Publié le 11 décembre 2025 à 15h46. L’influence du président américain Donald Trump s’étend-elle à l’extrême droite européenne ? Alors que sa stratégie de sécurité nationale suscite l’inquiétude, les partis d’extrême droite se montrent prudents, craignant de perdre des électeurs en s’associant trop étroitement à un ancien allié devenu plus isolé.
- Un sondage révèle qu’une majorité de citoyens européens considèrent Donald Trump comme un adversaire, notamment en Belgique et aux Pays-Bas.
- La nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine met en garde contre les dangers de l’immigration et du déclin démographique en Europe, thèmes chers à l’extrême droite.
- Si certains leaders d’extrême droite restent fidèles à Trump, d’autres prennent leurs distances, conscients des risques liés à une association trop visible avec un partenaire de moins en moins fiable.
L’hostilité envers Donald Trump est palpable en Europe. Selon une étude récente du Le Grand Continent, le président américain est perçu comme un ennemi par plus de 60 % des Belges et près de 50 % des Néerlandais. En France, en Espagne et en Italie, plus de la moitié de la population partage cette opinion. Cette défiance croissante complique les relations entre les partis d’extrême droite européens et leur ancien allié américain.
La publication, fin de semaine dernière, de la Stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump a mis en lumière un fossé idéologique croissant. Le document dresse un tableau sombre de l’Europe, la jugeant menacée par l’immigration massive et un faible taux de natalité, qui conduiraient à sa « métamorphose » et à la disparition de l’identité européenne blanche et chrétienne. Il dénonce également une restriction de la liberté d’expression, perçue comme un affaiblissement de la confiance en soi et de l’identité nationale. Pour certains, s’aligner sur cette vision pourrait être une stratégie gagnante, à condition de s’engager pleinement dans une « guerre culturelle ».
Ces idées résonnent avec les préoccupations de nombreux partis d’extrême droite, mais l’adhésion à Trump II semble moins attrayante. Les États-Unis sont devenus un partenaire de moins en moins fiable pour l’Europe, en raison de ses droits de douane et de son abandon de l’Ukraine. Selon le NRC, « la Pax Americana est morte et a été remplacée par un Pacte Americana ».
Henri Ford
L’attrait de l’Amérique pour l’idéologie d’extrême droite n’est pas nouveau. L’exemple d’Hitler, qui admirait le constructeur automobile américain Henry Ford et affichait même sa photo dans son bureau, est emblématique. Cette admiration ne se limitait pas aux méthodes de production de masse de Ford, mais s’étendait surtout à ses déclarations antisémites, notamment dans son ouvrage Le Juif international. Dans les années 1960 et 1970, les néo-nazis considéraient les États-Unis comme un refuge, où l’expression de leurs idées était moins restreinte et le port d’armes autorisé. Si l’influence du mouvement MAGA sur les partis d’extrême droite européens semblait prometteuse au printemps dernier, l’AfD allemand n’a pas bénéficié du soutien d’Elon Musk ni des recommandations du vice-président JD Vance, qui n’ont pas trouvé d’écho auprès des électeurs.
Cette ambivalence se manifeste clairement chez Nigel Farage, chef du parti britannique Reform UK. Une photo virale de Farage et Trump dans un ascenseur doré témoigne de leur proximité passée. Avant le début de son second mandat, Farage se rendait fréquemment aux États-Unis, où il recevait le soutien et l’attention de MAGA. Il reprend également souvent la stratégie de menaces judiciaires de Trump, comme en témoigne sa récente action contre la BBC, après la révélation de déclarations racistes qu’il avait tenues à l’âge de 28 ans. Ses préoccupations concernant la liberté d’expression et l’immigration sont également directement inspirées par les États-Unis. Cependant, cette relation s’est refroidie avec la montée en puissance d’Elon Musk, dont l’intervention en faveur de l’AfD n’a pas été bien accueillie par Reform UK.
Les tarifs douaniers imposés par Trump, tant à l’UE qu’au Royaume-Uni, ont également déçu. Il est donc crucial pour Farage de se présenter comme un pragmatique et de ne pas être trop associé à Trump s’il veut avoir une chance de succès.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni, souvent considérée comme une alliée de Trump, a adopté une approche plus prudente. Lors de sa visite à la Maison Blanche en avril, elle a souligné son désir de « redonner sa grandeur à l’Occident » aux côtés des États-Unis. Sa politique, axée sur le patriotisme économique, l’anti-immigration et la priorité donnée à la population nationale, rappelle le slogan « Make Italy Great Again ». Cependant, elle semble désormais privilégier le pragmatisme et éviter une rupture avec l’UE, tout en continuant à soutenir l’Ukraine.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, en revanche, reste un fervent partisan de Trump, tant sur le plan idéologique qu’économique. Il a bénéficié d’un sursis de la part de son « ami Donald » pour se débarrasser du pétrole russe. Lors de sa dernière visite à la Maison Blanche, les deux hommes ont réaffirmé leur amitié et leurs similitudes idéologiques.
Le parti français Rassemblement National (RN), dirigé par Jordan Bardella, adopte une stratégie similaire à celle de Meloni. Bardella, conscient de ses faibles chances de devenir président, a accueilli « largement » les préoccupations de Trump et a salué « l’attrait de la fierté américaine » dans un entretien accordé à la BBC. Il a toutefois souligné qu’il ne souhaitait pas que l’Europe soit subordonnée à une grande puissance, affirmant : « Je suis Français, donc je n’ai pas besoin d’un grand frère comme Trump pour réfléchir au sort de mon pays ». Il a également critiqué les droits de douane, les qualifiant de « guerre économique ».
Bardella, comme Meloni, estime que l’Europe est plus forte lorsqu’elle coopère. Il évite donc de mettre trop en avant les idées de Trump, qui sont impopulaires en France. Un sondage du Le Grand Continent révèle que seulement 9 % des Français considèrent Trump comme un ami. Marine Le Pen, autrefois une fervente admiratrice de Trump, se montre également discrète à son sujet. Son avenir politique est incertain après sa condamnation pour fraude, et de nombreux Français ne souhaitent pas voir un criminel reconnu coupable à la tête de l’État, surtout s’il a été soutenu par Trump.
En conclusion, les acteurs politiques qui souhaitent prendre en compte les intérêts économiques et participer sérieusement au gouvernement s’éloignent de la vision de l’Europe de Trump. L’AfD allemand, qui semble pour l’instant exclu de la participation gouvernementale, occupe une position intermédiaire. Seuls 20 % de ses électeurs estiment que Trump a à cœur les meilleurs intérêts de l’Allemagne, mais ses responsables politiques restent enthousiastes. Matthias Moosdorf, député de l’AfD au Bundestag, a salué la stratégie de sécurité américaine sur les réseaux sociaux, soulignant neuf points d’accord entre Trump et son parti, notamment l’immigration, l’islam et la Russie. L’AfD, comme MAGA, dénonce également la censure et la persécution politique en Europe occidentale. Alice Weidel, dirigeante de l’AfD, a qualifié les droits de douane imposés par Trump d’« extrêmement mauvais » et estime que l’Allemagne est touchée de manière « disproportionnée ».
Le défi pour l’extrême droite dans les années à venir sera de trouver un équilibre entre ses convictions idéologiques et la nécessité de former des coalitions gouvernementales. « L’Amérique d’abord » ne peut en aucun cas être le modèle d’un pays européen.