Roya Karimi, 30 ans, se prépare à entrer dans l’histoire du culturisme. Anciennement mariée de force en Afghanistan, elle s’apprête à disputer les Championnats du monde de culturisme à Barcelone, une ascension fulgurante pour cette femme qui a trouvé dans le sport un moyen de se reconstruire et de s’affranchir des traditions.
Son histoire, celle d’une lutte contre les restrictions imposées aux femmes en Afghanistan, est particulièrement poignante. Roya a fui son pays en 2011 avec sa mère et son jeune fils, trouvant refuge en Norvège. Là-bas, elle a reconstruit sa vie, obtenant un diplôme d’infirmière et rencontrant son second mari, Kamal Jalaluddin, lui aussi culturiste.
« Chaque fois que je vais à la salle de sport, je me souviens qu’à une époque en Afghanistan, je n’avais même pas le droit de faire du sport librement », a confié Roya à BBC News Afghan. La musculation est devenue pour elle un moyen de retrouver confiance en soi et de redéfinir son identité, brisant les barrières mentales et sociales qui lui avaient été imposées pendant des années.
Son parcours professionnel dans le culturisme ne dure que depuis moins de deux ans, mais elle a déjà remporté plusieurs succès. En avril dernier, elle a décroché l’or dans la catégorie Wellness lors du concours Stoperiet Open, une discipline privilégiant la forme physique naturelle et une apparence saine. Elle a ensuite confirmé son talent en remportant le prestigieux Norway Classic 2025, attirant des athlètes de toute la Scandinavie. Ces victoires lui ont permis de se qualifier pour les Championnats d’Europe, et donc pour les Championnats du monde.
Cependant, son succès n’est pas sans heurts. Roya est confrontée à une vague de critiques et de menaces sur les réseaux sociaux, en raison de son apparence et de ses tenues de scène, qui contrastent fortement avec les normes sociales et les restrictions imposées aux femmes en Afghanistan. Elle ne se laisse pas décourager par ces attaques.
« Les gens ne voient que mon apparence et mon bikini. Mais derrière cette apparence se cachent des années de souffrance, d’efforts et de persévérance. Ces succès n’ont pas été faciles à obtenir », explique-t-elle.
Roya utilise également les réseaux sociaux pour communiquer avec les femmes en Afghanistan, les encourageant à prendre soin de leur santé physique et à croire en elles. Elle espère inspirer une nouvelle génération de femmes afghanes à se battre pour leurs droits et à réaliser leurs rêves.
Depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021, la situation des femmes en Afghanistan s’est considérablement détériorée. Elles n’ont plus le droit d’aller à l’école après l’âge de 12 ans, d’accéder à la plupart des emplois, de voyager sans être accompagnées d’un homme, et doivent se taire en public. « J’ai eu la chance de pouvoir m’échapper de cette situation, mais beaucoup de femmes sont encore privées de leurs droits humains les plus fondamentaux, comme l’éducation. C’est vraiment triste et déchirant », déplore Roya.
« Je me sens mentalement forte et pleinement prête à donner le meilleur de moi-même, dans l’espoir d’entrer dans l’histoire en établissant ce record au nom des filles et des femmes afghanes pour la toute première fois », a-t-elle déclaré avant de s’envoler pour Barcelone.
