Publié le 14 décembre 2025 à 16h11. Une épidémie de grippe précoce et atypique, alimentée par un nouveau variant du virus H3N2, frappe l’Europe et s’étend au Mexique, mettant les systèmes de santé sous pression et relançant le débat sur l’efficacité de la vaccination.
- Une vague de grippe H3N2, plus transmissible, se propage plus tôt que d’habitude en Europe.
- Le Royaume-Uni est particulièrement touché, avec une forte augmentation des hospitalisations.
- Le variant a été identifié au Mexique, avec un premier cas de la sous-clade K.
L’Europe est confrontée à une saison grippale inhabituelle, marquée par une augmentation rapide des cas de grippe A H3N2. Contrairement aux années précédentes, où l’épidémie atteignait généralement son pic entre mi-novembre et février, les infections ont commencé à se multiplier dès le début novembre, surprenant les autorités sanitaires et mettant à l’épreuve les ressources hospitalières.
Au Royaume-Uni, l’augmentation des hospitalisations est particulièrement préoccupante. En une seule semaine, le nombre quotidien moyen de patients hospitalisés pour grippe est passé d’un peu plus de 1 700 à plus de 2 600. Les projections suggèrent que ce chiffre pourrait continuer à augmenter rapidement, exacerbant les tensions déjà existantes dans un système de santé encore marqué par les séquelles de la pandémie de COVID-19.
En Angleterre, plus de 11 % des échantillons suspects étaient positifs à la grippe début novembre, contre seulement 3 % à la même période l’année précédente. Cette progression rapide est attribuée à un nouveau variant du virus H3N2, doté de mutations qui le rendent plus transmissible et moins sensible aux défenses immunitaires.
Alors que l’Europe tentait de contenir cette épidémie, les autorités sanitaires mexicaines ont confirmé la présence du virus sur le continent américain. Plus de 150 cas de grippe A H3N2 ont été détectés, et un premier cas de la sous-clade K a été identifié. Le patient, selon le ministère de la Santé, a pu bénéficier d’un traitement antiviral ambulatoire et n’a présenté aucune complication.
La détection de ce cas a été possible grâce aux protocoles de surveillance mis en place par l’Institut national des maladies respiratoires. Le Système national de surveillance épidémiologique assure un suivi constant pour identifier les tendances inhabituelles et les nouveaux variants, permettant ainsi une intervention rapide en cas d’épidémie potentielle.
Les autorités sanitaires soulignent que, malgré les mutations détectées, les symptômes de cette nouvelle souche ne diffèrent pas de ceux de la grippe saisonnière classique : forte fièvre, toux sèche, fatigue intense et douleurs musculaires. L’approche médicale reste donc la même, et la vaccination demeure la principale recommandation préventive.
Les scientifiques s’intéressent particulièrement à ce variant en raison de sa capacité de propagation, plutôt que d’une gravité accrue des cas individuels. La souche dominante du H3N2 est issue d’une lignée associée à l’une des pires saisons grippales jamais enregistrées en Australie. Depuis son arrivée en Europe, elle a accumulé des mutations supplémentaires affectant la protéine d’hémagglutinine, essentielle à l’entrée du virus dans les cellules. Ces modifications génétiques rendent plus difficile la reconnaissance du virus par le système immunitaire, même chez les personnes déjà vaccinées ou ayant été infectées par le passé.
Les spécialistes estiment que la combinaison d’une transmissibilité accrue et de niveaux d’immunité plus faibles dans la population explique en grande partie l’impact observé. Les souches H3 ont moins circulé ces dernières années, réduisant ainsi la protection de base de la population.
L’efficacité du vaccin antigrippal est au cœur des préoccupations. Les premières données suggèrent une protection réduite contre l’infection, mais une efficacité significative contre les formes graves de la maladie. Chez les enfants, la protection contre l’hospitalisation se situe entre 70 % et 75 %, tandis que chez les adultes, elle varie entre 30 % et 40 %, des valeurs considérées comme habituelles.
Les statistiques confirment que la majorité des patients admis en soins intensifs n’étaient pas vaccinés et présentaient des facteurs de risque, tels que l’âge avancé ou des maladies préexistantes. Cela souligne l’importance cruciale de la vaccination pour réduire les complications et les décès.
Bien que certains l’aient qualifiée de « super grippe », les données actuelles ne montrent pas d’augmentation de la gravité des cas individuels. L’impact sanitaire est davantage lié au volume élevé des infections qu’à une virulence accrue du virus. L’expérience européenne sert d’avertissement aux systèmes de santé : une saison grippale précoce, des mutations antigéniques et des lacunes immunitaires peuvent rapidement submerger les hôpitaux.
Face à cette situation, les recommandations restent inchangées, mais leur application devient plus urgente. La vaccination précoce des groupes à risque, le renforcement de la surveillance épidémiologique et la préparation des hôpitaux sont les outils les plus efficaces pour anticiper une augmentation des cas.
La grippe est un virus bien connu, mais sa capacité à évoluer et à s’adapter continue de surprendre. Cette fois, elle s’est manifestée plus tôt que prévu, rappelant que même les menaces familières peuvent mettre les systèmes de santé à rude épreuve au moment où ils s’y attendent le moins.
