Publié le 21 novembre 2025 08h40. Des baleines aux chimpanzés, les scientifiques découvrent que de nombreuses espèces animales possèdent des cultures distinctes, transmises par l’apprentissage social, ce qui soulève des questions cruciales pour leur conservation.
- Les cachalots émettent des dialectes propres à leurs groupes sociaux, tout comme les humains ont des langues régionales.
- Les comportements appris socialement, comme les techniques de casse de noix chez les chimpanzés, sont essentiels à la survie de certaines espèces.
- La reconnaissance de ces cultures animales pourrait améliorer les stratégies de conservation, notamment en protégeant des populations spécifiques au sein d’une même espèce.
Longtemps considérées comme de simples réactions instinctives, certaines comportements animaux se révèlent être le fruit d’un apprentissage et d’une transmission culturelle. Des recherches récentes mettent en lumière la complexité de la vie sociale chez de nombreuses espèces, des mammifères marins aux primates, en passant par les oiseaux et même les insectes.
Les sons émis par les cachalots, par exemple, ne sont pas de simples vocalises, mais de véritables dialectes, spécifiques à chaque groupe social – ou clan – dans lequel ils évoluent. Ces clans se distinguent également par d’autres comportements propres. Cette découverte, parmi d’autres, amène les scientifiques à reconnaître que de nombreux animaux présentent des équivalents aux cultures humaines.
Il y a encore quelques années, l’idée que d’autres animaux puissent avoir des cultures pouvait sembler audacieuse. Cependant, notre compréhension de ces phénomènes s’est considérablement enrichie ces dernières années. Il ne s’agit pas d’imaginer des orques assistant à un ballet, mais plutôt de considérer les cultures animales comme des comportements spécifiques transmis socialement au sein des groupes. Cette transmission se fait parfois par la communication vocale, parfois par l’observation et l’imitation.
Ces comportements appris socialement peuvent transmettre des traditions spécifiques, aider les animaux à migrer ou à trouver de la nourriture. Certaines troupes de chimpanzés, par exemple, ont développé des techniques spécifiques pour casser des noix, que les jeunes apprennent en observant les adultes. Les orques résidentes du sud, une population piscivore unique du nord-ouest du Pacifique, en sont un autre exemple frappant.
Si ces comportements ont été plus largement étudiés chez les mammifères – en particulier les cétacés (baleines, dauphins et marsouins) – ils ont également été documentés chez les oiseaux, les reptiles, les poissons et même les insectes.
La reconnaissance de ces cultures animales ne relève pas d’une simple curiosité scientifique. Elle a des implications concrètes pour la conservation. De nombreuses espèces dont les cultures sont documentées sont également des espèces menacées, comme les chimpanzés, les cachalots, les grizzlis, les orques et les éléphants, toutes inscrites sur la liste des espèces en voie de disparition.
Plus nous en apprendrons sur la communication animale, plus nous découvrirons que d’autres espèces sociales en péril, comme les loups gris, possèdent également des cultures distinctes. La connaissance des stratégies de recherche de nourriture des cachalots, par exemple, pourrait aider à mieux anticiper leurs réactions face aux changements océanographiques, comme le phénomène El Niño.
Le Centre pour l’innovation en conservation de Defenders of Wildlife réfléchit à la manière dont ces cultures pourraient être mieux protégées par le biais des lois et politiques existantes, notamment par le biais de l’Endangered Species Act (ESA). Une solution consisterait à établir des listes de segments de population distincts, permettant aux services de la faune et de la pêche (US Fish and Wildlife Service et National Marine Fisheries Service) d’attribuer ou de supprimer des protections pour certaines populations d’une espèce en fonction de leur importance et de leur singularité.
Une autre approche serait d’intégrer davantage les connaissances sur les cultures animales dans les documents relatifs au rétablissement des espèces, tels que les plans de rétablissement et les examens quinquennaux. Une analyse récente a révélé que les cultures animales sont rarement prises en compte par les services de la faune et de la pêche lors de l’établissement de ces listes ou de ces plans.
À l’avenir, il est essentiel que les services de la faune et de la pêche fournissent des directives spécifiques sur les cultures animales aux praticiens et qu’ils intègrent cet élément important de la diversité comportementale dans les futures listes de segments de population distincts et les documents relatifs au rétablissement des espèces. Cela s’inscrit dans le cadre du mandat de l’ESA, qui exige l’utilisation des meilleures données scientifiques disponibles dans les processus décisionnels.
Les cultures animales ont une valeur intrinsèque dans notre monde naturel. En écoutant les baleines chanter ou les loups hurler, il serait naïf de penser que leur communication se limite à ce que nos oreilles peuvent percevoir. La conservation de ces dialectes et d’autres comportements socialement acquis pourrait être un outil crucial pour protéger et rétablir de nombreuses espèces en péril.