Publié le 24 décembre 2025 à 09h22. Face à la demande croissante en puissance de calcul, les centres de données repensent leurs systèmes de refroidissement, allant de techniques sophistiquées d’immersion des puces à des projets audacieux de récupération de chaleur, afin de limiter leur impact environnemental et d’assurer leur fonctionnement.
- La chaleur dégagée par les serveurs est désormais considérée comme une ressource potentielle, avec des projets visant à chauffer des bâtiments entiers.
- Des pannes de systèmes de refroidissement, comme celle survenue aux États-Unis en novembre dernier, peuvent paralyser des infrastructures critiques comme les marchés financiers.
- Les entreprises explorent des technologies de refroidissement liquide innovantes, mais doivent veiller à éviter l’utilisation de substances nocives pour l’environnement.
Les centres de données, véritables moteurs de l’économie numérique, fonctionnent en continu et génèrent une quantité considérable de chaleur. Pour éviter la surchauffe et garantir leur performance, des systèmes de refroidissement toujours plus performants sont nécessaires. L’essor de l’intelligence artificielle (IA) et des modèles de langage volumineux (LLM) accentue cette problématique, rendant le refroidissement des serveurs non seulement essentiel, mais aussi de plus en plus complexe.
Certaines entreprises misent sur l’immersion des puces dans des liquides de refroidissement. « Nous ferons circuler le liquide, puis le pulvériserons comme une douche ou le ferons couler lentement sur les composants », explique Jonathan Ballon, PDG de la société Iceotope. Dans certains cas, les puces sont même totalement immergées, permettant un « overclocking » – une augmentation de la vitesse de traitement – sans risque de détérioration. Iceotope affirme que sa technologie peut réduire les coûts de refroidissement jusqu’à 80 %.
L’idée de valoriser la chaleur produite par les centres de données est également en plein essor. Une chaîne hôtelière américaine envisage ainsi d’utiliser cette chaleur pour chauffer ses chambres, ses buanderies et ses piscines. Cette approche permettrait de réduire la consommation d’énergie et de limiter l’empreinte carbone de ces infrastructures.
Cependant, le refroidissement des centres de données n’est pas sans risques. En novembre dernier, une panne du système de refroidissement d’un centre de données américain a provoqué l’interruption des transactions financières du groupe CME, le plus grand opérateur boursier au monde. La société a depuis ajouté une capacité de refroidissement supplémentaire pour prévenir de tels incidents à l’avenir.
La demande en centres de données est en forte croissance, mais leur impact environnemental suscite de vives inquiétudes. Plus de 200 groupes environnementaux ont récemment appelé à un moratoire sur la construction de nouvelles installations, en raison de leur consommation importante d’énergie et d’eau. Certaines entreprises tentent de réduire leur impact en adoptant des technologies plus efficaces.
Les systèmes de refroidissement traditionnels, basés sur des ventilateurs, atteignent leurs limites face à la puissance croissante des puces. Microsoft a même expérimenté une approche radicale en immergeant des serveurs dans l’eau de mer froide au large des Orcades, afin de profiter de la température naturellement basse de l’océan. Si le projet a été abandonné pour des raisons de rentabilité, l’entreprise a tiré des enseignements précieux sur l’efficacité énergétique des centres de données sous-marins, avec un PUE (Power Usage Effectiveness) de 1,07, bien supérieur à la moyenne des centres terrestres, et sans consommation d’eau.
D’autres pistes sont explorées, comme la microfluidique, qui consiste à faire circuler de minuscules canaux de liquide à travers les puces pour dissiper la chaleur. Des chercheurs de l’Université de Californie à San Diego ont également développé une technologie de refroidissement passive basée sur une membrane poreuse, qui ne nécessite ni pompes ni ventilateurs.
Sasha Luccioni, responsable de l’IA et du climat chez Hugging Face, souligne l’urgence de trouver des solutions de refroidissement plus durables. Elle met en garde contre la consommation énergétique des modèles d’IA, en particulier les LLM, qui peuvent être « des centaines, voire des milliers de fois » plus gourmands en énergie qu’un chatbot classique. Elle appelle les entreprises à une plus grande transparence sur la consommation énergétique de leurs produits. Selon elle, les modèles d’inférence, qui permettent de mettre en œuvre les LLM, sont particulièrement énergivores.
Jonathan Ballon tempère en soulignant que les LLM ne représentent qu’une partie du problème et qu’ils ont « atteint leurs limites » en termes de productivité. Il insiste sur le fait que sa technologie permet de réduire considérablement la consommation d’électricité et d’eau, tout en assurant un fonctionnement silencieux et fiable.
source d’images,Iceotope
