Publié le 13 décembre 2025 à 23h14. Une étude révèle qu’une transition énergétique accélérée, avec la fermeture anticipée des centrales à charbon en Inde, pourrait non seulement limiter le réchauffement climatique, mais aussi générer d’importants bénéfices économiques pour le pays.
- La fermeture progressive des centrales à charbon pourrait rapporter jusqu’à 171 milliards de dollars à l’État du Chhattisgarh, l’un des principaux producteurs de charbon.
- L’analyse a utilisé un modèle mathématique complexe pour identifier la stratégie la plus économique, tenant compte des coûts de construction, d’exploitation, des revenus et des dommages environnementaux et sanitaires.
- L’Inde s’est engagée à atteindre zéro émission nette d’ici 2070 et à produire 50 % de son électricité à partir de sources non fossiles d’ici 2030.
L’Inde, l’un des pays les plus dépendants du charbon au monde, pourrait trouver un intérêt économique à accélérer sa transition énergétique. Une nouvelle analyse, menée par des chercheurs de l’Université Fudan à Shanghai, en Chine, démontre que la fermeture anticipée des centrales à charbon pourrait débloquer des gains économiques nets considérables, tout en contribuant à la lutte contre le changement climatique.
L’étude a examiné l’ensemble des centrales à charbon indiennes et a comparé différents scénarios de fermeture, en fonction des objectifs de limitation du réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius (2,7 degrés Fahrenheit) et 2 degrés Celsius (3,6 degrés Fahrenheit). Les résultats indiquent que certains États, notamment le Chhattisgarh, pourraient réaliser des bénéfices nets importants en fermant leurs centrales plus tôt que prévu, à hauteur de 171 milliards de dollars.
Actuellement, le charbon représente environ 70 % de la production d’électricité en Inde, une grande partie étant extraite sur le territoire national. Si cette dépendance assure l’approvisionnement énergétique du pays, elle engendre également des problèmes de pollution atmosphérique, de risques climatiques et de volatilité des prix. Les chercheurs en santé publique soulignent les coûts considérables de l’énergie au charbon pour la santé publique, avec une estimation de 112 000 décès par an liés à la pollution des centrales, selon une étude de l’Université du Maryland.
L’Inde s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2070 et vise à produire 50 % de son électricité à partir de sources non fossiles d’ici 2030. Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement indien a mis en place un plan visant à améliorer les infrastructures de transport et à développer les zones dédiées aux énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne.
L’équipe de recherche a utilisé un modèle mathématique complexe, un outil de type « mixed integer programming », pour déterminer la voie la moins coûteuse pour le système énergétique indien. Ce modèle prend en compte l’âge, la taille et le rendement énergétique de chaque centrale, ainsi que les coûts de construction, d’exploitation et les revenus attendus, en les comparant aux dommages causés au climat et à la santé. L’algorithme permet ainsi de déterminer le moment optimal pour fermer chaque unité.
Deux scénarios de réchauffement climatique ont été testés : un scénario limitant le réchauffement à 1,5 degré Celsius et un autre autorisant un réchauffement d’environ 2 degrés Celsius. Pour chaque scénario, le modèle a appliqué un coût social du carbone, une valeur estimée en dollars des dommages causés par chaque tonne de dioxyde de carbone émise. Des bénéfices sociaux, tels que la réduction des frais médicaux et des jours de travail perdus grâce à une meilleure qualité de l’air, ont également été intégrés dans les calculs.
L’analyse révèle que l’État de l’Uttar Pradesh pourrait également bénéficier d’une fermeture anticipée des centrales à charbon, avec des gains nets estimés à 110 milliards de dollars. D’autres États importants affichent également des soldes positifs dans le modèle. Au total, les gains nationaux résultant d’une transition énergétique ambitieuse dépasseraient largement les bénéfices d’un seul État.
Les chercheurs mettent en garde contre les risques de créer des « actifs bloqués », c’est-à-dire des centrales électriques qui deviennent non rentables car elles doivent fermer avant d’avoir remboursé les investissements. Une analyse récente estime qu’entre 133 et 237 gigawatts de capacité de charbon indienne pourraient être bloqués après 2030. La nouvelle approche, axée sur l’optimisation au niveau des centrales, vise à éviter ce scénario en privilégiant la fermeture des unités les moins efficaces ou les plus polluantes.
La mise en œuvre de ces recommandations soulève des questions complexes concernant l’emploi, les politiques régionales et l’équité pour les régions dépendantes du charbon. Une transition mal planifiée pourrait laisser de côté les travailleurs et les collectivités locales qui dépendent des revenus générés par le charbon. Cependant, les données sanitaires suggèrent que les communautés proches des centrales à charbon ont beaucoup à gagner d’une amélioration de la qualité de l’air, avec moins de visites à l’hôpital et une espérance de vie accrue.
Le développement des énergies renouvelables, le stockage par batterie et le renforcement des réseaux de transmission sont essentiels pour permettre la fermeture des centrales à charbon tout en assurant la stabilité du système électrique. L’essor de l’solaire et de l’éolien offre des solutions pour répondre aux pics de demande et assurer une alimentation de secours. L’étude souligne que des objectifs climatiques ambitieux et des principes économiques solides peuvent aller de pair pour le secteur électrique indien.
L’étude est publiée dans Communications Nature.
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