Publié le 2026-01-02 16:12:00. L’île de Hainan, au sud de la Chine, est devenue en décembre 2025 une zone douanière indépendante, une initiative majeure de Pékin pour attirer les investissements et concurrencer les centres financiers régionaux comme Hong Kong et Singapour, en dépit d’une conjoncture économique mondiale marquée par le protectionnisme.
- Hainan est désormais le plus grand port de libre-échange au monde en superficie, couvrant plus de 35 000 kilomètres carrés (50 fois la taille de Singapour).
- Un système douanier à deux lignes a été mis en place, permettant des importations facilitées vers Hainan et un contrôle strict des échanges avec le reste de la Chine.
- La province bénéficie d’un taux d’imposition sur les sociétés de 15 %, inférieur à celui de Hong Kong, Singapour et de la Chine continentale.
Avec l’entrée en vigueur de nouvelles lois en décembre 2025, la Chine a franchi une étape décisive dans son projet de faire de Hainan un pôle économique stratégique. Cette décision intervient dans un contexte international où de nombreux pays renforcent leurs barrières commerciales et leurs contrôles d’investissements, mais elle s’inscrit dans une stratégie chinoise plus large d’ouverture sélective et de modernisation économique.
Selon l’agence de presse Xinhua, ce lancement d’« opérations douanières spéciales » ne se limite pas à un simple ajustement politique, mais représente une refonte fondamentale de la manière dont la province insulaire interagit avec les marchés internationaux. Le Parti communiste chinois (PCC) ambitionne de faire de Hainan la juridiction la plus favorable aux entreprises au monde.
Cette approche n’est pas nouvelle pour l’économie chinoise, décrite comme une économie de marché socialiste. Depuis la fin des années 1970, Pékin a mis en place avec succès des zones économiques spéciales (ZES) pour expérimenter des mécanismes capitalistes tout en maintenant un contrôle étatique global. En 2020, le PCC a dévoilé un plan ambitieux pour transformer Hainan d’une simple ZES en un concurrent direct de Hong Kong, Singapour et Dubaï.
L’objectif était de créer un système commercial et d’investissement autonome pour la province d’ici la fin de 2025. À l’avenir, le parti prévoit que Hainan atteindra une « maturité institutionnelle » d’ici 2035 et exercera une « forte influence mondiale » d’ici le milieu du siècle.
Une frontière à deux vitesses
Hainan, qui comprend l’île principale et plusieurs petites îles de la mer de Chine méridionale, fonctionne désormais selon un système douanier « à deux lignes ». La première ligne délimite la frontière entre Hainan et le reste du monde, où la plupart des barrières commerciales ont été levées. La majorité des marchandises peuvent désormais entrer librement dans la province, avec une liste considérablement élargie d’importations exonérées de droits de douane, incluant les matières premières, les équipements et les produits de consommation.
La deuxième ligne agit comme un filtre entre Hainan et la Chine continentale. Les règles douanières standard s’appliquent alors, avec des droits de douane et des contrôles visant à protéger les marchés intérieurs. Cependant, ce système offre une incitation significative aux fabricants : les marchandises importées à Hainan et ayant subi une valeur ajoutée d’au moins 30 % dans la province peuvent être exportées vers la Chine continentale sans droits de douane. Cette politique vise à encourager la production sur l’île plutôt que de la limiter à un rôle de simple plateforme de transit.
Par exemple, le bœuf australien peut être importé à Hainan sans droits de douane. S’il est ensuite transformé – tranché et emballé pour des fondues – dans la province insulaire, il peut être vendu sur le continent chinois avec les mêmes exonérations.
Une porte d’entrée stratégique
Les ambitions du PCC pour Hainan dépassent largement les simples dispositions douanières. La province applique un taux d’imposition forfaitaire sur les sociétés de 15 %, inférieur à celui de Hong Kong (16,5 %), de Singapour (17 %) et de la Chine continentale (25 %).
Hainan bénéficie également d’un cadre réglementaire distinct dans de nombreux domaines, s’écartant significativement des règles en vigueur sur le continent. Ainsi, un produit pharmaceutique ou un dispositif médical approuvé par un organisme de réglementation international peut être utilisé dans la province, même s’il est interdit sur le continent. De même, les entreprises enregistrées à Hainan peuvent demander un accès Internet plus large, leur permettant de contourner le « Grand Pare-feu de Chine », le système de contrôle de l’activité en ligne mis en place par le PCC.
Les entreprises étrangères peuvent également ouvrir des comptes bancaires spéciaux à Hainan, avec des flux de capitaux exemptés des contrôles de change pratiqués sur le continent. Les universités étrangères sont autorisées à établir des campus sans partenaire chinois. L’entrée sans visa dans la province a été étendue à 86 pays, dont les États-Unis, l’Allemagne et l’Australie, ainsi que plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Amérique du Sud. Les visiteurs peuvent séjourner jusqu’à 30 jours sans visa pour affaires, soins médicaux ou tourisme, car les autorités souhaitent également faire de la province une destination touristique majeure.
Dans un contexte de tensions économiques mondiales croissantes, Hainan se positionne comme une « soupape de pression » pour la Chine, offrant une porte d’entrée à faible fiscalité, sans droits de douane et avec un accès privilégié aux marchés de l’Asie-Pacifique.
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