Publié le 27 octobre 2025 à 02h18. Le Festival d’El Gouna a révélé une nouvelle vague prometteuse du cinéma égyptien, marquée par des réalisateurs audacieux et des récits qui sortent des sentiers battus, comme en témoigne le succès du film La Colonie.
- Le film La Colonie de Mohamed Rashad a remporté le Prix de Bronze au Festival d’El Gouna.
- Ahmed Malek a été couronné Meilleur Acteur pour sa performance dans Cologne de Mohamed Siam.
- Quatre films présentés – La Colonie, Cologne, Happy Birth Day to You et And We Have Love in Imagination – constituent les premiers longs métrages de leurs réalisateurs respectifs.
Le Festival d’El Gouna a permis de constater un renouveau du cinéma égyptien, porté par une nouvelle génération de cinéastes qui n’hésitent pas à explorer des territoires narratifs et esthétiques inédits. Ces premiers films, malgré leurs différences, partagent une volonté commune de rompre avec les conventions et de proposer une vision singulière du monde.
En se concentrant sur La Colonie, on observe une approche cinématographique particulièrement soignée, où chaque élément – lumière, décor, musique, jeu des acteurs – contribue à créer une atmosphère immersive et à communiquer un message précis. Le réalisateur semble vouloir offrir au spectateur une marge d’interprétation plus large, l’invitant à participer activement à la construction du sens.
Le film se déroule principalement dans une ancienne usine de ferraille, un lieu chargé d’histoire et de symbolisme. Les machines rouillées, usées par le temps, sont présentées comme des miroirs de la condition humaine, évoquant la fragilité, la douleur et le poids des années. L’éclairage tamisé et le mouvement saccadé renforcent cette impression de décrépitude et de mélancolie. Avant de découvrir l’usine, le spectateur est introduit dans l’intimité d’une maison familiale, où vit une mère veuve, handicapée par une maladie invalidante, communément appelée « pied d’éléphant ».
Un détail subtil, mais significatif, est l’évolution de l’attitude du fils adolescent envers un canif. Dans la première scène, il le regarde avec curiosité avant de le ranger rapidement. Dans la dernière, il le saisit et le garde précieusement. Cette transformation suggère un basculement vers la violence, une réponse désespérée face aux difficultés de la vie et aux injustices de la société. Le réalisateur laisse ainsi au spectateur le soin de compléter l’histoire et d’imaginer les conséquences de cette décision.
Le succès de La Colonie est le fruit d’un travail collectif, mené par une équipe talentueuse. On retrouve notamment Adham Shukr, Ziad Islam, Imad Ghoneim, Mohamed Abdel Hadi, Hanadi Abdel Khaleq et Hager Omar au casting, avec la voix de Mohamed Salah et Ahmed Adnan. Heba Othman a assuré le montage, Mahmoud Lotfy la direction de la photographie, Yasser Al-Husseini la conception des décors, Salma Sami les costumes, Attia Amin les effets visuels et Tony Overo la musique.
La production du film a bénéficié du soutien financier de l’Allemagne, de la France, de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Ce financement international témoigne de l’intérêt croissant pour un cinéma égyptien moderne et audacieux. L’espoir est désormais que La Colonie puisse toucher un large public, au-delà des festivals, et confirmer le potentiel de Mohamed Rashad en tant que réalisateur. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’accueil du public et l’impact du film.
