Home MondeLa France se souvient des attaques du Bataclan mais sait que l’ennemi n’a pas disparu

La France se souvient des attaques du Bataclan mais sait que l’ennemi n’a pas disparu

by Clara Dubois

Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, qui ont frappé Paris et marqué durablement la France, une nouvelle arrestation rappelle la persistance de la menace terroriste. L’ancienne compagne d’un des rares survivants des attaques, Salah Abdeslam, a été mise en examen pour avoir potentiellement préparé un nouvel acte violent.

L’enquête a été déclenchée par la découverte, dans la prison où il est incarcéré, d’une clé USB contenant de la propagande djihadiste utilisée par Salah Abdeslam, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 2022. Les investigations ont rapidement conduit à Maëva B., une jeune femme de 27 ans convertie à l’islam, avec qui le terroriste entretenait une correspondance régulière.

Les perquisitions menées chez Maëva B. ont révélé des éléments suggérant une planification d’attentat. Elle a été placée en garde à vue lundi avec deux autres personnes, soupçonnées d’être ses complices. Cette arrestation intervient alors que la France commémore le 10e anniversaire de la pire attaque terroriste de son histoire moderne.

Le 13 novembre 2015, des commandos armés ont semé la terreur à Paris. Tout a commencé par des explosions de kamikazes près du Stade de France, où se déroulait un match de football. Puis, des tirs de kalachnikov ont éclaté dans plusieurs bars et cafés. Le point culminant de cette série d’attaques a été la prise d’otages et l’assaut sanglant du Bataclan, une salle de concert où se produisait le groupe américain The Eagles of Death Metal. Au total, 130 personnes ont perdu la vie, dont 90 au Bataclan, et plus de 400 ont été blessées. Les conséquences psychologiques de ces événements restent profondes pour de nombreuses victimes et leurs familles.

Le Bataclan est devenu un symbole de la violence islamiste en France, comparable aux tours jumelles aux États-Unis après les attentats du 11 septembre. Bien que d’autres attaques aient eu lieu depuis, comme l’attentat de Nice en juillet 2016 ou l’assassinat de Samuel Paty en octobre 2020, le 13 novembre 2015 reste gravé dans les mémoires par son ampleur et son organisation.

Selon le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, six complots terroristes ont été déjoués cette année. Le niveau de menace reste élevé, comme l’a souligné le président Emmanuel Macron lors de l’inauguration du jardin mémorial du 13 novembre 2015 :

« Malheureusement, personne ne peut garantir la fin des attentats. Mais nous pouvons garantir que pour ceux qui prendront les armes contre la France, la réponse sera sans compromis. »
Emmanuel Macron, président de la République

L’évolution de la situation géopolitique a modifié la nature de la menace. La disparition de l’État islamique (EI) en tant que force dominante en Syrie et en Irak a réduit les capacités des terroristes à organiser des attaques complexes. Cependant, le danger persiste, sous la forme d’un « djihadisme ambiant », selon l’expert du Moyen-Orient Gilles Kepel.

« La menace est désormais locale et beaucoup plus jeune. Elle se nourrit des amitiés et des réseaux sociaux de personnes partageant les mêmes idées, sans qu’il y ait nécessairement de personnes obligées de donner des ordres et d’y obéir », explique-t-il.

Kepel souligne également l’impact des événements internationaux, tels que la crise à Gaza et en Israël, qui peuvent exacerber les tensions et être instrumentalisées par les partisans de la violence. La situation politique intérieure française, marquée par une polarisation croissante, constitue également un facteur de risque.

« Si ce qui nous sépare devient plus important que ce qui nous unit en tant que Français et brise le consensus national, alors un gouffre s’ouvrira sous nos pieds et la violence aura de moins en moins de freins. »
Gilles Kepel, expert du Moyen-Orient

Les commémorations du 13 novembre se poursuivent ce jeudi avec des cérémonies sur les différents lieux des attentats, et se concluront par l’illumination de la Tour Eiffel aux couleurs du drapeau français. Des témoignages poignants de survivants sont également publiés dans les médias, relatant les changements profonds que ces événements ont engendrés dans leur vie.

De manière inattendue, Salah Abdeslam a exprimé, par l’intermédiaire de son avocat, sa volonté de coopérer à une démarche de « justice réparatrice », impliquant une rencontre entre victimes et auteurs. Cette proposition suscite des réactions contrastées parmi les familles des victimes. Laurent Sourisseau, caricaturiste de Charlie Hebdo, blessé lors de l’attentat de janvier 2015, a qualifié cette offre de « perverse » :

« La justice réparatrice existe pour d’autres types de crimes – les délits de droit commun. Mais le terrorisme n’est pas un crime commun. Salah Abdeslam veut nous faire croire que son crime était comme les autres. Mais ce n’était pas le cas. »
Laurent Sourisseau, caricaturiste (Riss)

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.