Publié le 27 septembre 2025 à 14h31. Des messages interceptés par la DEA américaine révèlent que des dirigeants du cartel Guerriers unis étaient au courant de la violence qui a éclaté à Iguala en 2014, lors de la disparition de 43 étudiants, et ont tenté de minimiser les conséquences pour leur organisation, avec des liens potentiels au sommet de l’appareil d’État.
- La Drug Enforcement Administration (DEA) a intercepté des communications entre des trafiquants d’héroïne basés à Chicago et au Mexique.
- Ces messages indiquent que le cartel Guerriers unis avait des liens avec des responsables de haut rang à Iguala et dans l’État de Guerrero.
- Les informations cruciales n’ont été partagées avec les enquêteurs mexicains qu’en 2022, soit huit ans après les faits.
Des messages textuels interceptés par la DEA américaine jettent une nouvelle lumière sur les événements tragiques survenus à Iguala, au Mexique, en septembre 2014, lors de la disparition de 43 étudiants de l’école normale rurale d’Ayotzinapa. Selon des documents récemment rendus publics par les Archives de la sécurité nationale, ces communications révèlent que des dirigeants du cartel Guerriers unis (GU) étaient informés de la violence et ont immédiatement cherché à limiter les dégâts pour leur organisation.
L’enquête de la DEA, menée à Chicago sur une cellule du cartel GU, avait permis de surveiller les téléphones BlackBerry de plusieurs membres du groupe criminel. Les messages interceptés entre certains chefs et leurs partenaires au Mexique ont révélé que Iguala était une place forte du cartel, comme l’a confirmé l’ancien agent de la DEA, Mark Giuffre, lors d’une interview en 2020 :
« Nous savions, grâce à nos renseignements et à nos investigations, qu’Iguala était une redoute du cartel Guerriers unis. »
Mark Giuffre, ancien agent de la DEA
La DEA avait également découvert que le cartel utilisait des bus de passagers voyageant entre Chicago et plusieurs villes mexicaines, dont Iguala, pour transporter de la drogue et de l’argent. Les messages interceptés montrent que deux membres du GU n’étaient pas à l’origine des attaques contre les étudiants, mais qu’ils ont réagi en temps réel aux informations qui leur parvenaient. Selon Kate Doyle et Claire Dorfman, chercheuses aux Archives de la sécurité nationale,
« Le chaos créé cette nuit-là à Iguala a été un désastre pour les Guerriers unis ; il a sapé son contrôle de la « place » (son territoire de trafic de drogue dans et autour de la ville), exacerbé les conflits entre eux et avec d’autres groupes criminels, et affaibli la protection qu’ils avaient normalement reçue par des autorités civiles, policières et militaires corrompues. »
Kate Doyle et Claire Dorfman, chercheuses aux Archives de la sécurité nationale
Les messages provenaient des téléphones de deux chefs du cartel : Adam Casarrubias Salgado, alias Avare ou Tomate, et Pablo Vega Cuevas, alias Transformateur. Tous deux ont été condamnés aux États-Unis en 2025, mais en septembre 2014, ils étaient des figures clés du cartel et s’efforçaient de gérer la crise. Un message du 28 septembre, plein de fautes d’orthographe, illustre cette tentative de dissimulation :
« Qu’ils attestent de ceux que les gueyes ces ivan pour Acapulco et Rose armé (sic) »
Adam Casarrubias Salgado (Avare), message intercepté
Les documents soulignent l’étendue de la corruption au sein du gouvernement mexicain, impliquant des autorités locales, étatiques, l’armée et la marine. Les membres du cartel se sont précipités pour protéger leurs collaborateurs au sein des forces de l’ordre et de l’administration. La question centrale demeure cependant de savoir pourquoi ces informations cruciales n’ont pas été immédiatement partagées avec les enquêteurs mexicains. Selon les Archives de la sécurité nationale, la DEA a soulevé des preuves impliquant des trafiquants et contenant des informations pertinentes sur l’affaire Ayotzinapa, mais ces éléments n’ont été transmis aux procureurs mexicains qu’en 2022.
En décembre 2014, après la publication d’un communiqué de presse par la DEA concernant l’arrestation de Vega Cuevas, le Groupe interdisciplinaire d’experts indépendants (GIEI) a demandé au gouvernement d’Enrique Peña Nieto de fournir des copies de ces informations. Cependant, le gouvernement Peña Nieto n’a pas donné suite à cette demande pendant des années, et le ministère de la Justice américain n’a montré que peu d’intérêt à partager des preuves qui pourraient être utilisées contre les trafiquants d’héroïne. Les chercheurs internationaux n’ont eu accès aux communications interceptées que huit ans après la disparition des étudiants.
Pour consulter les communications interceptées et une analyse plus approfondie des documents : https://bit.ly/3IiWFvl