Publié le 17 novembre 2025 à 12h09. L’administration Trump marque l’année d’une politique étrangère radicale envers l’Amérique latine, oscillant entre menaces militaires, sanctions économiques et tentatives de réalignement stratégique face à l’influence croissante de la Chine dans la région.
- Le président Trump a envisagé des actions militaires contre le Venezuela et a renforcé la présence navale américaine dans les Caraïbes.
- Les États-Unis ont mis en place des tarifs douaniers et des sanctions contre plusieurs pays d’Amérique latine, tout en offrant des aides ciblées à ceux qui s’alignent sur sa politique.
- Cette approche est perçue par certains comme une nouvelle « doctrine Monroe », visant à affirmer la domination américaine sur son « voisinage ».
L’année 2025 a vu une rupture nette avec des décennies de politique étrangère américaine en Amérique latine. Abandonnant les préoccupations traditionnelles liées à la démocratie et au libre-échange, l’administration Trump a adopté une approche pragmatique, axée sur la défense des intérêts américains et la lutte contre l’influence grandissante de la Chine. Des promesses initiales de reprendre le canal de Panama, de racheter le Groenland et de rebaptiser le golfe du Mexique ont cédé la place à des actions plus concrètes, et parfois controversées, dans l’ensemble de l’hémisphère.
Selon Mauricio Claver-Carone, ancien envoyé spécial de Trump pour l’Amérique latine, le président considère la région comme le « quartier » des États-Unis.
« Il pense que c’est le quartier dans lequel nous vivons. Et vous ne pouvez pas être la première puissance mondiale si vous n’êtes pas la première puissance régionale. »
Mauricio Claver-Carone, ancien envoyé spécial de Donald Trump pour l’Amérique latine
Cette vision se traduit par une volonté affirmée de contrôler les ressources naturelles, de sécuriser les positions stratégiques et d’ouvrir de nouveaux marchés pour les entreprises américaines.
Les États-Unis ont longtemps cherché à exercer une influence prépondérante en Amérique latine, soutenant des coups d’État militaires, menant des opérations secrètes et intervenant directement, comme lors de l’invasion du Panama. La politique actuelle, cependant, semble moins motivée par des considérations idéologiques que par un calcul purement stratégique. L’objectif principal est de contrer l’influence chinoise, qui s’est considérablement accrue ces dernières années grâce à des investissements massifs et à des partenariats commerciaux.
L’administration Trump a mis en œuvre une série de mesures pour atteindre ses objectifs. Des tarifs douaniers punitifs ont été imposés à certains pays, des sanctions sévères ont été décrétées contre les gouvernements considérés comme hostiles, et des campagnes de pression ont été menées pour isoler les régimes autoritaires. Parallèlement, des plans de sauvetage économique ont été proposés aux pays qui s’alignent sur la politique américaine, comme l’Argentine, où le nouveau président, Javier Milei, a fait campagne sur une plateforme anti-establishment et pro-américaine. Reuters rapporte que l’administration Trump a annoncé un plan de sauvetage de 20 milliards de dollars pour l’Argentine après les élections de mi-mandat favorables au parti de Milei.
La posture américaine s’est traduite par une présence militaire accrue dans la région. L’armée américaine a mené plus de 20 attaques contre des navires soupçonnés de trafic de drogue, faisant 83 morts, suscitant des inquiétudes quant au respect du droit international. De plus, le porte-avions américain le plus important a été déployé dans les Caraïbes, et des options militaires contre le Venezuela, dirigé par Nicolás Maduro, sont activement étudiées. Les autorités américaines qualifient Maduro de fugitif et ont offert une récompense de 50 millions de dollars pour sa capture.
Cette nouvelle approche a conduit certains pays à s’aligner sur les États-Unis, tandis que d’autres ont choisi de résister. Le Salvador, sous la présidence de Nayib Bukele, a accepté d’accueillir des déportés vénézuéliens en échange d’une levée des avertissements de voyage émis par le Département d’État américain et du retour de chefs de gangs MS-13 détenus aux États-Unis. En Colombie, les critiques du président Gustavo Petro envers les attaques américaines contre les navires ont entraîné une suspension de l’aide américaine et des sanctions contre le président colombien lui-même.
Le sommet des Amériques a été annulé ce mois-ci, pour la première fois en 31 ans, en raison de « profondes divisions » qui rendent « difficile un dialogue productif ». Cet événement symbolise les tensions croissantes entre les États-Unis et certains pays d’Amérique latine.
Malgré cette approche musclée, les États-Unis rencontrent des limites. Le Mexique et le Canada, principaux partenaires commerciaux, conservent un pouvoir de négociation important. Le Brésil, quant à lui, a démontré sa capacité à résister à la pression américaine, en condamnant l’ancien président Jair Bolsonaro et en rétablissant des relations constructives avec la Chine.
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