Édition française
En continu
---Advertisement---

Affaires

La demande des entreprises qui produisent dans le pays

Publié le 16 janvier 2026 à 20h02. L'arrivée croissante de véhicules chinois en Argentine suscite un débat vif au sein de l'industrie automobile, confrontant la volonté d'ouvrir le marché à la nécessité de préserver la production locale, l'emploi…

La demande des entreprises qui produisent dans le pays

Publié le 16 janvier 2026 à 20h02. L’arrivée croissante de véhicules chinois en Argentine suscite un débat vif au sein de l’industrie automobile, confrontant la volonté d’ouvrir le marché à la nécessité de préserver la production locale, l’emploi et les exportations.

  • En 2025, 612 178 véhicules neufs ont été immatriculés en Argentine, un chiffre record depuis 2018, avec une croissance de 47,8 % sur un an.
  • 40 % de ces véhicules étaient fabriqués localement, le reste étant importé, le Brésil étant la principale source avec 48 % des importations.
  • La part de marché des marques chinoises est passée de 0,9 % en janvier 2025 à environ 5,6 % en décembre, malgré une participation annuelle globale d’environ 2,2 %.

L’ouverture du marché argentin aux voitures chinoises a ravivé les tensions au sein du secteur automobile, soulevant la question de la compatibilité entre une plus grande ouverture commerciale et la nécessité de soutenir la production nationale, l’emploi et les exportations. La discussion a été particulièrement animée suite à un échange public entre le député Miguel Pichetto, qui a exprimé ses réserves quant à l’entrée des véhicules BYD, et le ministre de l’Économie, Luis Caputo, qui a défendu cette mesure en invoquant la spécialisation productive et la portée limitée des quotas d’électrification.

Les chiffres confirment un dynamisme du marché automobile argentin. En 2025, 612 178 véhicules neufs ont été immatriculés, ce qui représente une croissance interannuelle de 47,8 % et le meilleur résultat depuis 2018, selon l’Association des concessionnaires automobiles de la République argentine (Acara). Sur ce total, 40 % étaient des modèles fabriqués localement, tandis que le reste était importé, le Brésil étant le principal pays d’origine avec 48 % des importations.

Parallèlement, l’essor des marques chinoises a alimenté le débat. Bien qu’elles soient déjà présentes sur le marché, de nouveaux acteurs sont arrivés au cours de l’année et ont profité du quota activé pour les véhicules électrifiés. Leur part de marché est ainsi passée de seulement 0,9 % en janvier à environ 5,6 % en décembre, bien qu’elle représente un cumul annuel d’environ 2,2 %.

Pour l’instant, ce segment de marché reste fragmenté. Baic est en tête des ventes avec 4 578 unités immatriculées (0,8 % du total), suivi de Haval avec 2 628 ventes (0,5 %), les autres marques ne dépassant pas individuellement 1 %.

En contraste, la production industrielle a connu un recul. Selon l’Association des usines automobiles (Adefa), 490 876 véhicules ont été produits en 2025, soit 3,1 % de moins qu’en 2024. Les exportations ont accentué cette tendance à la baisse, avec 280 589 unités envoyées à l’étranger, soit 10,8 % de moins que l’année précédente. À l’inverse, les ventes aux concessionnaires ont augmenté de près de 48 %, reflétant le fort rebond du marché intérieur.

Pour le secteur, le défi reste structurel.

« Le grand défi qui nous attend est d’améliorer la compétitivité des exportations »

Martín Pérez Graziano, président de l’Adefa

Il souligne la nécessité de réduire la charge fiscale sur les véhicules exportés, rappelant que de nombreux pays concurrents exportent sans taxes.

Les acteurs du secteur estiment que la pression fiscale affecte leur compétitivité, non seulement par rapport aux autres pays de la région, mais aussi par rapport aux usines des mêmes entreprises situées sur des marchés plus rentables. S’y ajoutent les coûts logistiques et le manque de prévisibilité macroéconomique, des facteurs clés dans une industrie dont les cycles de planification peuvent dépasser dix ans.

Andrés Civetta, spécialiste de la mobilité au sein du cabinet de conseil Abeceb, nuance une lecture simpliste de la situation.

« Il n’est pas si direct que si des voitures arrivent de l’étranger, cela nuise à l’industrie nationale »

Andrés Civetta, spécialiste de la mobilité, Abeceb

Il explique que, jusqu’en décembre 2025, l’entrée des voitures chinoises était limitée et n’a pas encore eu d’impact significatif sur le marché.

Selon son analyse, l’impact le plus important est lié à l’augmentation des importations, notamment en provenance du Brésil, due à la normalisation des restrictions.

« On ne peut pas dire que l’entrée des 50 000 véhicules électrifiés sans tarif ait causé des dommages, notamment parce que ce sont des modèles que nous ne fabriquons pas pour le marché local et qu’ils ne sont pas des substituts directs. »

Andrés Civetta, spécialiste de la mobilité, Abeceb

Il attribue la baisse de la production principalement à la perte de parts de marché à l’étranger.

« Nous avons perdu des marchés d’exportation, notamment vers le Brésil, où nous avons été remplacés par des voitures chinoises qui sont entrées même en payant des droits de douane. »

Andrés Civetta, spécialiste de la mobilité, Abeceb

À titre d’exemple, les exportations de Fiat Cronos vers le Brésil sont passées de 44 000 unités en 2024 à 26 000 en 2025, tandis que celles de la Peugeot 208 sont passées de 17 000 à 9 809 unités. La Peugeot 2008 fait exception, avec une légère croissance.

La situation est différente pour les pick-up. L’Argentine est très compétitive dans ce segment, en termes de volume et de durabilité. La Toyota Hilux est fabriquée à Zárate, les Volkswagen Amarok et Ford Ranger à Pacheco, et les nouveaux Fiat Titano et RAM Dakota à Cordoue.

Concernant les prix, l’impact d’une offre accrue n’a pas encore été pleinement ressenti. Sur l’année 2025 cumulée, l’indice des prix du secteur automobile était à peine 3 % supérieur à l’IPC.

« L’effet d’une plus grande concurrence n’a pas encore été constaté car de nombreux modèles n’ont pas été immatriculés, mais en 2026, l’offre et la discipline des prix seront plus strictes »

Andrés Civetta, spécialiste de la mobilité, Abeceb

Dans ce contexte, des mesures telles que la suppression du deuxième barème de la taxe intérieure pourraient accentuer cet effet.

« Si les plus chers baissent, ils poussent les autres et génèrent davantage de concurrence »

Andrés Civetta, spécialiste de la mobilité, Abeceb

Les experts prévoient que les prix des voitures évolueront en fonction de l’inflation, étant donné leur lien étroit avec le taux de change et le système de bandes de change.

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.