Publié le 24 décembre 2025 à 11:29:00. La décision de l’administration Trump de retirer un grand nombre d’ambassadeurs américains pourrait affaiblir l’influence américaine en Afrique subsaharienne, une région confrontée à des instabilités politiques et une concurrence accrue avec la Chine.
- Le retrait de plus d’une trentaine de chefs de mission diplomatiques laissera Washington sans représentation de haut niveau dans plus de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne.
- L’administration Trump privilégie une diplomatie axée sur les intérêts économiques et les accords bilatéraux, au détriment de l’aide traditionnelle.
- Des experts s’inquiètent de l’impact de ces départs sur la capacité des États-Unis à répondre aux défis sécuritaires et économiques de la région.
Washington se prépare à une réduction significative de sa présence diplomatique en Afrique subsaharienne. L’administration Trump a décidé de relever de leurs fonctions un nombre important d’ambassadeurs, laissant ainsi de nombreux pays sans représentation américaine de haut niveau. Selon l’Associated Press, ce limogeage porte à environ 30 le nombre de postes d’ambassadeurs vacants dans la région.
Cette décision intervient alors que l’administration américaine s’efforce de réorienter sa politique africaine vers une approche plus axée sur les activités économiques et le commerce. L’objectif affiché est de réduire la dépendance des pays africains à l’aide américaine et de promouvoir des partenariats commerciaux mutuellement bénéfiques. Donald Trump a notamment cherché à négocier des accords de paix et des accords concernant les terres rares, privilégiant les accords bilatéraux à l’aide directe.
Le président Trump a régulièrement défendu l’idée que les États-Unis sont un partenaire plus fiable pour les pays africains que la Chine, soulignant son engagement à renforcer les relations avec la région. Cette démarche s’inscrit dans une tentative plus large des administrations américaines successives de contrer la perception d’un désintérêt de Washington pour un continent où Pékin étend son influence économique.

Pénurie de personnel
Les ambassades américaines en Afrique et le bureau Afrique du Département d’État à Washington souffrent d’une pénurie chronique de personnel depuis plusieurs administrations. Le limogeage de 13 chefs de mission par Trump ne fera qu’aggraver la situation, selon des diplomates et des experts, qui craignent des conséquences négatives sur la diplomatie américaine.
Le Département d’État n’a pas précisé s’il envisage de remplacer les ambassadeurs rappelés, ni de communiquer un calendrier à ce sujet. Cameron Hudson, ancien responsable américain chargé du dossier Afrique, a estimé que cette décision reflète « le style personnel de Trump », soulignant l’implication directe du président dans des dossiers sensibles tels que l’accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, ainsi que sa position sur le Nigeria, en raison de ce qu’il considère comme les persécutions des chrétiens.
« Cette approche ignore l’essence même de la diplomatie et sape les efforts des diplomates pour défendre leurs positions et leurs intérêts. »
Cameron Hudson, ancien responsable américain chargé du dossier Afrique
Outre Donald Trump, Massad Boulos – le beau-père de sa fille Tiffany et son conseiller pour les affaires arabes et africaines – a joué un rôle important dans les négociations entre le Congo et le Rwanda, et a également tenté de contribuer à la résolution de la guerre au Soudan.

Malgré les promesses de l’ancien président Joe Biden de renforcer l’engagement américain en Afrique, l’influence de Washington sur le continent a diminué au cours de son mandat. Les États-Unis ont perdu une base militaire dans la région du Sahel et n’ont pas réalisé de progrès significatifs dans la lutte contre la domination commerciale chinoise dans le domaine des minerais stratégiques.
Donald Trump s’est particulièrement investi dans la recherche d’un accord de paix pour mettre fin au conflit dans l’est du Congo, mais a été confronté à un revers quelques jours après avoir réaffirmé son soutien aux dirigeants congolais et rwandais, lorsque les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont lancé leur plus importante offensive depuis des mois. Kigali nie son implication.
Le président Trump a également eu des différends avec l’Afrique du Sud et a inclus le Nigeria sur une liste de pays préoccupants, menaçant d’une action militaire si des mesures n’étaient pas prises pour mettre fin aux violences contre les chrétiens.
Parmi les ambassadeurs rappelés figurent ceux en poste au Rwanda et au Nigeria, ainsi que celui de Niger, où un employé américain d’une organisation missionnaire a été enlevé cette année.

Dans ce contexte, le porte-parole du Département d’État américain, Tommy Pigot, a déclaré : « L’administration Trump obtient des succès sans précédent dans la promotion des intérêts nationaux américains en Afrique », soulignant que ces résultats – des accords commerciaux aux accords de santé et de paix – sont le fruit direct du « leadership exceptionnel de Trump et du professionnalisme des diplomates américains ». Le Département d’État n’a toutefois pas confirmé le nombre exact d’ambassadeurs rappelés.
Même avec l’implication de Paul dans les négociations, les ambassades devront toujours assurer le suivi, selon Tibor Nagy, le plus haut responsable du Département d’État pour l’Afrique pendant le premier mandat de Trump.

Il a précisé que le nombre de postes vacants est « très élevé », bien que son évaluation soit basée sur des impressions et non sur des données précises.
Outre les missions à l’étranger, le bureau Afrique du Département d’État connaît également des changements de direction avec le départ à la retraite de l’officier supérieur Jonathan Pratt. Le ministère a confirmé que Nick Checker, secrétaire adjoint adjoint, prendra ses fonctions après le départ de Pratt, devenant ainsi le troisième responsable à occuper ce poste pendant le deuxième mandat de Trump.
