atteignant une capacité éolienne et solaire de 1 200 GW en 2024, tout en surpassant les attentes en matière de gestion durable des forêts. D’ici 2030, les combustibles non fossiles représenteront 25 % de sa consommation énergétique, un score supérieur à celui des États-Unis, qui reculent, mais encore inférieur à celui de l’UE, qui a déjà dépassé ce seuil.
Bien que la Chine reste le premier consommateur mondial de charbon, sa demande d’essence, de diesel et de kérosène s’est stabilisée l’année dernière. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), sa dépendance à ces carburants a même diminué de 2,5 % par rapport aux niveaux de 2021, grâce à des « changements structurels » tels que l’électrification. Le taux d’électrification de la Chine, qui représente environ 30 % de sa consommation finale d’énergie, est ainsi supérieur à celui des États-Unis et de l’Union européenne. Environ la moitié des ventes de voitures en Chine sont désormais électriques, résultat de politiques nationales encourageant l’adoption de véhicules propres.
Par ailleurs, les technologies propres chinoises conquièrent un marché que l’Europe espérait dominer. La Chine contrôle 86 % de la production mondiale de modules solaires et la quasi-totalité de la chaîne d’approvisionnement pour certains composants essentiels. Sur le marché des véhicules électriques, elle détient également une part de marché de trois quarts, ayant dépassé Tesla en 2023. Grâce à ses richesses en terres rares, indispensables au stockage des batteries, elle est également en tête dans ce domaine, ainsi que dans la technologie de production d’hydrogène à faibles émissions. De plus, la Chine investit massivement dans des projets d’énergie propre dans plus de 50 pays, contribuant ainsi à la transition énergétique mondiale.
Ces progrès sont particulièrement encourageants, car la Chine est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde, représentant à elle seule 90 % de la croissance des émissions de CO2 depuis 2015. Sa part des émissions totales s’élève à 32 %, loin devant les États-Unis (13 %), l’Inde (8 %) et l’UE (6 %).
L’investissement de la Chine dans un avenir axé sur les énergies renouvelables est motivé par plusieurs facteurs, selon Belinda Schäpe du CRECA. Les considérations financières sont importantes : 10 % du PIB chinois proviennent du secteur des technologies propres, et ce chiffre pourrait bientôt doubler. Mais la sécurité énergétique joue également un rôle crucial. La Chine reste un importateur majeur de combustibles fossiles, notamment de pétrole brut, de charbon et de gaz naturel, dont une partie provient de la Russie. Cependant, Schäpe souligne que les préoccupations environnementales ne sont pas qu’une façade : des vagues de chaleur et des inondations frappent la Chine, et ses centres urbains sont confrontés à une pollution atmosphérique croissante.
Malgré sa position de leader, la Chine pourrait adopter une attitude plus proactive en tant que « défenseur de la coopération internationale sur le changement climatique », comme elle l’a récemment affirmé. Elle continue d’investir massivement dans le charbon et sa demande de pétrole pour la production pétrochimique est en augmentation. Ses émissions restent plus de deux fois supérieures à celles des États-Unis. Elle n’a pas renoncé à un modèle économique axé sur la croissance et ses objectifs pour 2035, qui prévoient une réduction de seulement 7 à 10 % des émissions par rapport à leur pic, sont jugés insuffisants pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Son objectif de neutralité carbone d’ici 2060 est également peu ambitieux par rapport à celui de l’Allemagne, fixé à 2045, et loin de ce qui est nécessaire pour éviter une catastrophe climatique.
Néanmoins, la Chine a le devoir de maintenir la dynamique mondiale à un moment où la protection du climat est en perte de vitesse. Ses réalisations et sa vision d’avenir mettent l’Europe et l’Amérique du Nord face à leurs propres lacunes. Les avantages d’une transition vers une énergie propre sont documentés depuis plus d’une décennie, et ont été confirmés par des experts du monde entier. Le président Joe Biden a compris cet enjeu et a agi en conséquence, plaçant les États-Unis en première ligne de la lutte contre le changement climatique. La plupart des responsables politiques européens de haut niveau en sont également conscients, mais ils ont été freinés par les industries des combustibles fossiles et du nucléaire, ainsi que par les mouvements populistes de droite. Cela constitue une critique sévère à l’égard de personnalités comme Angela Merkel et Friedrich Merz, qui savent qu’une transition énergétique radicale est à la fois impérative et rentable, mais manquent du courage de le dire haut et fort. Au Parlement européen, les démocrates-chrétiens allemands s’allient à des factions d’extrême droite pour affaiblir le Green Deal européen, au nom du libre marché.
La Chine n’est pas un modèle à imiter à tous égards. Mais elle a clairement pris en compte les recherches et les expériences disponibles et a conclu qu’elle avait plus à gagner qu’à perdre en transformant son économie. L’Europe et les États-Unis ont perdu leur leadership dans la restructuration de l’approvisionnement énergétique mondial, un signe inquiétant pour l’avenir de la démocratie libérale.
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